Toxic

Je réalise avoir eu une certaine forme de chance en ne déménageant jamais. Comme ça j’ai pu cumuler une enfance et une adolescence entière d’artefacts dans la même maison, voire la même pièce. Régulièrement je creuse dans mes armoires, vide mes archives à même le sol et remonte le temps.

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Cette semaine j’ai retrouvé l’intégralité de ce que j’avais dessiné pendant la moitié du lycée et une partie de la fac. Au dernier décompte j’avais quelque chose de l’ordre de 400 strips et 50 pages de bande dessinée. Rien que pour les strips il s’agissait de trois séries, dont une en version originale et entièrement redessinée des années après. Des centaines d’histoires que j’ai d’abord partagées en classe, puis sur internet, à l’époque où l’on n’avait pas encore les blogs BD. D’ailleurs je ne peux pas m’empêcher de penser que si j’avais eu le courage de monter un fameux blog BD avec tout ça, et de tenir bon le temps d’atteindre un niveau décent, je ne serai pas là où j’en suis aujourd’hui. En tout cas je ne serais pas le type qui rédige ces lignes, c’est certain.

Le reste de ma garçonnière est tout aussi réconfortant et anxiogène à la fois. Temple dédié à la nostalgie de ma propre personne, j’ai peur de me perdre et de m’intoxiquer aux souvenirs et autres regrets si j’y passe trop de temps. Ne serait-ce que parce que des bribes du passé me reviennent à l’esprit. Je me rappelle de soirée avec les camarades de classe, de ce qui me tenait à cœur à l’époque, de ce qui définissais mon quotidien et de ce qui me poussait à me lever le matin. Les amours adolescents contrariés aussi. La curiosité prenant le pas sur le bon sens, je me laisse parfois aller à faire des efforts de mémoire, à tenter de remonter à la surface autant de souvenirs que possible. Caresser du bout des neurones tous ces trésors enfouis auxquels je suis incapable d’accéder ailleurs.

Car ma capacité de rétention mémorielle est médiocre, au mieux. Je terrifie toujours mes (petites) ami(e)s lorsque je suis incapable de me rappeler de tel ou tel point de détail pourtant crucial. Je me hais car, à propos de certains sujets, de certaines époques, j’ai l’impression d’être affecté par un Alzheimer précoce. Je patine dans le vide à la recherche d’une précision qui ne reviendra peut-être pas. Et ça me terrifie à peu près autant que cela me provoque des montées de honte.

C’est sans doute pour ça que je me laisse dériver dans ma chambre d’enfants, que je prends le risque de me pourrir le crâne à coup de nostalgie mal placée ou de regrets mal digérés. Tout ça pour sauver quelques souvenirs avant qu’ils disparaissent pour de bon. Et même si ça fait mal, je me console en me disant que hey, j’ai retrouvé un truc, je me rappelle d’un truc.

Je ne sais pas si cela serait vraiment possible si j’avais eu plusieurs chambres, dans plusieurs maisons, et que je pouvais plus y accéder et m’y enfermer. Quelque part j’espère ne jamais avoir à le découvrir.

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