Invisible

Cette semaine je suis allé voir Skyfall, le nouveau James Bond, en passant à côté du « scandale ». Moyennant rémunération, une célèbre marque de bière a réussi à convaincre le studio de faire boire une petite mousse à l’agent, en lieu et place de l’habituel Martini. Il a fallu m’expliquer le truc, parce que dans la salle, face au film, je n’ai pas du tout relevé la scène. Parce que je ne bois pas d’alcool du tout, tout breuvage éthylique est ramené à son concept de base, tout s’amalgame dans mon esprit. J’ai simplement vu James Bond boire des trucs, à plusieurs reprises dans le film, sans jamais relever quoi. Maintenant que je sais que je suis passé à côté du truc marketing important du film, j’essaie de réfléchir à quand, comment. Il me semble que James décapsule un truc dans la paillotte au début, sans pour autant en avoir la certitude absolue.

Parce que l’alcool n’existe pas dans mon univers quotidien, mon cerveau ne le relève pas quand il le croise.

Je suis fasciné par l’idée selon laquelle les sens humains ne font que donner une interprétation du réel et non le réel en lui-même. Etant limités par nos capteurs, nous ne voyons que ce que nous pouvons, pas tout ce qu’il y a. Dans un second temps, le cerveau fait le tri, parce qu’il n’est pas capable de tout voir et tout prendre en compte. Chaque moment perçu est le résultat de données incomplètes, compilées de manière arbitraire. Jusqu’à ce que notre banque de donnée interne intègre un nouvel élément, qui sera du coup mieux assimilé. L’exemple-type est l’apprentissage d’un nouveau mot. On a très vite l’impression de le lire partout, de l’entendre au détour de chaque conversation. Alors qu’il n’y a pas plus d’occurrences de sa présence. C’est simplement que l’on y prête plus attention, parce qu’il est dans notre répertoire, présent à l’esprit.

Parfois, c’est encore plus con que ça.

Lors de mon voyage en Argentine on m’a trainé dans le quartier des cuirs, où on m’a fait faire plus de vingt boutiques de vestes pendant deux bonnes heures. Moi qui ne savait rien j’ai été éduqué aux matières, aux finitions, aux différences entre tel ou tel modèle. Et depuis que je suis rentré, je remarque chaque autre homme portant une veste en cuir, alors qu’auparavant j’aurais juste retenu qu’il portait un truc par-dessus son pull. Je ne repère peut-être pas les bières dans un film mais j’ai bloqué sur les vestes en cuir d’homme. Ma compréhension du monde s’est un tout petit peu élargie, le changement est microscopique mais il existe. Et je sais que demain j’apprendrai sûrement une nouvelle notion, un nouvel objet, un mot en anglais. Je le verrai partout, addition dans mon encyclopédie à décoder l’univers qui m’entoure.

En attendant les yeux bioniques infrarouges, c’est toujours ça de pris. Et un rappel de plus que l’on ne sait tellement rien, jusqu’à ce qu’on en sache un peu plus, marginalement plus. Donc toujours rien, mais en mieux.

5 réflexions au sujet de « Invisible »

  1. J’ai remarqué qu’il buvait une bière parce qu’étant une boisson alcoolisée peu « noble » on va dire, ça tranchait avec le personnage. Ça m’a pas vraiment dérangé, j’ai juste trouvé ça bizarre mais cette petite polémique dont je n’ai pas entendu parler m’éclaire un peu.
    En tout cas, je ne me souviens pas de la marque.

  2. En tout cas, j’aurais plus vu le placement de produit by Sony (Vaio, Xperia) dans le film que ce f**tu scandale à la bière… Chacun remarque ce qu’il veut (ou ce que son cerveau peut) remarquer, en effet! Joli texte!

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