A Plan Coming Together

Dans le cadre du concours évoqué ici-même la semaine dernière, je dois construire un séquencier de roman. Ce n’est ni la partie la plus longue, ni la plus satisfaisante, du travail d’écriture. Mais c’est, en tout cas pour moi, la plus fun.

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Un séquencier revient à réduire une intrigue à une suite de séquences. Cela peut prendre n’importe quelle forme. On peut faire une simple suite de paragraphes numérotés décrivant chacun un chapitre de l’ensemble (ça, j’aime bien ça). Ou on peut, plus compliqué, dresser un grand tableau, où non seulement l’intrigue sera découpée, mais où l’on annotera également des éléments annexes, comme la liste des personnages présents, où des drapeaux indiquant le début de telle ou telle intrigue. Un ami utilisait pour sa part un gigantesque tableau blanc qu’il bleuissait à grand coups de Velléda, le long d’une frise représentant l’avancée de l’histoire au fil du livre. J’ai également lu sur internet que d’autres se servent de cartes, une par personnage (ce qu’il veut, ce qu’il est prêt à faire pour l’obtenir et ce qu’il aura en fin de texte), une par scène (chapitre X) qu’ils arrangent et réarrangent dans un épais paquet.

Pour importe la méthode, le séquencier a en principe deux buts. Il doit permettre à une personne externe de parcourir le projet dans son intégralité en quelques minutes et en discerner tous les rouages (dans le cas d’un concours par exemple). Mais il sert surtout à l’auteur de poser les fondations de son texte afin de mieux s’y retrouver. De singuliers individus écrivent leurs bouquins au fil de la plume, sans autre base que leur cerveau, et grand bien leur fasse. Pour les autres, le séquencier est un pilier contre lequel s’appuyer. Si un problème, une idée, survient, il ne faudra que quelques manipulations pour s’en occuper. Découper un manuscrit en un maximum de petites cases rend l’écriture plus simple. On peut s’atteler à chaque élément, dans l’ordre de l’on souhaite, avant de tout réunir en un seul morceau qui sera relu dans un souci d’homogénéisation.

Depuis deux semaines je suis donc jusqu’au cou dans mon séquencier, qui me force à me poser les bonnes questions. Qu’est-ce que je fais de ce moment de battement dans l’intrigue ? Comment remplir ce chapitre vide ? Maintenant que je vois qu’il se passe ça dans la première partie, puis-je y répondre dans la troisième ? Et ainsi de suite. Je trouve que c’est comme jouer aux légos, avec une réserve infinie de pièces, de toutes les tailles, toutes les formes, toutes les couleurs. Tout le boulot accompli à ce stade m’épargnera des heures d’arrachages de cheveux par la suite, si suite il y a.

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Alors je n’écrirai pas une véritable ligne sans avoir achevé les fondations. On ne peut pas partir à la chasse au trésor sans un plan. Quelque part j’admire ceux qui peuvent s’en dispenser, sans pour autant totalement parvenir à les croire, ou à trouver le résultat solide. Je suppose que chacun prêche pour sa paroisse.

C’est en tout cas la méthode qui fonctionne pour moi.

Vs The World

La semaine dernière j’ai réalisé que les films Chasing Amy et Scott Pilgrim VS The World pourraient faire un super diptyque thématique, une bonne soirée ciné. En effet, tous deux parle de la difficulté d’accepter le passif sentimentalo-sexuel de sa nouvelle petite amie.

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Dans Chasing Amy le (trop) jeune Ben Afflecj tombe amoureux d’une lesbienne, parvient à la séduire mais pète peu à peu les plombs au fur et à mesure qu’il découvre les expériences de sa copine. Dans Scott Pilgrim le (pas trop) jeune Michael Cera doit affronter les sept petits amis de sa copine, une liste qui comprend une fille et un soupçon de triolisme. Le premier film traite donc le sujet du bagage relationnel par le prisme des gros mots et des engueulades, tandis que le second préfère partir dans l’absurde à tendance manga. Mais tous les deux viennent explorer la même question, celle qu’a hurlé la fille avec qui je regardais Chasing Amy : « Mais qu’est-ce que vous en avez à foutre de qui on a baisé et comment ? Vous êtes cons ou quoi les mecs ?! »

Ué ué.

Cette névrose profonde qui provoque un tas de comportements complètement cons. Comme par exemple le mec qui sort de « la première relation longue » qui décide de mettre assez de filles entre lui et son ex pour s’assurer de ne jamais être « rattrapé ». Ou alors la nouvelle petite amie au lourd passif qui ne dira jamais rien à son macho de mec, quand bien même tous ses amis, présents au mariage, savent tout. Ou bien encore le type qui décrète que parce que X a couché avec Y, jamais il ne couchera avec X, parce que fait pas déconner merde. Et je me doute que cette névrose n’est pas forcément qu’à sens unique, j’ai cependant beaucoup moins entendu mes amies filles s’en plaindre. Si je voulais me vautrer la tronche j’essaierais de supputer pourquoi. Mais non.

A la place je vais surtout remercier je ne sais pas qui ou quoi d’avoir réussi (plus ou moins) à dépasser ça. Enfin, dans la plupart des cas quoi. Je… Gni.

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Surtout, je crois qu’à force de vivre dans Paris et dans l’internet parisien, j’ai vu passer assez d’histoires de fou, assez de groupes de potes consanguins et assez de défilé de relations, que je ne suis plus ou moins anesthésié par ce type de problématique. Tout dépendrait en bonne partie du milieu sentimentalo-sexuel dans lequel on nage. Si on partage une névrose, on ne vit pas forcément tous dans la même normalité.

Et puis, la prochaine fois que vient poindre le doute, que l’hésitation nous prend aux tripes, on ressortira nos vieilles copies de Chasing Amy et Scott Pilgrim, pour une soirée remise des pendules à l’heure.

Tomb Diaries/Vampire Raiders

La quatrième saison de The Vampire Diaries est en train de devenir la meilleure adaptation TV non officielle de Tomb Raider.

[Ce qui suit dévoile les éléments clefs de l’intrigue dans le but de vous faire saliver comme la dernière des catins au point de vous mettre à la série, voilà.]

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Si vous ne suivez pas la meilleure série, celle qui est complètement conne, pulp, jouissive, je vous résume vite fait là où on en est. Elena, l’héroïne de The Vampire Diaries est devenue un vampire (ta ta tin), ce qui ne la ravit qu’à moitié. Jusqu’à ce que l’on entende parler d’un « remède » à l’immortalité, qui pourrait rendre humain. Forcément, tout le monde le veut, que ce soit pour guérir son vampirisme ou pouvoir tuer un rival jusqu’ici increvable. Le remède étant enterré avec Silas, un vilain immortel pas beau.
Et c’est là que, depuis quelques semaines, The Vampire Diaries s’est transformé en remake low cost de Tomb Raider.

En effet, tous les ingrédients sont là : on a une vieille légende, des défis à relever pour obtenir une carte au trésor, des runes anciennes à décoder, un long chemin à parcourir jusqu’à une putain de tombe. Sachant que là-bas est enterré avec le trésor un mal ancien et que prendre possession du remède revient à condamner le monde. Quasiment tous les ingrédients de la formule sont là. Les passages obligés qui régissent les Tomb Raider, Indiana Jones et autres Uncharted répondent tous à l’appel. D’où mes glapissements de joie semaine après semaine dans ce qui devient petit à petit le meilleur arc narratif de la meilleure série.

Sans parler du fait que tout ceci rappelle fortement la seconde saison du manga Jojo’s Bizarre Adventure, avec ses vampires piégés dans la pierre n’attendant que ce que le sang coule pour se réveiller. Bonus.

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(ceci est une carte au trésor, pour de vrai)

Car, comme je m’en lamentais il y a peu, cet archétype narratif n’est que trop peu souvent exploité. Alors que l’on a tous envie de croire très fort aux merveilles enfouies à travers le monde, aux légendes. Et que comme morale, le « il faut parfois savoir renoncer à l’objet de ses désirs pour le bien du monde » fonctionne toujours très bien. Même si, dans le cas précis de The Vampire Diaries, je me doute bien que le remède sera utilisé sur l’un des personnages, que le méchant se lèvera et viendra foutre le bordel pendant le reste de la saison, au minimum. C’est la loi des séries, il faut que ça continue.

Et alors que l’on dira adieu à l’arc pillage de tombes, j’aurai encore un fond de sourire aux lèvres. Comme chaque semaine, devant la meilleure série.