Little S.

Hum.

J’ai écrit ce qui suit un jour, comme ça. Sans l’intention de le mettre sur le blog. D’ailleurs j’ai proposé le texte ailleurs, on m’a dit oui, mais ça ne s’est pas fait. Alors le doc trainait sur mon bureau. Tant est si bien que je vous le coupe-colle ici.

Et comme c’est un peu différent, il est en invisiotexte. Démerdez-vous avec ça. Bisou.

« Petite salope »

Deux mots qui résonnent dans ma tête depuis des semaines, au rythme de tambours de guerre. Une obsession irrationnelle. Un « salope » dur, atténué par une « petite » tout doux. Déjà en soi une contradiction.

La nuit, dissimulé sous la couette, je les murmure lentement. Je veux profiter. J’aime comme ils roulent dans ma bouche. J’aime le « tite » et le « lope », ces deux moments où la langue touche le palais, vient l’accrocher avant d’éclater. Des sons qui claquent comme des gifles. Dans le noir, j’en rougis.

Je voudrais pouvoir les dire à quelqu’une, comme un bâton de relais, quelque chose que je peux donner à une personne, pour me débarrasser et me libérer. Depuis le temps que ça bout, je crois que je pourrais en jouir. Les mots m’échapperaient, viendraient habiter l’autre dans un spasme. Cependant, dans le monde réel, je suis aphone.

La bouche contre l’oreille, alors qu’elle roule par vagues sous moi, je lutte. Je fronce les sourcils, je me racle la gorge en silence. Comme si je pouvais forcer les mots à sortir. Mais je suis terrifié par ce qu’on pourrait en penser. J’ai peur de trop surprendre, de sortir du cadre dans lequel on m’imagine. Ce n’est pas comme si je pouvais prévenir. D’autant que je n’ai pas d’explication rationnelle à fournir à mon comportement, je ne saurais pas me justifier. J’en ai besoin, il faut que je le dise, je ne peux pas te dire pourquoi, je ne sais pas. Comprends-moi. Explique-moi, toi.

Cela ne fonctionne pas. Cela ne sort pas. Cela continue à ravager mes pensées.

Jusqu’au bon moment, la bonne fille, le je ne sais quoi qui fera que la langue se déliera, les mots que l’on assassine de leur petite mort.

Petite salope.

Book Review 225

Je ne connais pas trop Philippe Coussin-Grudzinski. Mais je l’ai quand même sur mon Facebook. Parce qu’en tant que bômeur (bobo + chômeur), ancien du CELSA et mécontent de la littérature en général, il me ressemble un peu. Alors on a essayé de s’assembler. Sauf que lui est plus journaliste, moins calme et plus gay que moi. Il sévit sur son propre blog hébergé chez les Inrocks, où il emmerde un peu les gens en dressant des typologies qui réveillent les trolls. D’où insultes dans les commentaires, bonne ambiance. Je respecte. D’autant que ça lui a valu d’être repéré par un éditeur, qui l’a directement contacté. Un rapide échange de PDF plus tard et c’était signé. Chapeau.

Voyages sur Chesterfield est son premier roman, sorti au moins de mai aux éditions Intervalles. Comme j’étais curieux, je m’en suis procuré un exemplaire. Court mais écrit petit, le livre est très joli, tout doux sous les doigts, les pages presque trop blanches pour être lues au soleil. Le pitch me plaisait pas mal : « Philippe » passe une nuit sur son Chesterfield (un fauteuil quoi), à écumer Facebook à la recherche de souvenirs et vieux statuts, tout en se faisant emmerder sur le chat par ses « amis ». Le concept permet de maintenir l’unité de temps et de lieu, ce qui me fait toujours un peu frétiller. Dans les faits, le roman est découpé en chapitres titrés de l’heure qu’il est dans le récit. On démarre à minuit sept pour boucler à sept heures du matin.

Entre temps on retrouvera un certain nombre de thèmes, comme l’insatisfaction du narrateur face à la médiocrité du monde. J’ai, à ce propos, savouré le (trop) court chapitre consacrés aux filles à frange du CELSA. D’autres révoltes sont un peu plus convenues, comme la nullité littéraire, ou la course au pavillon de banlieue pour les extudiants d’école de commerce. Le livre parle aussi beaucoup d’amour, gay, avec un certain Raphaël. Et j’ai aimé que dans un bouquin typé « jeune branleur », le narrateur soit heureux en amour, sans coucheries ni mensonges. C’est peut-être là qu’est l’âme du livre, dans ce couple formidablement banal, qui vient contrebalancer toutes les excentricités parfois tête à claque du reste.

J’ai un peu l’impression de Voyages sur Chesterfield est un roman du genre de ceux écrits par la jeunesse dorée en perte de repères qui s’emmerde, mais cette fois par un mec qui n’a pas (jamais eu) de thune. C’est à la fois novateur (un peu) et sinistre, puisque même le pognon ne suffit plus à faire rêver une frange de ma génération. Au niveau du style, c’est fluide même si quelques longues phrases auraient pu être coupées en deux, un point à la place d’une virgule par exemple. Quelques bonnes phases m’ont fait sourire, ce qui est déjà mieux que pas mal. En même temps, je suis peut-être tendre avec Coussin-Gruzinski parce que je retrouve pas mal de mon quotidien de maintenant dans ce bouquin, sans parler des bribes qui ressemblent à mon propre vieux manuscrit.

VSC (oui j’acronyme parce que j’ai la flemme, même si c’est la fin du post) est mine de rien la typologie (hihihi) de ce que Philippe, parfois moi-même, et un tas d’autres représentons dans la vraie vie, à ce moment-là. C’est mi-sinistre, mi-tout doux, donc pas désespéré.

Puis ça (nous) se lit bien.

BUY STAGE !!!

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Did You Know

Jusqu’à il y a deux semaines, j’étais persuadé qu’il y avait des lamas au Tibet. Rapport aux montagnes, et à la neige. Puis j’ai promis à une pote de mettre un lama dans le truc sur lequel je bosse en ce moment, qui se passe au Tibet. A la recherche d’une anecdote croustillante sur les lamas, je suis allé écumer Google. C’est là que j’ai compris que le lama est un animal sud-américain, et que j’allais devoir me parjurer un peu. Du coup.

Un des plus grand mythes littéraire est : « on n’écrit bien que ce qu’on connait ». Généralement ça marche bien pour prendre quelqu’un et/ou son travail de haut. Dans l’idée. Puis on a inventé les chefs d’œuvre d’héroic-fantasy, science-fiction et l’audace en littérature générale. C’est ce qui permet à un homme d’écrire d’un point de vue féminin (et inversement), ce qui permet de faire des romans historiques sublimes et ainsi de suite. Au final, je crois qu’on n’écrit bien que ce qu’on a bien recherché. Par exemple, les bouquins de Palahniuk sont aussi savoureux parce qu’ils suintent d’anecdotes de fou furieux, comme hier je lisais tout un paragraphe (authentique) sur la collecte d’urine de jument enceinte. Mélange de dégoût et d’admiration de l’anecdote.

De toute façon, un bon bouquin n’est rien autre qu’un bon tour de magie. Le but est d’arriver à faire croire qu’on sait. Pour ce même projet, je devais écrire une scène se déroulant à Hong-Kong (don’t ask). La première version était basée sur un mélange des films que j’avais vu et de Shenmue II. C’était un résidu de cliché. Ce qui marche plutôt bien, parce que les clichés sont des clichés pour une raison : ils sont universels. Et parfois il est plus simple de faire identifier au lecteur un setting, une émotion, en se basant sur l’image mentale qu’il possède déjà. L’étape d’après, celle où je suis, est d’aller creuser un peu plus loin, d’aller chercher l’anecdote qui tue, le point de détail qui va faire la différence. En venant intercaler une vraie info entre deux clichés, tu donnes cette petite texture, le petit bonus.

Surtout, pour peu que tu bosses sur quelque chose qui t’intéresse, tu peux apprendre un tas de trucs en faisant des recherches. Par exemple j’ai découvert qu’il était possible de se faire héberger dans un temple bouddhiste au bout du monde pour pas grand-chose. J’ai découvert des agences de voyages, des forums avec des anecdotes de mecs ayant tout plaqué pour devenir moine. Si je n’ai pas tout utilisé, ça valait le coup, je me suis couché moins con. Et c’est pareil pour tout le reste, qu’il s’agisse de regarder les plans de la Sorbonne, l’agencement des rues d’un quartier, une façade sur google streetview, aux trucs plus exotiques comme les pratiques BDSM, les piliers de suspension en architecture ou encore les médications en asile psychiatrique.

Le net est un outil merveilleux pour celui qui essaie de récréer le réel, c’est un puits sans fond d’informations et d’anecdotes. Peut-être que c’est pour ça que ça me dépite de plus en plus que, de nos jours, la plupart des auteurs se vautrent (trop) dans l’autofiction, ou dans des histoires qui se rapprochent tellement de leur (banal) réel que personne ne voyage, n’apprend, que ce soit celui qui écrit ou celui qui lit.

Alors qu’il suffit de taper n’importe quoi dans Google, et c’est parti.