Luxury

Il me fallait un ultime cadeau de Noël. D’où le fait que je me retrouve à errer à la FNAC Bellecour de Lyon un 24 décembre à 18h. En plus de ce qu’il me fallait, j’ai pris quelque chose d’imprévu : une bande dessinée franco-belge classique, format 24×32, 46 pages, 15 euros. Il s’agissait d’une anomalie. Je n’achète pas de BD franco-belge. La dernière fois c’était il y a pile un an, pour le Noel 2011, où j’avais demandé (et obtenu) le dernier Spirou et le Portugal de Pedrosa. Niveau bande-dessinée j’achète un tas d’autres trucs. Je suis plusieurs séries de manga par exemple, ou alors je vais acheter un numéro de comic ou un recueil de temps à autres. Je peux aussi m’offrir quelque chose de plus indé, ou dans un format spécial comme Les Autres Gens. Mais quasiment jamais de format classique.

Je crois que c’est parce qu’à mes yeux il s’agit d’un produit de luxe.

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Ce que l’on paie avec un album classique, c’est avant tout le prix de l’objet. La couverture est faite d’un carton épais, les pages sont aussi grandes que glacées. Une BD franco-belge, c’est quelque chose qui vous occupe un espace. Ce n’est pas fabriqué uniquement pour être lu, comme le manga sur papier médiocre, ou les BD indés qui abandonnent la couverture cartonnée et le grand format pour économiser un peu de frais d’impression. L’album classique pose ses grosses bottes épaisses sur l’étal du magasin, puis sur l’étagère de chez soi. J’ai la classe t’as vu, je suis pas de la merde ! Tout ça pour contenir 46 pages que l’on lira en une demi-heure une fois rentré. A 15 euros. Et même si je vois à quoi ce prix élevé correspond, même si je trouve l’objet souvent sublime, même si j’ai très envie de lire un titre, je n’ai pas les moyens.

Je ne peux pas me permettre ce luxe.

C’est d’autant plus paradoxal que j’ai passé plusieurs années à en écrire, des projets de BD franco-belge. J’ai pondu tellement de scripts que j’ai intégré toutes les contraintes de nombre de pages, de taille des cases, de comment raconter un bloc d’histoire en 46 pages. Je connais la BD et ses impératifs comme le dos de ma main. Mais même à l’époque, je n’en achetais que très peu, seulement celles des copains. Parce que les copains, c’est sacré. Je n’avais pas assez d’argent. Alors on me prêtait, ou j’allais à la biblioteca (!). Les BD qui composaient la majeure partie de ma bibliothèque perso étaient des cadeaux, de la famille ou des amis. J’étais dans cette position un peu absurde d’écrire des histoires que je n’avais pas pour habitude d’acheter. Des années plus tard des analystes culturels m’expliqueront que la majeure partie des lecteurs de franco-belge sont des cadres sup’.

Tout s’éclairait.

Elles sont trop chères pour moi, je ne sais pas vraiment où les ranger dans mon piteux 22m² et pire, je ne sais quasiment plus qui sort quoi chez qui. Mais c’était Noel. Et cette BD-là me faisait très envie. Alors je l’ai prise comme la plupart de ses copines au fil des ans : comme un cadeau.

Parce que ça reste un luxe, une petite fois par an.

J’espère qu’elle sera bien.

5 réflexions au sujet de « Luxury »

  1. La BD franco belge, le truc qui dépasse de l’étagère, qui fait ombrage à tous les comics.
    Faut vraiment que je range correctement.

    Ou bien un label One Size Fits All 🙂

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