Libros

Buenos Aires a été élue capitale mondiale du livre par l’Unesco en 2011. C’est ici que se publient le plus d’ouvrages à l’année et où les politiques d’édition et de diffusion sont les plus admirables.

Au bout de deux jours dans la ville j’ai cessé de compter les librairies. Dans le centre on ne peut pas faire deux cuadras (blocs) sans tomber sur un nouveau bouquiniste, proposant neuf et occasion. Le long des plus gros parcs se trouvent des suites d’étals à ciel ouvert, du genre à mettre la honte à nos petites étagères le long de la Seine. Non-existence du prix unique du livre en Argentine, on peut se permettre d’aller comparer d’un vendeur à l’autre, voire de négocier pour peu qu’on achète plusieurs textes à la fois. Niveau curiosités je reste soufflé par la présence quasi systématique de Mi Lucha (Mein Kampf) en tête de gondole. Le livre interdit chez nous d’Hitler a là-bas pignon sur rue.

Je n’ai pas pu m’empêcher de chercher la présence de liseuses numériques mais rien. Amazon n’est pas présent en Argentine, Apple est quasi inexistant et la concurrence Kobo/Sony ne semble pas avoir percé non plus. De quoi accueillir tous les réfugiés politiques du papier du reste de la planète. Paradoxalement je n’ai que très peu vu de lecteurs dans les transports, ou à la terrasse des cafés. Ce qui sous-entendrait que les argentins ne lisent pas que pour s’occuper mais, plus prosaïquement, chez eux pour le seul plaisir de lire (ce que je suis très peu capable de faire). Si les lecteurs se cachent les auteurs s’affichent. Les publicités pour des livres se retrouvent en grand format dans la rue, avec deux différences par rapport à chez nous : l’auteur est beaucoup plus mis en avant et on rappelle les précédents livres de l’écrivain en même temps que l’on annonce le nouveau.

Mercredi dernier j’ai également pu visiter la Villa Ocampo, demeure de l’écrivain, traductrice, éditrice et mécène Victoria Ocampo. La maison était somptueuse et un rappel de plus de l’importance des livres et de leurs auteurs dans ce pays. Lors de la visite j’ai appris que de nombreux écrivains du siècle dernier ont séjourné ici aux frais de Victoria. Virginia Woolf s’y est par exemple détendue avant d’entrer dans la phase la plus lourde de sa dépression. Tous ces invités participant à Sur, une revue littéraire fondée par Ocampo et comptant plusieurs centaines de numéros, remplis de nouvelles et billets d’humeur du monde entier. La patronne traduisant souvent elle-même les contributions étrangères. Depuis le décès de Victoria la maison a été transformée en musée et accueille des expositions temporaires liées à la littérature et aux auteurs Argentins.

Dans un domaine lié j’ai été soufflé par l’omniprésence des comics. Aux US les comics ne sont vendus qu’en rares boutiques spécialisées tandis qu’ils sont sérialisés chez nous en kiosque. Buenos Aires propose les deux systèmes, mais en mieux. Les comic shops sont propres, éclairés et bien placés tandis que TOUS les kiosques mettent en avant les nouveautés. Là où il faut chercher son Spider-Man dans nos maisons de la presse, ici les BD s’affichent à côté des plus grands magazines et journaux, se présentent comme des incontournables. Je n’ai pas pu m’empêcher de trépigner de bonheur devant chaque kiosquier, à imaginer un monde idéal où tout le monde achèterait ses comics en même temps que Le Monde ou GQ. Conséquences de cet univers comics, les kiosquiers vendent aussi des figurines de super-héros. Bonheur.

Ma médiocre maitrise de l’espagnol m’aura empêché de craquer sur un nouveau recueil de Jodorowsky, ou une édition locale du Petit Prince. N’empêche, j’ai adoré découvrir cette facette de Buenos Aires. Et si de voir plein de gens bouquiner dans le bus et le métro m’a manqué, je ne doute pas de l’amour de la ville et de ses lecteurs pour la littérature.

10 réflexions au sujet de « Libros »

  1. Tout d’abords mec ça fait plaisir de te re-lire !! Limite tu m’aurais manqué !!
    Et ensuite, ça doit être le rêve pour tout lecteur ce genre d’endroit !

    • N.B. : la publication de « Mein Kampf » n’est pas interdite en France. L’éditeur désireux de faire traduire et de publier ce livre est cependant tenu par la loi d’y ajouter une préface ou un avant-propos faisant état des atrocités perpétrées au nom des idées véhiculées par l’ouvrage en question.

  2. @lereilly : non. Du reste, tu remarqueras que les 1 + 70 ans ne se sont pas encore écoulés depuis la mort de Dolphi, donc son « oeuvre » n’est pas encore passée dans le domaine public en France.

    En passant, rien que d’imaginer les ayant-droit qui auraient le cran de réclamer des royalties sur les ventes de leur grand-oncle/arrière grand-oncle/grand-cousin au troisième degré, j’ai froid dans le dos 🙂

      • Et le land de Bavière (si je ne me trompe pas ce sont eux qui ont les droits dessus) fait tout pour qu’il soit impossible a trouver sans notes additionnelles ou préface, comme en France ou en édition commentée.

        J’avais lu un article là dessus justement, faudrait que je le retrouve.

        Sinon, moi aussi, j’ai beaucoup de mal a lire chez moi, alors que dehors a une terrasse ou dans un jardin (en ce moment ça devient un peu compliqué) je n’ai absolument pas ce problème. C’est assez bizarre d’ailleurs quand j’y pense

  3. Si tu n’as pas encore « Mon combat » sur ton kindle, tu peux le trouver tout à fait légalement ici : http://www.editions-nel.com/cc/histoire3945/EkpypEyZyFjsizyJTS.shtml
    Quant à la présence récurrente du livre en Argentine, rien d’étonnant : il y a eu une bonne grosse colonie d’anciens nazis dans le coin (cf. Eichmann et les manifestations suintantes d’antisémitisme qu’a déclenché son rapt par le Mossad dans les rues de Buenos Aires)

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