Pristine

Je me découvre une nouvelle névrose, qui s’inspire un peu de l’incapacité de jeter les objets inutilisés (hoarding), mais en allant un cran plus loin. Je n’utilise pas ce que j’achète.

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Par exemple, avec les BDs. Je n’ai pas lu l’album que je me suis offert à Lyon pour Noël. Et je suis reparti en le laissant là-bas, à trôner sur le canapé familial. Le week-end dernier j’ai vu le nouveau tome de Spirou dans la vitrine du libraire en bas de chez moi. Coup de sang, j’en ai fait l’acquisition quand bien même j’allais au restaurant (« non c’est pas pour toi, c’est pour moi, désolé »). Depuis il décore mon étagère Billy avec sa couverture « kibrille ». Je ne l’ai toujours pas ouvert.

Niveau fringues ce n’est pas forcément mieux. Une dizaine de jours que ma nouvelle chemise préférée de l’histoire de mes chemises préférées reste pliée dans le petit sac du magasin. Juste à côté, mes nouvelles Adidas sont encore dans leur boîte. Et pendant ce temps je caresse mon nouveau baggy, encore attaché à son étiquette, alors que je continue à me promener avec le pantalon pourtant troué qu’il était censé remplacer. Dans mon esprit, je sais qu’à un moment il faudra bien que j’utilise tout ça, que ça serve.

Pendant ce temps, dans un tiroir de mon bureau dorment une grosse demi-douzaine de boosters Magic de l’époque Zendikar (2009) non ouverts. Je n’arrête pas de me dire qu’un jour je m’en servirai, ou je les offrirai. Mais les ouvrir, là, maintenant, non.

Quand j’essaie d’analyser tout ça, je me dis que dois tirer une sorte de plaisir maladif autour de la notion de neuf. J’adore ce qui est neuf, j’adore quand l’étiquette de la marque dépasse encore du vêtement, quand une bande dessinée va grincer un peu la première fois que tu vas l’ouvrir (d’où l’intérêt d’attraper un exemplaire bien au fond de l’étal de la boutique). J’ai envie de profiter de cet état le plus longtemps possible. Est-ce que cette nouvelle chemise ne va pas perdre quelque chose la première fois que je la mettrais ? De nouveauté elle deviendra quotidien, un élément de mon petit univers, en cours de banalisation. Alors que là, dans son sac, au pied de ma penderie, elle est encore parfaite.

Le pire dans tout ça, c’est que j’ai envie de lire mes BDs, de porter mes nouvelles fringues, de jouer avec mes cartes. Plus j’attends, plus j’ai du mal à franchir le pas. Comme si le bonheur d’utiliser l’objet ne pourra plus être la hauteur du temps passé à le regarder neuf, du coin de l’œil. La névrose est non seulement totale, mais elle s’aggrave avec le temps. La dernière fois qu’on m’a offert une belle chemise, c’était pour anniversaire en juin. Tellement intimidé par le prix et la finition de l’habit, j’ai attendu « le bon moment » pour le porter. Le bon moment arrivera SIX MOIS PLUS TARD EN DECEMBRE. Imaginez la puissance de ma propre consternation.

Allez, on dit qu’aujourd’hui, là, je mets mon nouveau pantalon au lieu de celui avec les trous.

Allez.

(je ne suis pas fou vous savez)

7 réflexions au sujet de « Pristine »

  1. Du coup pour toi cette notion du neuf l’emporte sur ton appropriation d’un objet ? Du genre, vouloir faire durer quelque chose qui te sert depuis un moment ( cette petite parcelle de vie que je fais durer dans mon ipod 5eme génération, qui a des musiques d’un autre temps, ou ce Casque ( Alfred, de son petit nom ) qui est bien différent de celui que je devrai finir par acheter quand Alfy ne fonctionnera plus ), qui a presque son identité, sans forcément être cette vieille montre transmise de père en fils ?
    As-tu été déçu par des objets ? Par un jeu qui sous blister te faisait tellement envie qu’il t’a laissé un mauvais goût en bouche après ouverture, après y avoir joué ? S’il reste neuf, il reste intact et inchangé à tes yeux. Pas de déception, mais pas de prise de risque non plus.

  2. Pourtant je crois me souvenir d’un post où tu disais ne pas comprendre le concept de pàl ms adoptais plutôt le « acheter-bouloter ». A new névrose is born.

  3. Ou cherches-tu à conserver le plus longtemps possible le fantasme et l’imaginaire parfait que tu as créé autour de ces objets, ce qu’il devrait t’apporter, ce que tu pourrais faire avec, ce qu’il pourrait faire de toi ?

  4. Il existe une phobie de l’usure. Faiblement documentée mais bien réelle. Sans doute liée à la peur du changement, du vieillissement, de la mort.

  5. Je comprends bien le principe pour les cartes car tant que le booster n’est pas ouvert, il reste le mystère de ce qu’il contient. Alors que quand tu l’ouvres pour trouver déjà deux common que tu as déjà trouvé dans celui d’avant, la magie retombe un peu…

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