Elevator

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La semaine dernière on m’a rendu un fier service. Quelque chose qui pourrait ne déboucher sur rien, mais qui engage tout de même un peu la personne qui me le rend. L’ayant appris, je me suis confondu en remerciements. On m’a répondu que c’était normal, que ce n’était rien. Mais quand je fais le compte entre le nombre de promesses qu’on m’a faites et le nombre qui ont effectivement été tenues, ce n’est pas rien. Et bien que je le sache déjà, je me suis répété que si j’étais en position de rendre la pareille, je n’hésiterais pas. Ce qui m’a ramené au moi que j’étais avant de débarquer à Paris, quand j’avais encore le cœur pétri de méritocratie et une haine viscérale pour les coups de main, les arrangements en coulisses.

Si je garde un excellent souvenir de Grand Theft Auto 4, c’est parce qu’il me revient encore certaines répliques, comme le merveilleux « hating the haters ». Mais surtout, et plus proche du sujet en question « We can pick the game. But we cannot change the rules. » J’ai toujours compris ça comme l’acceptation cynique de ce que l’on ne peut pas changer dans ce que l’on veut accomplir. Qu’il vaut mieux accepter les règles ou changer de but. Appliqué à la littérature par exemple, cela veut dire qu’il est plus rentable d’accepter de devoir tisser les liens, attendre des ascenseurs et les renvoyer plutôt que d’hurler que tout le monde est pourri et rester sur le pas de porte. Appliqué au boulot, c’est emmerder ses vieux contacts pour faire passer un CV, stalker sur LinkedIn et aller plus loin que la simple candidature.

Avec le temps ma haine du népotisme et autres magouilles préférentielles s’est lentement mué en une forme d’acception, voire de solidarité. A un moment quand tu finis par faire comme tout le monde parce que c’est l’un des seuls moyens, tu ne peux pas continuer à caracoler sur tes grands chevaux en t’érigeant comme chevalier blanc. Parce que tu finis par réaliser que ceux que tu détestais, que tu enviais, ils n’ont pas plus eu le choix que toi, et qu’à leurs yeux tu n’es pas différent d’eux. Au moins tu peux encore râler si tu les trouves mauvais. Ou tu peux retourner des tables de rage quand les règles du jeu ne sont pas respectées, comme un concours ouvert à tous mais pipé du départ, une offre de boulot déjà pourvue en interne. Quand on te ment.

Tout ceci peut paraître un peu triste. C’est oublier que tout jeu à un maître qui édicte les règles. Et prendre la place du chef permet de réécrire les règles. Le tout étant de ne pas oublier nos petites croyances sur le chemin. Ce n’est pas parce que l’on accepte les règles d’un jeu, que l’on doit finir par le trouver juste.

5 réflexions au sujet de « Elevator »

  1. Va falloir que je m’y colle un jour pas si lointain. J’ai peur et hâte. J’ai une âme de mondain et jouer aux jeux de dupes j’aime bien. Piper les dés ça ne me dérange pas, mais pour ça il faut que ça en vaille la chandelle. C’est surtout ça qui me fait peur. L’éventualité d’avoir à faire ça pour rien.
    On verra quand j’y serai. En tout cas bonne chance camarade.

  2. Je ne sais pas si c’est pour se donner bonne conscience, ou pour éviter de voir la réalité, mais je fais quand même une différence entre ce qu’on appelle le piston, et « les relations ». Entre le fils à papa embauché sans aucune compétence et celui qui attire l’attention en invoquant tel nom, mais qui a du background.
    Après, genre dans l’édition, j’imagine que sans piston on ne lit même pas ton manuscrit. C’est encore autre chose et ça devient la règle du jeu, pour le coup.

    Mais comme je ne trouve pas honteux d’invoquer ses connaissances pour obtenir un entretien (et APRÈS devoir faire ses preuves), ou demander un coup de main, je ne sais pas si le jeu est si pipé que ça. Mais en temps de crises, tout pose toujours plus problème.

    A vrai dire, là où l’égalité est mise à mal, c’est plutôt à l’étape des études, et avant ça, de toute la scolarité, où selon que vous serez grand ou petit, vous irez en ZEP ou à Louis le Grand… Enfin me semble t-il.

  3. Le problème d’avoir des relations, c’est qu’il faut être à Paris pour réussir à tisser des liens. Quand tu es un wannabe provencial sans possibilité de monter vivre à la capitale, qu’est-ce qu’il faut faire? Je pose la question.

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