Super-Altruism

Il existe une sale tendance dans les films de super-héros ces derniers temps : le fait que les héros se battent contre des ennemis dont ils sont responsables de l’existence. Dans Iron Man Tony doit affronter d’autres armures créées à partir de sa technologie. Dans Amazing Spider-Man Parker offre au Dr Connors la formule pour devenir le Lézard. Dans le futur Man Of Steel Kent devra protéger la Terre des assauts d’un autre Kryptonien. En gros, dans ces cas-là, tout ce qui se passe, toutes les pertes civiles, tout est de la faute du héros. Cette petite ficelle scénariste existe parce qu’elle permet le fameux « toutélié » : à savoir faire s’intercaler tous les blocs de l’intrigue de telle façon à obtenir une belle baballe scénaristique toute ronde et dodue. C’est homogène. Seulement cela pose aussi une foultitude de problèmes : à commencer par la disparition de l’altruisme du héros.

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J’ai été assez traumatisé par le très médiocre Amazing Spider-Man l’année dernière. Car chaque malfrat arrêté par Parker ne l’est que pour un de ces deux raisons : il l’a créé (le lézard) ou bien afin d’obtenir des informations sur le tueur de son oncle et ainsi se venger (tous les autres). A aucun moment dans l’intégralité du film Spider-Man part au secours de quelqu’un qu’il ne connait pas, ou arrêter un brigand (hi hi) sans autre arrière-pensée que de l’empêcher de nuire (le voleur de voiture ne compte pas, re-regardez bien). En gros, Peter Parker est un gros connard égoïste qui en plus met la ville en danger. Su-per. Alors que dans la version de Raimi nous sommes gratifiés d’un long montage mettant en scène les exploits altruistes de Spider-Man et la réaction des New-Yorkais (de sorte à ce que la solidarité finale des citoyens ne sorte pas de nulle part).

Etre un héros, et donc un super-héros, c’est principalement agir au-delà de soi, pas seulement pour réparer ses conneries. En oubliant cette caractéristique principale du concept de l’héroïsme, on perd en souffle épique, en puissance symbolique. C’est, à mon sens, une erreur monumentale.

L’autre souci, si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, c’est qu’on peut en venir à se demander si le monde ne se porterait pas mieux sans le super-héros en question. Prenez Iron Man. Sans son existence et sa technologie, le monde (tel que contenu dans ses films solo) ne souffrirait pas de super-vilains. Sachant qu’il ne fait en plus pas beaucoup d’efforts pour arrêter les braqueurs de banque et autres terroristes, c’était pas vraiment la peine d’exister hein. C’est l’exact inverse d’un Captain America, créé justement pour contenir une nouvelle menace (et donc beaucoup plus intéressant dans l’idée, l’exécution étant un autre problème). Alors oui, je fais preuve d’un peu de mauvaise foi. Parce que les méchants liés au héros rendent les enjeux plus personnels, plus palpitants pour le spectateur. Et c’est également plus facile à intégrer au script de manière homogène.

N’empêche. Spider-Man 2 avait un méchant dont la naissance et les motivations n’ont rien à voir avec Parker, et cela fonctionne (mieux, diront certains). Mais, sans en arriver là, ça serait pas mal que chaque film de super-héros inclue quelques séquences d’arrestations anodines. Un peu comme le début de Batman Dark Knight où Wayne arrête à nouveau l’épouvantail. Ce sont ce genre de petits détails qui donnent du corps à l’univers et qui, surtout, cimentent un certain idéal d’héroïsme.

Indispensable.

5 réflexions au sujet de « Super-Altruism »

  1. Pour une fois je suis pas forcément d’accord. J’aime bien le Peter Parker de Amazing Spider Man parce que je trouve qu’il est beaucoup plus naturel, fun et finalement actuel, que le Peter Parker gnagnan issu de l’héritage des années 60.

    Je comprends tout à fait tes arguments mais je pense que le héros peut se construire sur des bases différentes. Un ado d’aujourd’hui, branleur et égocentrique, peu réussir à s’éveiller aux « responsabilités » même si ça passe d’abord par la résolution de problèmes plus personnels qu’il a engendré lui même. Ce Spider Man mettra peut être un peu plus de temps à aller s’occuper des ptites vieilles qui se font toper leur sac dans la rue mais le cheminement en sera peut être plus naturel, moins brutal.

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