Itch

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Vous vous souvenez quand je vous disais que lorsqu’un nouvel élément fait partie de votre réel, vous le voyez très vite partout ? Depuis quelques semaines je vis cet effet-là autour des sports de combat.

Maintenant que j’assume à peu près mes cours de boxe (32ème cours yeah yeah), nombre de mes potes et connaissances sortent du placard. Un mec que je trouvais incroyablement gentil et doux m’a avoué boxer depuis plus de 18 mois dans une salle de banlieue. Une amie m’a raconté la fois où elle a démonté la mâchoire d’un type lors d’un cours de Taekwondo. Deux exemples parmi d’autres qui commencent par « Ah c’est marrant que tu te tapes parce que moi… ». En gros parce que les gens savent qu’ils ont quelqu’un que ça intéresse sous la main, ils le font. Ayant conscience de gaver la plupart de mes autres amis avec mes aventures de mandales dans la tronche, je suis tout aussi content d’avoir quelqu’un avec qui échanger sur le sujet. C’est comme se retrouver dans un micro-club dont tu ignorais jusqu’à lors l’existence.

L’autre effet secondaire de mon propre coming-out, c’est les autres potes qui viennent te demander ce que tu pratiques, où tu le pratiques, comment tu le vis.

« Parce que tu sais, j’ai toujours eu un peu envie de faire un sport de combat, enfin ça me travaille quoi. » (structure de phrase classique où on peut aisément substituer « sport de combat » par « jouer d’un instrument », « apprendre le cantonais » ou « m’habiller en meuf avec ma meuf » en fonction de l’interlocuteur)

Petit à petit j’ai pris doucement conscience de cet espèce de besoin quasi universel, au-delà des sexes et du milieu social, de se foutre sur la gueule. Ou alors c’est la faute de Fight Club, mais je pense que le bouquin/film est une conséquence de quelque chose qui nous travaille déjà, non une cause. J’ai repensé à toutes les fois où on a pu dire à voix haute qu’on irait bien éclater untel ou untel au lieu de régler nos différents à l’amiable. Je me souviens des moments où on a pu avoir envie de donner un coup de poing sur le premier truc qui passe, sac de frappe, mur de brique ou tête qui ne nous revient pas.
Dans son livre, Joyce Carol Oates postule que la boxe est un transfert de violence, partant d’une cible intouchable socialement pour s’exprimer dans un exercice autorisé.

La plupart d’entre nous semblent avoir cette démangeaison profonde, celle de se battre, ou tout du moins d’apprendre à se battre. Une pulsion autant nourrie par nos frustrations quotidiennes que la pop-culture, en passant par les représentations classiques du mâle dominant. Paradoxalement, toutes les personnes avec qui j’ai pu parler qui pratiquent depuis longtemps me disent être plus calmes qu’avant, moins promptes à s’engager dans un combat, alors qu’ils auraient l’ascendant sur leur adversaire. On aurait donc envie de se battre, pour au final ne plus avoir envie de se battre. Astucieux, ou cathartique, si l’on veut être précis. Confère la fin du paragraphe précédent. Le tout étant d’arriver à dépasser cette petite démangeaison pour se lancer.

Peut-être que la différence se situe, comme le soupçonne mon prof, dans l’acceptation de recevoir des coups. Car si, il me semble, tout le monde a envie d’en donner, il faut aussi admettre que cela implique d’en recevoir en retour.

Et pour ça, il faut avoir un léger grain.

3 réflexions au sujet de « Itch »

  1. Si un « fight club » est organisé, il y aurai plein de monde =o
    [HS] Classe le nouveau bandeau du site, ça change de bad boys.

  2. Comme me le disait mon senseï : « On ne peut gagner un combat sans prendre un coup, à moins d’une différence de niveau écrasante. Je n’y arrive pas moi-même »
    (avec 5 dans de karaté, 3 d’aiki et 1 de kendo).
    On peut résumer en « No pain, no gain » ^^
    C’est un vieux truc de psychologie : Se défouler physiquement, ça vous évite de pulvériser votre patron.

  3. « On aurait donc envie de se battre, pour au final ne plus avoir envie de se battre. » C’est juste !
    Tout ce que j’ai pu faire de ju jitsu a toujours eu la propension à me calmer. Et le pire à la sortie des cours : Zen mec, je ne te taperai pas, alors va-t-en.

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