Arcade

Tu es sur le pas de la porte, le temps d’échanger un dernier baiser, plus proche du bout des lèvres que du fond de la bouche. Et alors que tu rentres chez toi, durant le walk of win, tu ne peux t’empêcher de te demander si tu obtiendras plus que ces quelques heures sous les draps. Tu te demandes si, la prochaine fois, tu réussiras encore.

Parce que dans le couple, tu as le plus souvent le Story Mode. C’est-à-dire que tu vas avancer le long d’un chemin semé d’embûches, prendre des niveaux et éventuellement avoir un peu le droit à l’erreur. Ce qui décrit autant la relation stable à deux que le « plans cul régulier » et autres particularités. L’avantage étant que tu prends ton temps, ça te dure un moment et c’est quand même beaucoup plus satisfaisant. D’où le mode histoire. Sinon, à la grande époque des jeux vidéo à pièces, on avait inventé le mode Arcade. Le principe étant qu’une pièce te donne le droit à une partie. A partir de là, à toi de bien gérer tes billes pour finir le jeu d’une seule traite. Si tu te ramasses à mi-chemin, tant pis, il faudra remettre une pièce (si tu peux te le permettre) et retenter ta chance.

Certaines relations sont elles aussi en mode Arcade.

C’est-à-dire que quand tu revois l’autre, la fois d’après, tu recommences à zéro. Sur ce même pas de la porte, au lieu de vous rembrasser comme vous vous êtes quittés, vous vous faite la bise la plus amicale du monde. Parce que cette fois-là, avec cette personne, rien n’est acquis. La partie débute, niveau un. Un des avantages de repartir au début, c’est que ça repousse la conversation pour définir la relation (connue sous le nom de DTR si vous êtes fans de la série Awkward). On fait comme si rien ne s’était passé et on verra. Le défaut étant que pour peu que vous jouiez mal vos billes, vous allez vous planter et ne pas réussir à obtenir le même résultat que la fois d’avant. Ambiance frustration. Avec comme risque ultime de vous fâcher pour de bon et devoir passer la main à quelqu’un d’autre, le fameux joueur qui « prend la gagne ».

Le mode Arcade est aussi une opportunité de faire mieux que la fois d’avant, de séduire autrement, avec plus de douceur, de tact, ou plus de poigne, de désir. Il va falloir revenir à ce fameux moment, celui où vous vous embrassez, signe tacite qu’à priori c’est bon, tout le monde est d’accord pour finir la partie en co-op.

Et puis, quand le jeu est vraiment trop cool, autant prendre le temps de faire le mode histoire.

Book Review 232

A mon sens, la différence entre une critique littéraire et une chronique d’un même bouquin est que la chronique va être un peu plus subjective. Quand je parle ici d’un livre, j’aime essayer de retranscrire autant le comment et pourquoi du choix de lecture autant que mon ressenti et une tentative d’analyse de sa qualité. Le critique payé doit faire son boulot, le blogueur bénévole fait ce qu’il veut et a donc le luxe d’expliquer sa démarche s’il le souhaite. Parce que ce qui motive le choix d’une lecture est parfois plus intéressant que le texte.
Ce qui m’amène au dernier livre de Nick Hornby, un de mes auteurs (et anglais) favoris.

Car c’est un peu sous cet angle que Nick Hornby chronique ses lectures tous les deux mois pour la prestigieuse revue Believer (récemment traduite en français, mais trop chère et composée de traductions de vieux numéros). A chaque début d’article, il liste les livres achetés et les livres lus depuis la dernière fois. Forcément, les deux séries de titres ne concordent que très peu. Ce décalage d’entrée de jeu est aussi intéressant qu’amusant et donne le ton de l’exercice. Ensuite, pendant le reste du papier, Hornby va raconter comment et pourquoi il a acheté et/ou lu tel ou tel livre. Parfois il passe par une anecdote, comme la rencontre avec un fan qui lui conseille un pavé, ou comme son séjour à Los Angeles où il a dû se rendre pour les Oscars. Si les livres dont l’auteur parle ont leur importance, la critique en elle-même ne prend qu’à peine la moitié de la place.

Tout ça donne un côté bloguesque à ce recueil de chroniques de Hornby. S’il ne dévoile pas grand-chose d’extrême, on est clairement dans l’extime, dans ces petits riens qu’il accepte de partager, comme ses enfants, ses angoisses existentielles, son rapport avec l’Angleterre, le foot. A titre de fan je suis plus que comblé, j’en découvre plus sur une personne dont j’admire l’art, et dont les opinions sur l’écriture et le reste m’intéressent. Petit bonheur lorsqu’il fustige les longs romans, qu’il n’a plus l’envie de lire. Le bonus étant qu’en plus Hornby donne un tas de conseils de lecture. Assez vite je me suis retrouvé à corner des pages, noter des titres sur mon téléphone, pour les ajouter à ma wishlist infinie de bouquins. En sachant qu’à la manière des achats de Hornby, je ne lirai qu’une infime partie de ce qui attire mon attention.

Parce que lire sur les livres de temps en temps est aussi important que lire des livres tout court, je ne peux que recommander ce petit recueil. Une manière de remonter deux ans d’actualité littéraire anglo-saxonne, avec quelques vieux classiques en bonus et une petite fenêtre ouverte sur l’esprit de Hornby.

Good stuff, j’envisage de récupérer les anciens volumes.

BUY STAGE !!!

Pas trop cher.

Gary Oak 2

La dernière fois que j’avais titré un article Gary Oak, c’était pour parler d’un ennemi. Alors que Gary, dans Pokemon, est plutôt un rival. C’était un abus de langage. D’autant qu’à l’époque où je faisais (à peu près) de la bande dessinée, j’avais un véritable rival, au sens noble du terme.

D’après le Larousse un Rival est une « Personne en compétition ouverte avec d’autres pour l’obtention d’un avantage ne pouvant revenir qu’à un seul »

Il s’agissait d’un scénariste à peu près au même niveau professionnel que moi (c’est-à-dire proche du néant). Nous étions apparu à la même époque, sur le même site, avec la même ambition, à savoir écrire des histoires de fou, rencontrer des dessinateurs incroyables, passer pro et un jour, peut-être, en vivre. Alors bien entendu, en BD comme dans le reste des arts, tu es avant tout en compétition avec toi-même, dans la mesure où empêcher l’autre de réussir ne vas pas augmenter tes chances, tout comme sa réussite ne diminue pas les tiennes. Le problème est qu’à notre petit niveau, on se battait pour l’accès à une ressource rare : le dessinateur de talent disposé à travailler avec un scénariste. A l’époque on écumait les mêmes forums, les mêmes sites de petites annonces, pour draguer les mêmes artistes.

Fight.

Je crois que ce qui faisait que nous étions de bons rivaux, c’est qu’on se détestait artistiquement tout en s’appréciant à peu près humainement. Et encore, on méprisait le travail de l’autre, persuadé d’être meilleur, mais avec malgré tout ce fond de doute. Peut-être qu’il est bon et que je ne m’en rends pas compte. Si jamais. Alors on se tirait allègrement dans les pattes, on répondait aux mêmes annonces, en envoyant chacun notre script. L’autre devenait fou si l’un des deux était choisi. Mais dans le cas où une tierce personne était préférée, lui et moi pouvions bitcher ensemble dans notre coin. Lorsqu’on se croisait à Angoulême ou ailleurs, on essayait de s’entre-épater, entre deux vannes un peu plus aiguisées que nécessaire. Avant de repartir, chacun de notre côté, persuadé que la prochaine fois, on pourrait jeter un album signé ou autre victoire à la gueule de l’autre.

Parce que le karma est une pute, j’ai changé de jeu, et lui n’a à ma connaissance toujours pas percé. Je le sais parce que je le flique un peu. Parce que depuis que ne nous sommes plus rivaux, je peux me permettre de lui souhaiter le meilleur. Et parce que notre petite guéguerre m’aura servi de coup de pied au cul permanent. Une source de motivation comme une autre, peut-être plus épicée, assaisonnée à la rage de gagner.

Bon. Fais des albums maintenant mec. Plein. DO IT MERDE.