1159 – Crispy Tender

Je t’aime.

Quand je le dis en face et sans la moindre once de second degrés il faut comprendre : « Je t’aime toi par opposition à toutes les autres et je suis à peu près certain que cet état sentimental va se maintenir jusqu’à ma mort ; à ce propos je suis aussi persuadé que non seulement tu es la plus belle du monde mais que tu vas le rester jusqu’à ta mort et donc j’espère passer le reste de nos vies à faire l’amour parce que j’en aurais toujours envie ; et si on fait des enfants, parce que ceci entraîne cela, je suis assez confiant parce que je sais que tous tes gênes magnifiques vont compenser le dépotoir qu’est mon ADN et que tu seras une super mère une fois, deux fois et peut-être si on très riches trois fois ; j’espère très fort que tu ressens pour moi ne serait-ce que le dixième de ce que je ressens pour toi parce que ça veut dire que j’ai aucun soucis à me faire. Voilà. »

Ce qui explique que je ne dise pas beaucoup je t’aime.

Le problème c’est que ça me laisse avec un gouffre sémantique énorme entre « je t’ami » et « je t’aime ». Qu’est-ce que je dis à toutes celles avec qui je ne me vois pas finir ma vie du tout, mais qui me troublent, que j’ai envie de séduire, que j’aimerais toucher, et toucher (on se comprend). Enfin ces filles là quoi, à qui la seule chose que je peux promettre sans mentir, c’est qu’elles me chamboulent. Comment je peux par exemple expliquer à l’ex à qui j’ai refusé de dire que je l’aimais que je n’ai pas envie de savoir ce que deviennent ses cuisses ? Ou encore comment j’articule mon envie d’aller me blottir contre une poitrine pour une nuit, parce que j’ai besoin de savoir ce que ça fait avec elle, de vivre ce moment-là ? Le seul début d’expression qui me vienne à l’esprit c’est : « j’ai des sentiments pour toi ». Ça ne me plaît pas, ça ne me satisfait pas.

Parce que dans mon esprit ça sous-entend que ça va évoluer dans un sens ou dans l’autre. C’est dans ce sens qu’on le dit d’habitude. J’ai des sentiments pour toi et si tu me jettes ça va partir mais si tu me dis oui peut-être que je vais t’aimer.

Parfois, j’ai des sentiments pour quelqu’un qui sont fixes. Piégés dans l’entre deux entre le tout et le rien, cette vision binaire de l’ex qui se referme quand c’est fini ou de l’amie qui refuse de s’ouvrir. Et moi, pendant ce temps, je lutte pour m’exprimer avec mon petit vocabulaire, mes tournures, mes gesticulations, une main sur l’épaule ou un câlin mal assuré. Tu DOIS comprendre, il faut que tu saches, mais aussi que tu ne paniques pas. Parce que je ne demande rien d’autre que l’acceptation de cette réalité, que je ressens de la tendresse pour toi, comme je ressens de la tendresse pour quelques autres. Que ça ne partira pas, qu’il y a toutes les chances que ça ne grandisse ni ne réduise pas. C’est juste ça, c’est juste là. Je veux juste que tu reconnaisses l’existence de cet entre-deux, que tu en veuilles ou pas. Pour que je puisse te le dire à l’envie.

Je te tendre.

[A part ça je ris en mon for intérieur de l'ironie de ma vie entre l'écriture de cette note et sa publication, je m'auto comprends.]

827 – Exalted

Sur le site SecretMessageService (où des gens envoient des secrets par SMS), on trouve cette perle : « J’aime cette fusion brûlante de deux corps emportés par le désir de l’autre… ». Bon, passons le fait que ce ne soit pas un secret (fail de l’expéditeur du texto, fail de l’équipe qui l’a mis en ligne). Ce qui me choque c’est surtout à quel point c’est la périphrase de « j’aime les rapports sexuels ». Je suis poli dans ma traduction instantanée. Des conneries comme ça, j’appelle ça l’exaltation. Tout est là, adjectif romantico-niais pléonasmique (jusqu’à preuve du contraire la fusion à froid n’est pas encore possible), la dépersonnification (les corps ne sont que chiffons, irresponsables, emportés de désir) et les trois petits points pour ajouter de la profondeur (histoire de sombrer toujours plus bas). Si je vous décortique ça, c’est parce que j’ai une très très faible tolérance aux jeunes filles exaltées.

Une exaltée, c’est une damoiselle qui pense que la grandeur d’âme et la profondeur spirituelle se niche dans le vocabulaire et les phrases à rallonge. C’est quelqu’un qui parle dans la vraie vie comme sur son skyblog ou son journal intime de poèmes emos. L’exaltée est tellement terrifiée à l’idée d’être parfaitement normale, un sac à viande épicé aux hormones, qu’elle supplémente sa vie en remarques à deux balles. En tant que narratrice qui s’écoute parler de sa propre vie, l’anodin devient extraordinaire. Une meilleure amie qui déménage en banlieue et c’est la déchirure l’engueulade avec les parents est une scarification supplémentaire sur un cœur qui souffre pour battre. Ainsi de suite. Le résultat immédiat pour l’interlocuteur ou le prétendant, c’est la fatigue, immédiate, puis une légère migraine à force de subir le one-woman show en face (c’est pire si vous allez au cinéma, à une expo ou dans une librairie, tous les lieux où elle s’empressera de tenter de vous éblouir).

A titre personnel, j’ai le droit de dire de la merde en vrai. Je suis névrosé, dépressif et j’ai la licence poétique. C’est un peu comme le permis de tuer, mais pour les écrivains. Si je veux je peux sortir des phrases abscondes dans l’espoir de me sentir vivre plus que les autres, ange éthéré au milieu du troupeau morose. Sauf que je m’abstiens (sauf sur le blog, parce que c’est chez moi). La plupart des personnes intelligentes savent reconnaître leurs semblables. Pas besoin de leur jeter des fusées de détresse égotique au visage à longueur de phrases. Ca m’est arrivé d’aller à un rencard et de chercher la première excuse venue pour me tirer d’un tel traquenard. Tout comme je kick régulièrement de mon Facebook les spécimens à risques, ceux qui font un concours de statuts prétentieux. Pendant que sur Twitter les hypeurs cherchent la punchline la plus cynique, sur Facebook ça lutte pour imposer l’affirmation la plus kitsch du monde.

Mon premier Threadless. <3

Tyler avait raison vous n’êtes pas un petit flocon de neige unique et merveilleux. Même Pixar le dit « Si tout le monde est spécial, personne ne l’est » (en vrai le message est super couillu et dépressif si pris au premier degrès). Aussi, dans la vraie vie, soyez sympas et parlez moi avec des mots normaux d’être humain normal. Lâchez-vous sur votre skyblog ou sur votre carnet secret caché sous votre coussin si ça vous détend, au moins je ne suis pas forcé d’y lire.

429 – Don’t Tell Me What I Can’t Do

[ Bon alors, y'en a qui bossent et me lisent du bureau aujourd'hui ?]

J’ai pas réussi à la fermer, comme d’hab’. Putain d’enthousiaste que je suis, j’ai pas pu m’empêcher d’expliquer en long en large et en travers à des amis mon nouveau projet qui avance à pas de géants. Puis, c’est le drame, avec le discret mailing d’extraits à des potes, qui à priori m’ont renvoyé des retours positifs. J’en parlais au téléphone avec une copine, qui sait très bien quel style j’utilise, quels muscles d’écriture je mets à contribution. Et là voilà qui s’énerve de ne rien avoir lu encore, que c’est une honte que je ne lui ai encore rient fait tourner. Parce qu’elle est certaine que ça va être cool, elle voit déjà le genre de texte dont il est question. De mon côté, ça me pose un vrai problème de fond, très pénible. Je suis au courant que ce nouveau truc est bon, je n’ai aucun doute, et putain qu’est-ce que ça me fais chier !

Avec le temps j’ai appris à être lucide quant à mes capacités créatives. Je sais dans quels domaines je donne le meilleur, dansquel type d’histoire et de style je suis confortable. Mais surtout, j’ai pleinement conscience de quand je rame, je souffre. Confère mon bouquin, en pause de réécriture, qui n’a convaincu que des amis, aucun éditeur ou professionnel de l’édition à qui j’ai pu le montrer. Est-ce que je suis en décalage avec les attentes d’une profession ? Est-ce que mes lecteurs enthousiastes sont trop complaisants ou indulgents vis-à-vis de la qualité réelle du texte ? Peut être un peu de deux, sans que je me rende compte dans quelle mesure. Ou peut être que je me pose parfois trop de questions, au point de péter un léger câble artistique alors qu’il suffirait que je garde la foi dans ce que je fais. La seule chose dont je sois certain, c’est que je refuse de me complaire là où je m’en tire avec les honneurs.

J’aime mon nouveau projet. Ce n’est pas pour rien que j’abats environ 1500 mots par jour, tous les jours, depuis maintenant trois semaines (It’s over 9000 !!!). Mais je n’ai pas l’impression de prendre de risque dans l’écriture, de tenter quelque chose de nouveau. Je raconte une histoire intéressante et construite dans un style que j’affectionne, quis e démerde pas trop mal pour bien prendre son lecteur aux tripes. Je ne m’inquiète pas, mais j’en tire moins de fierté. Moins que quand je souffre plusieurs heures à peaufiner des phrases encore et encore, à encaisser des critiques parfois dures pour tenter de m’améliorer et d’enfin plaire. C’est là que j’ai quelque chose à prouver, des points à gagner, une marge de progression à dévorer. Peut être que placer un projet sûr et solide sera le sésame qui me permettra d’éprouver à grande échelle mes luttes expérimentales.

D’ici là j’ai le premier draft d’un roman à boucler et la réécriture d’un ancien roman à achever. Peu importe mes doutes, mes angoisses et mes dents qui crissent. Tant que j’avance, que je ne me complais pas dans l’échec, à m’inventer des ennemis indomptables, ma propre inexpérience ou un milieu difficile. Continuer à avancer, c’est la seule chose qui compte.

FUN FACT STAGE !!!

Bien qu’appartenant à une version à présent obsolète et refusée de toute part, les premiers chapitres de mon bouquin, dispo sur la page Travaux, a passée hier la barre des 400 téléchargements. Kewl.