702 – Adaptation

Quand je pense que j’ai des potes qui lisent régulièrement des scripts. Pour le plaisir. Y’a rien de plus hostile qu’un script. De la police de caractère utilisée jusqu’au mode d’écriture, en passant par la mise en page, ça fait pas rêver. On n’est pas dans la prose. Toute lecture de script implique une grande part de visualisation. Il faut tenter d’imaginer le résultat ou en tout cas ce qui peut en être tiré. Mais cela reste un moyen privilégié d’apprendre la construction narrative, les dialogues et plein d’autres trucs de scénario. Certain sites se font une spécialité de dénicher des scripts et de les mettre à la disposition des internautes tandis que d’autres critiquent régulièrement des textes en pré production. C’est le cas par exemple de Latino Review ou Ain’t It Cool. Car souvent les premières versions sont très inférieures au produit fini, ou, plus rare, très supérieures (paraitrait que le script original de Last Action Hero est incroyable d’awesome).

Brian K Vaughan a très vite vendu les droits de Y : The Last Man. Bien avant la conclusion du comic en tout cas. C’est le réalisateur DJ Caruso qui s’est intéressé au comic, avec la ferme intention d’en faire son prochain blockbuster. Dans le rôle de Yorick, Shia LaBeouf, un choix qui aura divisé les fans de la série (perso, je suis pour). Le tandem a déjà produit le plus qu’honnête Paranoïak et le presque classe Eagle Eye. Ca aurait pu être nettement pire. La première version du script de l’adaptation ciné de Y : The Last Man aura été confiée à Brian K Vaughan lui-même. Un geste suffisamment rare et intelligent pour être signalé. Vaughan réalisera deux drafts d’un premier script en 2007. Mais le projet reste au point mort pour des problèmes de planning (du réalisateur surtout, sans parler de Shia qui ne sait jamais s’il est chaud ou pas pour le rôle, avec son propre agenda de merde). Sans parler du fait que tout ce beau monde hésite, trilogie ou pas ?

La semaine dernière émergeais sur internet la version 1.2 du script de Vaughan. Le studio a eu beau défoncer le site qui avait osé sortir le PDF, c’était trop tard. Le fichier s’est assez baladé de sites miroirs en dropboxs pour permettre une diffusion. J’avoue ne pas avoir résisté. Dès que j’ai mis la main dessus, je l’ai lu d’une traite, au prix d’une nuit de sommeil. Et le résultat est bien étrange, pour quiconque est fan de la série. Cette version est bâtarde, capable de fonctionner comme amorce de trilogie tout comme un film qui se tient seul. Des personnages disparaissent, les personnages n’ont pas le temps d’évoluer, des situations sont remaniées. Tout ça pour faire tenir soixante numéros en moins de deux heures. Une explication définitive est donnée à la peste qui a tué tous les hommes tout comme les raisons de la survie de Yorick sont éclaircies avant l’épilogue. Alors oui c’est bien construit, la plupart des choix sont cohérents dans l’optique de faire un film complet. Mais tout ce que script prouve, c’est qu’une trilogie est nécessaire.

Si le truc était filmé en l’état, et que j’allais le voir au ciné sans aucune connaissance du comic, j’aurais trouvé ça vraiment sympa mais sans plus. Pas ouf quoi. Mais très correct. Or Y : The Last Man, c’est ouf, c’est dense, c’est long, c’est tout ce qui n’est pas dans la trame principale, c’est tout les à côtés. Souvent depuis la fin de la série je me suis amusé à découper en trois l’intrigue, à écrire mon script tout seul dans mon coin. Et ça peut le faire. Y’a moyen de créer une tuerie. Mais il faut y aller franchement, pas tout régler en un film avec une vague fin ouverte. Parce qu’il n’y a rien de pire qu’un film qui a le cul entre deux chaises, à mi chemin entre le stand alone et l’amorce de saga. Évidemment ce draft a à présent trois ans, moult réécritures ont pu être réalisées entre temps. Je ne peux qu’espérer dans le bon sens. Parce que si je ne me suis pas emmerdé une minute sur les 120 pages de ce script, je sais qu’il y a moyen de faire beaucoup beaucoup mieux à la fois en contentant les fans hardcore dont je fais partie et à la fois en en mettant plein la gueule des béotiens.

Maintenant il faudrait que j’évite de prendre l’habitude de lire des scripts comme ça. Parce que c’est pas comme si je manquais pas déjà de temps. Mais les rouages du cinéma, tout comme ceux de la plupart des industries culturelles, me fascinent, et chaque pièce narrative lue est riche en enseignement. Seulement si je continue à me pieuter à cinq heure et demi du matin à m’user les yeux sur des PDF pirates, ça va mal finir.

Demain, on parlera encore script, adaptation, auteur, mais d’un film déjà sorti.

698 – There Can Be Only One

Je me souviens très précisément du jour où j’ai acheté le premier numéro de Y : The Last Man. C’était en septembre 2002. J’avais donc seize ans. A l’époque j’achetais pas de comics Vertigo, le label adulte de DC Comics. Les dessins n’étaient pas très flashy, les histoires semblent un peu reloues. Mais la couverture de Y, putain, cette peinture de JG Jones, elle a réussi à me bouffer le cerveau. Sans lire le truc, j’ai déboursé ma poignée d’euros et je suis rentré avec. En janvier 2008, j’achetais le dernier numéro, le 60, de ce qui est et restera autant une révélation pour moi que le meilleur comic que j’ai pu lire de ma vie. J’ai conscience que c’est tout sauf objectif, mais que peu de gens peuvent oser prétendre que The Last Man n’est pas un petit chef d’œuvre. La série remportera d’ailleurs un Eisner Award (la plus prestigieuse récompense US possible) pour une série à suivre l’année où elle s’acheva.

Comme quoi, une belle couv' ça joue.

Y : The Last Man, c’est l’histoire, comme son titre l’indique, de Yorick Brown, le dernier homme sur Terre. Un mal mystérieux s’est abattu sur la surface du globe, tuant chaque homme ou animal porteur d’un chromosome Y. Seuls ont survécu Yorick et son capucin, Ampersand. Pour l’ado attardé qu’est Yorick, une seule chose compte, retrouver Beth, sa petite amie, disparue à l’autre bout du monde au moment de la catastrophe. Mais sa mère, politicienne promue au gouvernement avec la mort des males, est bien décidée à ce que Yorick sauve la race humaine. Pour ça il aura besoin de l’aide du docteur Mann, une spécialiste en clonage et génétique. Traqué à la fois par des Néo-Amazones gynarchistes qui veulent l’assassiner et par des soldats étrangers qui veulent le kidnapper, Yorick peut compter sur l’agent spécial 355, machine à tuer rompue à toutes les techniques de combat. Mais le plus dur reste peut-être de supporter d’être le dernier homme sur terre, potentiellement à jamais.

La série possède trois atouts scénaristiques qui la différencie de la masse. Déjà le worldbuilding est en béton. Une bonne partie du plaisir de la série est de découvrir comment pourrait fonctionner un monde sans hommes, avec les carences et réorganisations que ça suppose. Chaque numéro ajoute sa pierre à l’édifice du tableau d’un univers fascinant et incroyablement bien construit. Ensuite la série use et abuse de la décompression narrative, laissant une place importante aux dialogues et à l’évolution des personnages. Bien sûr qu’on se demande le pourquoi du comment et s’ils vont s’en tirer. Mais c’est presque moins important que d’observer Yorick, 355 et les autres évoluer au fil de l’aventure, étudier leurs états d’âmes et sentiments. Enfin, et peut-être le plus important, Brian K. Vaughan, le scénariste, est une brute épaisse en cliffhangers, ces petits suspenses de pute en fin de numéro. J’ai rarement autant appris qu’en étudiant la manière dont il a construit chacun des soixante chapitres de sa saga tout en hurlant à la mort à l’idée de devoir attendre un mois pour avoir la suite à chaque fois.

Une qualité d'écriture qui aura value à Vaughan de rejoindre le staff de Lost, qui lui rendra bien. La preuve dans cet épisode de l'année dernière. Epic win.

Alors tout n’est pas rose, quelques arcs narratifs sont un peu moins bons, surtout dans le troisième quart. Mais la fin est à la hauteur des attentes, m’ayant fait mouiller l’œil au dessus du dernier numéro. Longtemps j’ai dit que je ne voulais pas crever avant d’avoir lu la fin de Y, maintenant que je l’ai fait, ces personnages continuent à me hanter, à me manquer. Peut-être le moment de tirer mon chapeau à Pia Guerra, la dessinatrice qui, durant la quasi totalement de l’aventure, a su avec un style simple et clair insuffler vie et émotion à ce monde et ces héros inoubliables. Il me reste mes éditions reliées, celles que je prête à quiconque s’intéresse un peu aux comics. Brian Vaughan n’a pas fait que relancer le label Vertigo en perte de vitesse, il a créé une histoire qui dépasse les conventions, qui plaît autant aux adultes qu’aux ados, et qui reste le comic qui se passe le plus facilement aux réfractaires de la bande dessinée. Y compris, et peut-être surtout, aux filles.

Après tout on a un comic où 99% des persos sont des filles et où elles sont toutes complexes, fortes et indépendantes. Approuvé par mes amies de la vraie vie.

La place me manque plus que les mots, tant je pourrais discourir sur cette série pendant des notes et des notes. Des dizaines de sites l’ont déjà fait de toute façon. Si jamais vous ne deviez lire qu’un seul comic, lisez celui-là. De toute façon on en reparlera, vu qu’une adaptation cinéma est quasiment certaine. D’ailleurs la semaine dernière le script a circulé avant de se faire descendre par le studio, bien vénère. Oh, wait, je l’ai. Et je l’ai lu. On en parle demain.

AMAZON STAGE !!!

Si vous êtes francophone, ruez-vous sur le T1, pas assez cher mon fils putain ! (Marche aussi en cadeau de dernière minute pour un anniv’)

Ou si vous êtes anglophones, ruez-vous sur l’édition deluxe couverture cartonnée papier glacé et format géant pour clairement pas assez cher mon fils putain ! (Prix à la page bien inférieur à l’édition française, pourtant moins luxueuse)

CHEAP STAGE !!!

Ou si vous n’avez pas de thune, vous pouvez toujours télécharger le premier numéro pour pas un rond sur le site officiel de Vertigo.

264 – Top Three Saturdays # 7

Holy shit ! Je suis uber à la bourre, la faute au rangement de l’appart’ toussa. C’est bientôt nowel ! Et vous êtes en rade de beaux cadeaux à faire à vos amis, sans parler du fait que vous n’y connaissez rien en comics ! Reuzment que sur TheBestPlace on pense à vous, avec un triple Top 3. Ce qui fait un Top 9 pour les petits malins en prépa math du fond. Pardon d’avances pour les quelques fans de comics pour qui je risque d’enfoncer des portes ouvertes en ne conseillant que la base. Peut être un top plus hardcore plus tard.

Le Top 3 des comics superhéros pour petits nouveaux

Dans la vie faut se lancer parfois. Si vous avez toujours voulu ouvrir un bon comics mais êtes bloqués par la peur de rien piger, voilà ma petite liste. Précision, s’ils coûtent cher c’est que y’a pleeein de pages dedans !
Ultimate Spider-Man Volume 1 est une tuerie sans nom. Lancé il y a presque dix ans, la ligne ultimate visait à reprendre les personnages cultes de Marvel tout en les dépoussiérant pour les rendre accessibles à tous. Ultimate Spider-Man est la plus fraîche des séries que vous pourrez lire. Mi super-héros, mi soap adolescent, il n’y a rien de mieux pour tous les futurs fans de l’araignée.
Superman : Le droit du sang est à l’origine un script proposé pour relancer Superman au cinéma qui a fini en comics. Ecrit par véritable ancien des scénarios de comics, Birthright de son titre original fusionne toutes les incarnations du personnage, allant jusqu’à emprunter à Smallville. Le tout forme une maxi-série cohérente, indépendante et foutrement bien fichue.
The Ultimates Volume 1 se veut une relecture mature des Vengeurs (bientôt au cinéma les kidz !). Le dessin est extraordinaire de minutie et de détails tandis que le scénario aux lourds sous-textes riches de sens fait des merveilles. Le premier volume est un bijou comme on en avait pas vu depuis presque dix ans.

Le Top 3 des comics superhéros pour lecteurs hardcores

Alors comme ça on veut passer directement aux choses sérieuses !?! Très bien, vous l’aurez voulu…
- Superman : Red Son (introuvable neuf sur le net), toujours de Mark Millar, pose la question suivante. Si Superman avait été envoyé sur Terre avec quelques heures de décalage pour atterrir en pleine Russie communiste, que ce serait-il passé ? Où comment renouveler un univers tout en conservant un personnage emblématique. Le dénouement est à couper le souffle.
- The Dark Knight Returns (même chose) est presque plus connu que le numéro 1 de ce top. Le chef d’œuvre de Frank Miller fait passer le film de Christopher Nolan pour une balade au pays des bisounours. Dystopie, nihilisme et héroïsme jusqu’au boutiste sont les ingrédients de ce qui fait force de classique.
The Watchmen déparque dans quelques mois au cinéma. C’est le moment ou jamais de lire le livre fondateur du comics moderne, pour pouvoir vous aussi dire que le film est moins bien et passer pour un pur intellectuel. Inracontable en deux lignes, je dois juste vous avertir que la lecture est très ardue mais le jeu en vaut la chandelle.

Le Top 3 des comics de genre

Con comme un balais est celui qui pense à tort que le comics se limite aux superhéros. Voilà trois exemples de la supériorité narrative des ricains sur notre marché BD franco-belge qui s’étouffe dans son propre manque de couilles.
The Walking Dead/DMZ (pas trouvé de lien dispo). Nous avons deux ex-aequo pour la troisième place. D’un côté les péripéties ultra-réalistes d’un groupe de survivants dans un monde rempli de zombies. De l’autre les aventures d’un journaliste dans un Manhattan en guerre après que les Etats du Sud des US of A aient fait sécessions. Deux genres totalement différents, deux tueries.
Fables. Et si les créatures des contes et légendes vivaient parmi nous, à New-York ? Luttant pour contrôler leurs tensions internes et survivre dans le monde moderne, les Fables ont fort à faire. Des histoires à suspense dans un univers maîtrisé et novateur. Perso j’en redemande !
Y : The Last Man. Une version cartonnée grand format vient de sortir aux US pour célébrer le comics qui aura redonné un coup de fouet à toute la production de genre. Yorick est le dernier homme sur Terre après la mort mystérieuse de tous les mâles de la planète. Tiraillé entre son devoir de participer à la recherche d’une solution et son besoin de retrouver sa petite amie, il va traverser un monde meurtri qui tente de se reconstruire comme il peut. Un must have !

Tous ces titres sont dispos autant en anglais qu’en français, bien que dans certains cas ce soit difficile de mettre la main dessus. Je ne peux que vous conseiller ce bon vieux Amazon qui est fichu de vous livrer à temps. Mes excuses à tous vos chouchous que j’ai pu oublier, les comics c’est trop le bien dans mon corps.
Demain ciné !