Binge Watching

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J’ai réalisé que j’avais tellement maximisé ma consommation culturelle, qu’à présent si je veux profiter plus d’un medium je dois mettre de côté les autres. Je ne peux pas lire plus de livre, plus de mangas, regarder plus de séries, plus de mangas, jouer à plus de jeux console, de jeux portable, sans sacrifier quelque chose en échange. Si ma vie était un RPG, je serais à court de points de compétences, capable de redistribuer mais plus de monter en niveau.

Par exemple j’ai décroché un peu de la littérature au profit du jeu vidéo nomade. Le côté positif c’est que je ne lis plus que des livres qui m’intéressent vraiment au lieu de bouloter pour le principe. Et avec la sortie prochaine de Persona 4 c’est mal barré pour les bouquins pendant facile deux mois. J’ai aussi drastiquement ralenti ma consommation en matière de séries. C’est-à-dire que je ne renouvelle pas celles qui se terminent, que je décroche de celles que je n’apprécie plus (à quelques exceptions tenaces). Le but étant cette fois ci de continuer à dévorer des films. Ce qui était d’ailleurs l’objet d’un petit challenge ce mois de janvier : regarder un film par jour, tous les jours.

Pari tenu.

Mais ce fut douloureux, pour un tas de raison. Petit con que je suis-je n’arrive presque plus à tenir plus d’une heure devant un film sans me dissiper. Je mets en pause pour aller répondre à des mails, je joue à la Playstation VITA sans le son pendant les moments chiant, je finis par tronçonner mes films en 2/3 visionnages. Paroxysme de la connerie (ou de l’astuce, à vous de voir), quand je regarde plusieurs films en même temps, par alternance de petits bouts. Mais je pars du principe que tous les moyens sont bons. D’autant que je me heurte à un autre problème, ma carte de cinéma illimitée.

Je suis encarté UGC depuis bientôt dix ans. Ce qui signifie que quand un film me fait envie au cinéma, je vais le voir sans me poser de question. Ce qui signifie que j’ai vu 75% des bons trucs sortis en France dans la décennie dernière. Alors je vais piocher dans les 25% qui restent, dans les films un peu plus moyens, voire dans mes vieux films préférés. Après tout je peux bien revoir Love Actualy tous les ans. A un moment je me retrouve quand même en panique, obligé d’aller puiser dans les films indépendants bizarres, les classiques qui n’ont pas toujours bien vieilli, les œuvres russo-asiatiques. Et dans le tas je subis un bon paquet de films médiocre, à me donner envie de m’éclater la tête contre mon écran. Mais j’ai mon challenge, chaque long métrage entamé doit être terminé pour compter, chaque jour.

Heureusement au milieu de ce grand n’importe quoi cinématographique, je suis de bons conseils, je déniche des pépites que je partage et je réapprends à me discipliner face aux films, à moins me tortiller sur mon fauteuil. En gros, je fais une cure.

Et je ne doute pas qu’à un moment je vais péter un plomb et faire une boulimie de romans ou de séries débiles. Chaque chose en son temps. Tout n’est que cycle.

Burp.
Pardon.

Groomed

Spirou est un personnage de comics. En niant cette réalité les éditions Dupuis condamnent le héros et sa série principale au marasme.

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J’ai pris le temps de lire Dans les griffes de la vipère, le cinquante-troisième album des aventures de Spirou et Fantasio. Et si l’on est très loin de l’infâme Face cachée du Z, le tome précédent, ce n’est pas encore ça. L’histoire est à la fois méta et contemporaine. Le journal de Spirou est attaqué pour trop de violence dans une publication jeunesse et notre héros est obligé de faire renflouer l’entreprise par un mystérieux investisseur. Sauf que, tatatin, c’est un piège, et voilà Spirou possédé par un milliardaire qui veut juste s’amuser. Le groom va donc tout faire pour recouvrer la liberté, sous peine de, heu… passer sa vie enfermé sur une île paradisiaque dans une villa immense. Ca fait le job, mais de la même façon que le Coca Light fait le job du Coca : c’est un peu léger.

Je ne suis pas fan du tournant métatextuel de l’histoire. L’album commence par une fan qui pose des questions à Spirou sur l’album précédent, adaptation en BD (dans la BD) des aventures réelles du groom. Admettons. Tout comme la présence très appuyée du journal de Spirou (revoilà nos héros rétrogradés de journalistes d’investigation internationale à simples mascottes d’un hebdomadaire pour la jeunesse) revient infantiliser l’esprit du titre. Le reste de l’intrigue reste d’ailleurs dans cet esprit : les enjeux ne sont pas « violents », il s’agit juste à Spirou d’échapper à une cage dorée, pas de critique trop forte des 1%, pas de réflexion sur les personnages et leurs motivations. Tout reste en surface, jamais bien méchant.

Tristesse.

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Les précédents runs de Spirou étaient avant tout le reflet de leur époque. L’époque Tome & Janry était avant tout influencée par James Bond, les héros d’action des années 90 et le cinéma américain. D’où la présence de femme (luna) fatale et autre imaginaire yankee avec plusieurs albums à New York. C’était aussi le début de questionnement des personnages. Fantasio avoue sa jalousie de Spirou dans La vallée des bannis (meilleur album toujours) tandis que le groom succombe pour la première fois aux femmes. Même Seccotine essaie de s’affranchir de son côté cartoon au terme de Machine qui rêve (second meilleur album toujours). Plus tard Morvan & Munuera donneront un souffle manga et comics très années 2000 au héros, avec à la fois un album japonais bourré (parfois à l’excès) de culture nippone et l’intégration d’une continuité narrative lourde menant à un reset on ne peut plus comicbooky dans Aux sources du Z. Deux générations d’auteurs, deux reflets de la culture de leur temps.

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Puis Dupuis a paniqué. De la même manière que l’ancien rédacteur en chef de Spirou Magazine m’a demandé pourquoi je soumettais un projet de strips à suivres (« personne ne comprendra jamais, c’est trop compliqué »), l’éditorial de la série Spirou a décidé de mettre un grand frein à cette expérimentation perpétuelle. Nouveaux auteurs, nouvelles règles : des albums complètement indépendants, plus légers, aux intrigues moins complexes, sans morts violentes ni avancées scénaristiques majeures. Une espèce de tintin-isation du personnage. En contrepartie aura été créée une collection d’albums one-shots « une aventure de spirou par » aux graphismes et intrigues plus osées. Comme si on avait pris toute l’audace caractéristique de la série de la base pour la mettre à part, à la manière d’une tumeur devenue trop gênante.

C’est, à mon sens, une erreur totale.

Spirou est un personnage de comics. Il n’appartient pas à ses auteurs originels, chaque nouvelle équipe créative a jusqu’ici pu réinventer le personnage, apporter sa pièce à l’édifice d’une mythologie de plus en plus riche. A l’inverse de Blake & Mortimer ou Lucky Luke, dont les repreneurs font le maximum pour singer le style original, Spirou est mutant. En évoluant avec son époque il permet à chaque génération d’avoir « son » Spirou, de profiter de la version ultime du personnage à ce point T dans le temps.

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Exemple typique d’une planche de BD PARFAITE et en raccord avec son époque, impensable dans la vision actuelle du personnage.

En niant cette part fondamentale de l’ADN de la série, l’équipe éditoriale de Dupuis castre son personnage, l’enferme dans des carcans archaïques dans le but de plaire à tout le monde. Et si le run actuel de Yoann et Vehlmann est très correct, il n’est que ça. Si j’ai au départ haï la version de Morvan et Munuera (pour changer d’avis avec le recul), c’est qu’elle était assez radicale et personnelle pour susciter en moi une réaction violente. Les trois derniers albums n’ont produit en mois qu’un ennui poli et une liste de critiques plus adressées aux ambitions éditoriales du titre qu’aux auteurs eux-mêmes. Surtout, j’ai pris conscience que je préférerais détester un nouvel album de Spirou plutôt que de ne rien ressentir de particulier. Parce que cela signifie que plus personne n’essaie vraiment.

Tout ceci me remplit d’une tristesse infinie. De tous les héros de BD franco-belge, Spirou est mon préféré. Le seul pour lequel je serais prêt à tuer quelqu’un si cela me permettait de mettre les mains dans le cambouis, que ce soit pour réformer les règles éditoriales de la série ou pondre un tas d’histoires mêlant le meilleur de ce qui a été fait et de ce que j’aime à présent, à cet instant T.

Le Spirou de la décennie 2010, n’existe pas encore. A la place on doit manger du Soleil vert, une bouillie sans ambition faite des restes des cinquante albums précédents.

Tout ceci manque cruellement de goût.

Punch Out

Quand j’étais môme j’ai voulu très fort un sac de boxe, alors mes parents ont été assez gracieux pour m’en offrir un. Je me rappelle la texture des gants, le bruit du choc de mes petits poings contre le sac. Très vite je me suis désintéressé de l’objet, qui a fini au fond du grenier avant d’être offert à des amis.

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J’ai repensé à ça une bonne partie de l’année dernière, au fait que j’étais peut-être passé à côté d’un vrai truc. Parce que j’avais quelque part cette envie un peu absurde de vraiment débuter la boxe. Je me renseignais de temps en temps sur le sport, les salles, au gré de mes insomnies. C’était une petite démangeaison mentale, qui revenait de manière régulière. J’en parlais à mes potes, à moitié sur le ton de la blague, des fois que quelqu’un s’y connaisse un peu. Ça a duré des mois, jusqu’à l’été en fait, lorsque mon camarade Gargov me dise que « ah ouais carrément moi aussi ça me dirait bien tu veux pas qu’on cherche une salle ? ».

Nous étions en route.

Ce qui aura été l’occasion de visiter des lieux cocasses, comme cette arrière salle de gymnase du 19ème arrondissement, où un vieux coach voûté nous a expliqué qu’ici c’était pas pour déconner, que ça allait être dur, qu’on ne toucherait pas des gants avant d’avoir fait trois mois de conditionnement physique. Légère angoisse. Nous avons du coup opté pour la salle au bord du Canal St Martin, plus bobo que compétition, où on croisera des photographes, professeurs et autres communiquants prêts à se mettre sur la tronche. Ivre de motivation, nous nous sommes inscrits sans nous frotter au cours d’essai. J’ai acheté mon matériel et me suis finalement pointé seul pour ma première fois.

C’était fin septembre. Ce matin je prépare mes affaires pour aller à ma vingt-sixième leçon.

Et encore maintenant je déteste la demi-heure d’échauffement, la pénibilité des exercices, ce moment quand les bras ne suivent plus, incapable de porter le moindre coup correct. Parce qu’il faut répéter, encore et encore, jusqu’à l’épuisement, pour arriver à l’automatisme. Je regarde l’horloge, je compte le temps qui reste avant la quille. Puis on passe aux assauts libres, où tout est permis, y compris de se prendre une branlée. Mais pendant ces plusieurs reprises, le corps fonctionne à plein régime, tes réflexes doivent répondre aux questions que ta tête se pose. J’essaie de comprendre le style de la personne d’en face, d’en tirer parti pour soit rester en tête soit arriver à placer un ou deux bons coups afin de sauver l’honneur. Peu importe si la tête tourne après, si je hâlette comme un bœuf pendant. Niveau sensation, on touche là à quelque chose que je n’avais jamais trouvé ailleurs auparavant.

Je crois que je pourrais m’interroger et développer sur la boxe pendant des dizaines de posts tellement le sujet, que je ne fais qu’effleurer, me questionne. Au moins je suis sûr d’avoir mis le doigt sur un truc et même si je hais le cours, je l’attends chaque demi-semaine avec impatience. C’est devenu quelque chose qui me passionne en plus d’être une activée structurante. A l’inverse de la piscine j’ai besoin d’au moins un partenaire, fille ou garçon. Et de leçon en leçon je reconnais les gens, je les salue, j’ai l’impression de faire partie d’un ensemble. Ça vaut le coup. J’espère pouvoir tenir le plus longtemps possible.

Sur ce j’y retourne, j’ai besoin.
Cours vingt-six.