Mask

J’ai ce petit bloc de souvenir confus qu’il me reste, de quand j’avais entre quatre et six ans (ou tout du moins c’est l’âge que je pense avoir eu à ce moment-là). J’étais invité (pour l’école ?) à une représentation théâtrale de La cage aux oiseaux. Pas simplement la chanson, mais tout une pièce montée autour. Les accompagnateurs distribuaient des masques en carton en forme de têtes d’animaux, pour faire participer le public à l’aspect visuel de l’évènement. Seulement, déjà tout môme, je détestais les déguisements, j’étais incapable de me grimer, de faire semblant. Pire, je n’en avais absolument aucune envie. Alors que la personne me tendait la découpe de papier je me réfugiais dans les jambes d’une dame (ma professeure ? ma mère ?) pour refuser. Je disais non, je secouais la tête. Mais l’homme insistait, incrédule face au gosse mi récalcitrant, mi terrifié par la situation. Souriceau pris au piège, j’ai fini par mordre.

Je me rappelle très distinctement avoir donné une gifle au masque en hurlant mon refus.  Surpris, l’accompagnateur l’a donc laissé échapper et le carton a atterri deux mètres plus loin. Déjà que j’étais au bord des larmes, de voir un adulte (UN ADULTE !!!) devoir aller piteusement ramasser le masque que je lui avais fait échapper des mains, parce que je ne voulais pas quelque chose de tout simple, ça m’a brisé sur place. Alors que ce n’était qu’un micro-évènement, trente secondes d’une vie, j’ai ressenti une montée de honte inédite. C’est je crois mon plus vieux souvenir de mortification, ayant survécu plus de vingt ans quelque part, dans un coin.

Tout ça à cause d’un bête masque en carton.

Le plus absurde, c’est que j’ai conservé ce dégoût des déguisements me concernant jusqu’à aujourd’hui. Ce qui explique en partie ma capacité à éviter les soirées costumées (à ce stade on est proche du pouvoir mutant). Si j’apprécie toujours le grand classique de autres en mode « je suis en Don Draper lol » ou bien « je suis en pute, c’était pas facile dans le métro hihi », je suis incapable de faire le moindre effort sur ma personne. Si je vois l’intérêt plastique et la prouesse costumière des cosplays, je n’irais pas enfiler un justaucorps Spider-Man ni une robe de chambre pour me la jouer Bleach en société. Non seulement je n’en ressens aucune envie, n’y perçoit aucun plaisir me concernant, mais si on tente de me forcer la main, je me braque très vite. Comme il y a vingt ans.

Même sur internet, je peine à réellement faire semblant. Quand j’adopte un pseudonyme, je reste facilement découvrable et accessible (mes autres pseudos sont assez évidents quand on tombe dessus). Je n’ai jamais créé de fake, ou adopté une personnalité radicalement opposée à la mienne. M’est avis qu’il s’agit là d’un problème de fond sur la perception, les apparences. Le plus fou étant que j’adore voit d’autres personnes déguisées, que je me marre en lisant des fakes. Le problème est dans mon rapport à moi-même. Et encore, quand je dis problème, ce n’est pas comme si j’avais envie de le surmonter.

Pour le meilleur ou le pire, je suis très bien à être simplement moi, avec ma tête, mes fringues.
Mes névroses.

Webbed

Je m’inflige tous les jeux Spider-Man depuis des années. C’est plus qu’un tic, c’est une névrose. Bon an, mal an, je dois faire nouveau jeu de l’araignée. Le problème étant que l’immense majorité des jeux tiré du comic ou des films sont médiocres, pour rester poli.

Il arrive même que certains titres soient des purges absolues, le genre de trucs à vous dégoûter des comics et des jeux vidéo d’un seul coup. C’était par exemple le cas de Web Of Shadows en 2008. J’en étais resté tétanisé plusieurs semaines, prêt à quitter ma Xbox pour embrasser une nouvelle carrière dans le macramé (j’espère qu’il y a des succès).

Heureusement la plupart du temps les jeux Spider-Man abritent quelques bonnes idées sur lesquelles on peut se focaliser assez longtemps pour tenir jusqu’au bout. Par exemple le tout dernier Amazing Spider-Man, tiré de la honte sortie au cinéma cette année, est plutôt joli et répond bien (même s’il pique tout à Batman Arkham City). C’est le scénario qui est abominable et la ville de New-York désespérément vide. Ce qui ne m’empêche pas de bloquer sur le jeu comme le dernier des demeurés en prenant (un peu) de plaisir. J’ai mis en pause l’autrement meilleur Assassin’s Creed III pour finir Spider-Man d’abord. Parce que je suis monomaniaque, parce que c’est important. Et comme un crétin, je fais toutes les missions secondaires aussi inutiles que pénibles. Je suis à la merci de mon adoration pour le personnage.

Parfois, les choses se passent mieux comme il y a deux ans avec cool et presque bon Shattered Dimension. Premier jeu Spidey fait pour les fans du comic, on y jouait Spider-Man normal, Ultimate, 2099 et Noir (une version créée par un français d’ailleurs). Bonheur du script de Peter David, un des meilleurs scénariste du comic. Quand bien même on restait loin de ce qui est, à mon sens, le meilleur jeu du tisseur : Ultimate Spider-Man. Je vous conseille de pirater la version PC à l’occasion, qui devrait ne pas avoir trop vieillie. Avec son monde ouvert, son style cartoon tiré directement des dessins de Marc Bagley et sa storyline bossée par le scénariste Bendis, c’est à ce moment que l’on s’est le plus rapproché de la bande dessinée.

Les vrais gens vous diront, d’un commun accord avec eux-mêmes que le meilleur jeu Spider-Man est l’adaptation du second film de Raimi. C’est non seulement faux (pour le savoir, il faudrait avoir joué aux suivants) mais en plus complètement daté (refaites tourner le jeu de 2004 et personne n’osera insister dessus). Le vrai problème étant que tout le monde se fout des jeux Spider-Man. Les joueurs ont d’autres séries à faire, l’éditeur est content de faire un max de fric sur le dos des gosses et de leurs parents pendant que les fans/gamers se morfondent. A fortiori quand on voit ce que Warner fait de très malin avec Batman et DC en général (Injustice qui arrive l’année prochaine).

Tout ça pour au final se jeter sur le moindre bout d’info concernant le prochain opus des aventures de l’araignée sur consoles. Bouse infâme ou diamant brut, je me jetterai dessus. Peut-être pour ça qu’Activision ne fait aucun effort. Mais quelle alternative ais-je ? Boycotter ? Ah ah ah.

Bon, ça suffit, je retourne grommeler sur Amazing.

Due Date

J’ai trouvé un ou deux appels à texte et autres concours littéraires pour m’occuper cet automne. Le genre de petit exercice toujours très fun parce qu’il est assez balisé pour réduire de manière significative la recherche l’idée. Et puis 10 000 signes, en réalité, c’est rien. Ça peut se rédiger d’un seul coup, quand on a un moment de libre et une bouteille de Pepsi Max. Dans les jours qui suivent tu lis, relis et envoie aux gens (un mélange savant de bienveillants amis et « des autres »). Enfin, quand tout est fini, tu n’envoies pas. Enfin, personnellement, je n’envoie pas. J’attends la date limite de fin du concours, le dernier jour.

Parce qu’envoyer avant, c’est ouvrir la boite de pandore des névroses.

Je suis par exemple toujours scié quand je vois que sur des sites comme We Love Words, des dizaines de personne mettent en ligne leurs contributions plusieurs semaines avant la clôture du concours. Tout le monde peut aller voir à quel point elles sont médiocres (ou parfois brillantes). Le genre de trucs qui peut motiver d’autres candidats : « Ah ah ah j’ai lu les contribs des autres, fonce t’as toutes chances ». C’est un peu comme montrer sa main au poker avant la fin du tout. Ou alors comme ces individus qui font monter les enchères en avance sur eBay, montrant qui est intéressé plusieurs jours avant la vraie lutte. Paradoxalement, si j’envoie en avance, c’est que je ne pas sûr de moi.

Une fois le fichier word envoyé, on ne peut plus y toucher. C’est un bon moyen de trancher sur un texte moyen, ou sur lequel on est bouffi de doutes. On maille et comme ça c’est fait.

A l’inverse, quand j’attends le dernier moment pour envoyer, c’est que j’ai confiance en ce que j’ai fait. Je ne veux pas que d’autres mettent les yeux dessus, et je sais que je ne risque pas de tout avoir envie de réecrire d’ici la date prévue. Je le garde parce que je ne suis pas à l’abri de trouver une piste d’amélioration ou de trouver une faute d’orthographe à corriger. Le fichier traine sur mon bureau, me rappelle de ne pas oublier de l’envoyer. De cette façon, j’aurais aussi moins longtemps à attendre les résultats. Je fractionne mon attente, au point de me lamenter sur le fait que merde, on laisse beaucoup trop de temps aux gens si j’ai déjà bouclé ma participation trois semaines en avance. Je ronge mon frein.

En attendant j’évite de la montrer à d’autres personnes passée la phase de collecte d’avis et de corrections. Je préfère profiter d’être à peu près content et sûr de moi, ce qui est toujours plus simple quand on ne se confronte à rien ni personne. Après ce n’est que quelques jours, la petite douceur narcissique après l’effort.

Fin de semaine je me reconfronte. J’envoie.

En attendant je rien, et c’est trop bien.