Hé ! Moi aussi j’ai un téléphone avec des applications ! Moi aussi je peux (presque) jouer à Angry Birds, Cut The Rope, Fruit Ninja et Doodle Jump, tous ces faux jeux pour casuals qui font croire à mes camarades de classe qu’ils sont des gros geeks. Hihi trop lol t’as vu je passe trop ma vie sur les jeux vidéo. Fuck you. Anyway, j’ai donc enfin un smartphone digne de ce nom, et forcément la possibilité de jouer à des presque vrais jeux. Forcément j’ai déjà mis un peu de thunes dans la machine et passé quelques heures sur des puzzle games ou des trucs un peu arcade. C’était pas mal. En plus ça me file des points de gamerscore pour mon ePenis.
Ceci étant dit, il faut que ça cesse.

Ui mais Ilomilo c'est trop kawaï je peux pas résister !
A une époque j’avais une Nintendo DS, et je jouais en vadrouille, c’était plutôt chouette. Avec la quantité quasi astronomique de bons jeux qui sortent sur le système, il y avait moyen de s’occuper un moment. Contre toute attente, il y a plus de deux ans, j’ai rangé la console dans un placard pour ne plus y toucher. J’ai d’ailleurs fini par la filer à l’ex-femme de ma vie avec professeur layton. Elle kiffe. La raison de la rupture ? Avec ma DS je veux dire. J’avais besoin de dégager du temps pour lire. Car à mon niveau, le temps disponible pour un livre est le même que pour une console portable : train, voiture, attente, trône. Les jeux mobiles et les romans se battent donc pour occuper le même espace temporel dans ma vie.
Ce qui nous ramène à mon téléphone.

En vrai j'ai une appli Kindle, donc pas d'excuse...
Depuis que je peux me faire de petites sessions de jeux, je ne lis que lorsque mon temps disponible dépasse les 15min. En dessous, c’est plus simple de sortir mon téléphone et de tuer des zombies. Et c’est là que commencent les problèmes. Déjà que je ramasse mes dents sur Infinite Jest, si en plus j’espace mes sessions de lecture, j’en ai pour jusqu’à mes 30 ans. Quand bien même, pour lire autre chose c’est autant galère. La logique voudrait que je jette mon téléphone par la fenêtre, ou tout du moins que j’utilise l’application Kindle plus. Mais la flemme est forte en moi. La lecture est une saleté de muscle, qui peine à rester contracté en ce moment. Les sorties des derniers mois n’aident pas aussi. Déjà que j’ai pris la résolution de ne pas acheter la 3DS (aussi en partie parce qu’il n’y a rien dessus), il me reste plus qu’à couper le téléphone.
On va y aller progressivement.
Faut juste qu’ils arrêtent de sortir des nouveaux trucs cools. Au moins je ne joue pas aux trucs de noobs, l’honneur est presque sauf.
Je suis quelqu’un de curieux en matière de jeux vidéo, attiré par ce qui est un peu différent, par ce qui ose et qui ambitionne. Enslaved réinvente le mythe du roi-singe dans un univers post apocalyptique mais coloré. Deadly Premonition tente de concurrencer les meilleurs jeux d’horreur avec un budget pathétique mais une tonne d’idées. Advent Rising se voulait fresque space-opéra écrite par le culte Orson Scott Card. Et ainsi de suite. Parfois ces jeux survivent, comme Mirror’s Edge il y a deux ans qui, malgré des ventes vraiment faibles, est à priori sauvé par son éditeur qui pense pouvoir sauver la licence. Bien trop souvent, ces jeux se vautrent, par manque de moyens, de reconnaissances ou quelques défauts trop prononcés. Le pire étant quand ils se voulaient début de trilogie ou saga, abandonnées pour toujours.
C’est le moment ou jamais de reparler de Shenmue, l’un des meilleurs jeux de l’univers. Souvent j’entends dire qu’on est allé plus loin en termes de narration, de monde ouvert de mécaniques de jeu depuis 1999. Peut-être, mais jamais cela n’aura été au service d’un jeu se déroulant dans « la vraie vie », avec un héros qui doit aller dormir, travailler, peut jouer à des petits jeux non pas dans un univers de far west ou de mafieux, mais de vrai monde. Parce qu’aucun jeu ne s’est jamais autant rapproché de notre vraie vie, Shenmue restera pour moi une gifle inégalée. Qui s’est achevée sur un cliffhanger de fils de pute. Qui ne sera vraisemblablement jamais résolu. Parce que c’est trop cher et que ça ne rapporte pas assez. Tristesse et mélancolie depuis presque dix ans. Il faut l’avoir vécu jusqu’au bout pour le comprendre je crois.
Je n’ai pas envie de finir Enslaved, parce que dans une moindre mesure, ça me fera pareil. Peste soit les marketeux de Namco-Bandai, peste soit la majorité des gamers neuneus incapables de voir plus loin que le bout de la lunette de leur fusil virtuel.