Winner Takes All

La semaine dernière, j’étais invité à participer à un comité de lecture un peu spécial. Deux mois plus tôt, j’avais envoyé un incipit de roman pour un concours littéraire. Et là, maintenant, je fais partie des cinq finalistes. Nous étions tous conviés à une rencontre avec le jury du concours, composé d’éditeurs et d’écrivains. Le but étant d’échanger autour de nos premières soumissions, de s’accorder sur les qualités et défauts de chaque projet pour mieux nous orienter lors de la seconde phase de la compétition.

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J’ai surtout été frappé par mes petits camarades. Nous étions chacun séparés par une demi-douzaine d’années, la plus jeune ayant 18 ans, le plus vieux approchant doucement des 40. Puisque nous avons discuté tous les textes en table ronde, j’ai pu me faire un début d’idée sur le travail de chacun. Jusqu’ici j’avais préféré ne rien lire des autres finalistes, pour ne pas me monter la tête. A les écouter raconter leurs projets, à entendre l’enthousiasme du jury, je me suis dit que merde, ils ont l’air vraiment bien. Surtout que nous sommes un groupe on ne peut plus hétéroclite. Il y en a une qui écrit plutôt du fantastique, un qui s’est lancé dans de la fiction proche de la poésie, tandis qu’un autre s’oriente plus vers le burlesque. Autant de registres, de styles, éloignés de ma propre interprétation du sujet.

Alors que nous sommes supposés être en compétition les uns contre les autres, nous ne le sommes pas vraiment, pas totalement. Chacun vivant dans sa petite niche littéraire, on devra surtout se dépasser pour tenter de proposer la meilleure version de notre idée. La lutte n’est pas frontale. On ne part ni avec la même vision, ni avec le même style. C’est quelque part rassurant, de ne pas être tombé contre quelqu’un dans le même registre. Alors j’étais content de pouvoir mieux défendre mon projet en l’expliquant de vive voix, en gigotant les mains, et de voir pointées du doigt les lacunes de mon premier texte. Quand bien même, comme à l’accoutumée, j’ai trop parlé, trop content d’être là, et de pouvoir m’exprimer sur mon travail.

Au bout de cette heure et demie de concertation, chacun est reparti chez soi, que ce soit à quelques rues dans mon cas, où jusqu’en Angleterre par une autre qui avait fait le déplacement exprès. Sur le chemin du retour en discutant avec eux, j’ai réalisé qu’ils étaient tous sympas, qu’ils proposaient tous une option intéressante, que peu importe qui gagne, j’aurais envie de lire le livre qui en découlera. C’est peut-être le pire, de se dire que non seulement rien n’est gagné, mais que si je perds ça ne sera pas forcément volé.

Au moins je suis rentré avec la certitude que cette fois-ci, les dés de me semblent pas pipés. Loin des clichés sur les écrivaillants à mèche, nous n’étions pas tous ensemble par hasard, et cela vaut le coup de se battre. Je suis en tout cas content d’avoir un nouvel exercice à accomplir, des dizaines de milliers de signes à rendre. La motivation.

Il ne pourra en rester qu’un.

(même si je me surprends à espérer qu’on gagne tous pour aller ensuite défiler à St germain à dos de licornes)

4 réflexions au sujet de « Winner Takes All »

  1. De 1, Félicitations!
    Et de 2, ta situation fait trop penser à celle du manga Bakuman, avec les participants à la Golden Future Cup =)
    Bon Courage pour la suite!

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