Book Review 238

David Levithan a beau être (principalement) un auteur de romans pour jeunes ados, je ne peux pas m’empêcher de me jeter les yeux fermés sur chacun de ses nouveaux livres. D’où ma double excitation à la sortie de Every Day, un nouveau livre de l’auteur qui s’avère être un roman touchant au fantastique.

A est sans corps fixe. Chaque matin il se réveille dans un nouveau corps, fille ou garçon, beau ou laid, dépressif ou heureux. Les seules règlent étant qu’il n’habite jamais deux fois la même personne, que chaque nouveau corps est situé dans à peu près la même région géographique que le précédent et que tous ont l’âge que devrait avoir A s’il était un être humain normal à part entière. Depuis 16 années A (qui n’est ni un homme ni une femme, étant les deux par intermittence) subit sa condition en s’étant juré de ne jamais interférer dans l’existence de ceux dont il occupe le corps pour la journée. Jusqu’à ce qu’il rencontre Rihannon, la petite amie d’un connard abusif qu’il contrôle le temps d’un rendez-vous amoureux. Amoureux, A veut revoir Rihannon, partager son univers avec elle, tenter de créer le premier lien de son existence. Quitte à tout perdre si cela ne fonctionne pas.

Aussi séduisant que soit le pitch, on pouvait craindre le pire, entre les trous scénaristiques et les délires sexuels qu’implique changer de corps chaque jour. Mais comme d’habitude, Levithan s’en tire plus qu’honorablement. Il en profite pour dégommer la religion, la politique et faire l’apologie de l’amour au-delà des sexes ainsi que, à plusieurs reprises, des difficultés qu’éprouvent les transsexuels à naître dans un corps qu’ils rejettent, veulent modifier. Si tout ça n’est pas toujours traité avec beaucoup de finesse, la bonne volonté de l’auteur et les messages positifs véhiculés par le texte compensent les faiblesses de l’argumentaire. De toute façon j’étais trop préoccupé par l’intrigue (qui oscille entre histoire d’amour ado et chasse à l’homme) pour m’offusquer.

Niveau structure, chaque chapitre est une nouvelle journée, un nouveau corps et une nouvelle vie pour A. Ce qui donne parfois l’impression (positive attention) de lire un recueil de nouvelles, tant chaque personne habité a sa propre petite histoire. Le procédé fonctionne bien et alterne des chapitres très courts et d’autres beaucoup plus longs tout en abordant une tonne de sujets différents.
La fin du texte laisse présager d’une suite, mais en l’état je n’en sais pas réellement plus. Every Day pourrait tout aussi bien tenir tout seul tout comme il pourrait amorcer une saga. Peu importe, puisque j’ai grandement apprécié ma lecture.

Comme d’habitude avec Levithan, je ne peux que conseiller très fort. Croisons les doigts pour une traduction chez nous. Ça en vaudrait la peine.

Resistance

L’un de mes meilleurs souvenirs de ma première visite à New York il y a trois ans était la célèbre librairie St Mark. Située au sud de l’île, on y trouvait une tonne de bouquins de toutes les langues, des magazines et des revues littéraires. L’année dernière la boutique a failli fermer ses portes, la faute à la concurrence des grosses chaines et d’Amazon qui peuvent se permettre de casser les prix (souvent jusqu’à -40%). Le patron a organisé une collecte de fond et les habitants du quartier ont réussi à sauver leur librairie. L’affaire a fait assez de bruit pour être relayée dans les grands médias, au point que j’aie pu suivre l’aventure depuis Paris. Alors hier je suis repassé devant sur le chemin de ma soirée. C’est là que j’ai remarqué (et photographié) ce signe sur la porte :

Léger début de sentiment de culpabilité, puisque je suis le premier à faire ça (hey je suis sans emploi, et jeune, donc pauvre). Mais tout de même.

J’ai profité du reste de mon séjour pour visiter d’autres librairies, dans d’autres coins de la ville, et force est de constater qu’il en reste mine de rien pas mal. Les temps sont durs, la concurrence du net est rude, mais plusieurs libraires de quartier tiennent toujours. Par contre ils n’hésitent pas à afficher clairement leurs opinions comme sur la porte de St Mark. J’ai par exemple visité une autre boutique qui se propose de livrer les livres à vélo le jour même sans aucun frais supplémentaire. C’est certes toujours plus cher qu’Amazon mais plus rapide, plus équitable et plus écolo. Ce qui tend à prouver que loin de s’enfermer dans une opposition bête et méchante, certaines librairies trouvent des alternatives, mettent au point des solutions.

A l’instar de certains nouveaux lieus parisiens, j’ai observé que pas mal de bouquinistes installent un coin café/bar à l’intérieur de leur boutique, où la lecture est encouragée. Culture US oblige, les étals débordent de livres aux couvertures qui flattent l’œil (souvenirs de mon mémoire de master 1). Certains sont marqués d’une petite gourmette « signed copy », restes du passage d’un écrivain et vendus sans surcoût. J’ai aussi profité de mes visites pour plonger dans le coin des revues littéraires, allant du fascicule imprimé à la maison et agrafé de travers jusqu’au très classe Believer (pour 8$ le numéro au lieu des 15€ de l’édition française traduite en retard, c’était cadeau). Il suffit d’une bonne ambiance et de jolis rayons pour me faire craquer. Mon ADN de pie voleuse fonctionne toujours à plein régime.

Si je suis également allé me perdre dans des comic shop, pour respirer l’odeur du papier glacé, je n’ai cette fois pas mis les pieds dans des grandes chaînes, préférant prendre mon temps et flâner. Manhattan n’a pas trois librairies par pâté de maison comme à côté de chez moi à Paris, mais il reste de quoi faire. Il suffit simplement de s’aventurer un peu plus loin.