1140 – Book Review 182

La littérature pour jeunes adultes US à une capacité à régurgiter la même structure à l’infini qui me fascine. Prenez le sous-genre des « futurs dystopiques avec une héroïne de 16 ans ». Ca raconte invariablement l’histoire d’une jeune fille dans un univers post troisième guerre mondiale reconstruit autour d’un dogme sensé unifier la société. Arrivée à l’âge d’un rituel quelconque, elle découvre la terrible vérité derrière la façade des puissants. Et accessoirement elle se fait rouler des pelles par un (ou deux) mecs qui passaient par là. On peut prendre pour exemple la trilogie Uglies ou The Hunger Games. Seul l’univers et quelques points de détails changent, la structure est toujours la même. Sachant que l’auteur du livre dont je vais vous parler sort d’une école de CREATIVE writing, je vous autorise à rire à la fin du résumé.

Après qu’une guerre est déchiré l’humanité, la société a été réorganisée en quatre factions organisées autour d’une vertu. Déterminé protège la ville, Erudit fait avancer la recherche, Candeur cherche la vérité, Amitié impose une attitude positive et Abnégation dirige l’administration. Béatrice a grandi à Abnégation mais, le jour de ses seize ans, à la seule opportunité de sa vie de changer de faction, elle décide de rejoindre Déterminé. Car Béatrice est surtout Divergente, capable d’adopter le comportement de plusieurs doctrines de factions différentes. Sans qu’elle comprenne bien pourquoi, on lui somme de dissimuler cette information autant que possible. Alors que son initiation chez les Déterminés la blesse autant physiquement que moralement, Béatrice à l’impression que quelque chose se prépare. Un évènement que seul un divergent peut empêcher.

Bon.

Je sais que Veronica Roth a 22 ans, que c’est jeune et tout, que c’est son premier bouquin. Mais j’ai rarement lu un livre autant en pilotage automatique que Divergent. Au-delà des erreurs de jeunesse (le dernier acte est prodigieusement mal ammené) et des poncifs pour minettes (le petit copain qui avoue être lui aussi puceau, rassurant la pucelle), tout est prévisible et chaque twist manque de punch. Exemple type quand, au milieu du livre, l’héroïne se dit « Tiens, je n’avais jamais vu les portes de la ville. C’est étrange, pourquoi elles sont fermées de l’extérieur et pas de l’intérieur ? ». MYSTERE MYSTERIEUX. Dans le même ordre d’idée la fille qui passe 300 pages avant de comprendre que le garçon la kiffe, ça pique la lecture. Et là vous vous dites que je suis super méchant avec Divergent. Sauf que je l’ai lu jusqu’au bout, sans déplaisir. Parce que c’est un peu le fast food de la littérature.

Quand un genre est tellement codifié et qu’un auteur fait si peu d’efforts pour se détacher de la trame par défaut, on lit un Big Mac. Pas de substance, mais ça se mange bien et le goût ne change jamais. Ou comment avoir more of the same, mais avec l’illusion de la différence. Côté éditeur et auteur, c’est l’absence de risque avec retour sur investissement garanti. Le livre est en tête des ventes, le reste de la trilogie en écriture et les droits du film ont été achetés en moins d’un mois par le studio responsable de Twilight.

Voilà voilà.

Divergent n’est pas un bon livre. Ce n’est pas un mauvais livre non plus. Ceux qui vont l’aimer le savent avant même de l’acheter et inversement. Pas de surprises.

Moi ? J’aime bien les Big Macs.

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