Book Review 242

La semaine dernière notre prof de boxe s’est lancé dans un de ses speechs d’engueulade/motivation dont il a le secret. Il a rappellé que si on était là, à boxer, c’est qu’on était disposé à se prendre des pains dans la gueule. Et que quand on est d’accord pour se faire frapper, c’est qu’on a un léger problème. Et qu’il était mieux pour tout le monde de se l’admettre (sans occulter les aspects positifs de la discipline non plus). Je crois que ça en a fait cogiter quelques-uns, moi y compris.

Bien qu’en réalité je me pose un tas de questions sur la boxe depuis plusieurs mois. Il faut dire que ce sport brasse un tas de concepts comme le rapport au corps, à la masculinité, aux pulsions primales etc… Parce que je n’allais pas trouver toutes mes réponses dans des rediffs de Rocky, je suis passé aux choses sérieuses. J’ai lu On Boxing de Joyce Carol Oates (également disponible en français).

9780060874506

Oates est une auteure aussi respectée que prolifique, avec plus de 70 ouvrages à son actif. La plupart de ses romans parlent plus d’amour que de mandales dans la tronche. On Boxing est donc une exception, qui lui vient de son père. C’est lui qui emmenait la petite Joyce Carol assister aux combats de boxe, lui qui expliquait les tenants et aboutissements du noble art. Adulte, Oates a conservé le goût de la boxe, sans jamais pour autant la pratiquer. Observatrice aguerrie sur plusieurs décennies, elle a commencé à écrire sur le sujet, des textes à mi-chemin entre l’article universitaire et l’article journalistique. On Boxing est un recueil de ces écrits, s’étoffant à chaque nouvelle édition de passages supplémentaires. Ainsi en plus du morceau principal « on boxing », la dernière édition anglaise inclue plusieurs dizaines de pages sur Tyson ou Ali.

Si On Boxing est devenu un classique de la littérature sur la boxe, c’est qu’il est à la fois très accessible et très profond. Oates jongle avec ses observations personnelles, les citations de grands champions et des notions tirées de sociologique, philosophie. A hauteur de femme spectatrice, elle s’interroge sur ces hommes combattants. Qu’est-ce qui les pousse les uns contre les autres, d’où vient la boxe, qui est capable de s’y illustrer, et ce que tout ça dit de la nature humaine. La plupart des pistes de réflexion sont abordées, jusqu’aux soupçons d’homoérotisme, à la comparaison avec la pornographie (jouer l’interdit). On reste fasciné. Et je m’en voulais si fort de ne pas avoir un stabilo sous la main pour surligner toutes les excellentes réflexions qui émaillent chaque page.

L’exercice de Oates a néanmoins ces limites, principalement liées au fait qu’elle n’a jamais réellement boxé. Si ses analyses tombent le plus souvent très juste et sont éclairantes, il manquera toujours ce petit quelque chose. A contrario on profite justement du fait qu’elle soit extérieure au sport, simple spectatrice, femme.

Quoi qu’il en soit je ne regrette pas ma lecture, loin de là. Je pense même y retourner de temps en temps. Que ce soit pour mieux expliquer à mes proches ce qui me plait dans cette discipline ou pour retrouver idées, des réponses, pour moi-même.

Un classique.

2 réflexions au sujet de « Book Review 242 »

  1. Les bouquins de Oates « parlent d’amour »? De l’amour un peu dérangé alors… elle a écrit sur des serial-killers (Dahmer et Manson notamment), sur des relations malsaines prof-élève dans les 70’s, sur des familles dysfonctionnelles, sur des rencontres de perdus de la vie, etc… C’est pas vraiment Harlequin…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s