Punch Out

Quand j’étais môme j’ai voulu très fort un sac de boxe, alors mes parents ont été assez gracieux pour m’en offrir un. Je me rappelle la texture des gants, le bruit du choc de mes petits poings contre le sac. Très vite je me suis désintéressé de l’objet, qui a fini au fond du grenier avant d’être offert à des amis.

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J’ai repensé à ça une bonne partie de l’année dernière, au fait que j’étais peut-être passé à côté d’un vrai truc. Parce que j’avais quelque part cette envie un peu absurde de vraiment débuter la boxe. Je me renseignais de temps en temps sur le sport, les salles, au gré de mes insomnies. C’était une petite démangeaison mentale, qui revenait de manière régulière. J’en parlais à mes potes, à moitié sur le ton de la blague, des fois que quelqu’un s’y connaisse un peu. Ça a duré des mois, jusqu’à l’été en fait, lorsque mon camarade Gargov me dise que « ah ouais carrément moi aussi ça me dirait bien tu veux pas qu’on cherche une salle ? ».

Nous étions en route.

Ce qui aura été l’occasion de visiter des lieux cocasses, comme cette arrière salle de gymnase du 19ème arrondissement, où un vieux coach voûté nous a expliqué qu’ici c’était pas pour déconner, que ça allait être dur, qu’on ne toucherait pas des gants avant d’avoir fait trois mois de conditionnement physique. Légère angoisse. Nous avons du coup opté pour la salle au bord du Canal St Martin, plus bobo que compétition, où on croisera des photographes, professeurs et autres communiquants prêts à se mettre sur la tronche. Ivre de motivation, nous nous sommes inscrits sans nous frotter au cours d’essai. J’ai acheté mon matériel et me suis finalement pointé seul pour ma première fois.

C’était fin septembre. Ce matin je prépare mes affaires pour aller à ma vingt-sixième leçon.

Et encore maintenant je déteste la demi-heure d’échauffement, la pénibilité des exercices, ce moment quand les bras ne suivent plus, incapable de porter le moindre coup correct. Parce qu’il faut répéter, encore et encore, jusqu’à l’épuisement, pour arriver à l’automatisme. Je regarde l’horloge, je compte le temps qui reste avant la quille. Puis on passe aux assauts libres, où tout est permis, y compris de se prendre une branlée. Mais pendant ces plusieurs reprises, le corps fonctionne à plein régime, tes réflexes doivent répondre aux questions que ta tête se pose. J’essaie de comprendre le style de la personne d’en face, d’en tirer parti pour soit rester en tête soit arriver à placer un ou deux bons coups afin de sauver l’honneur. Peu importe si la tête tourne après, si je hâlette comme un bœuf pendant. Niveau sensation, on touche là à quelque chose que je n’avais jamais trouvé ailleurs auparavant.

Je crois que je pourrais m’interroger et développer sur la boxe pendant des dizaines de posts tellement le sujet, que je ne fais qu’effleurer, me questionne. Au moins je suis sûr d’avoir mis le doigt sur un truc et même si je hais le cours, je l’attends chaque demi-semaine avec impatience. C’est devenu quelque chose qui me passionne en plus d’être une activée structurante. A l’inverse de la piscine j’ai besoin d’au moins un partenaire, fille ou garçon. Et de leçon en leçon je reconnais les gens, je les salue, j’ai l’impression de faire partie d’un ensemble. Ça vaut le coup. J’espère pouvoir tenir le plus longtemps possible.

Sur ce j’y retourne, j’ai besoin.
Cours vingt-six.

13 réflexions au sujet de « Punch Out »

    • J’avais un collègue très métro-sexuel qui allait faire de la boxe dans « un club où on ne frappe pas le visage pour ne pas laisser de marques, vu que tous les membres ont un job important ». J’avais trouvé ça vraiment bizarre… et puis, si tu fais de la boxe, tu fais de la boxe, pas du pillow-fight…

  1. Hey! Je suis moi même boxeur en Alsace, mon père et mes oncles ont leur propre club de boxe. Tes écrits sur la boxe sont bon, ça fait plaisir de voir que certaines personnes reconnaissent la dureté de ce sport. Et surtout que tu ne te considère pas comme Rocky mais comme un élève. Continue comme ça et tu verra que la boxe deviendra une grande partie de ta vie.

    • Oh c’est génial ! Un club familial. 🙂

      Ah non je serai jamais un Rocky, surtout que je vois la différence de gabarit et de niveau entre pas mal des élèves et moi. Mais j’aime combattre des personnes 10/20% plus balèzes que moi. Je perds mais je me rends compte qu’il manque pas grand chose et c’est ce qui me pousse le plus vers le cours suivant.

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