Agent

Vendredi soir l’association Effervescence, constituée des anciens du Master d’édition de la Sorbonne organisait une table ronde entre éditeurs et agents littéraires. L’occasion pour moi de remettre les pieds à la fac le temps d’un débat animé.

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Le responsable éditorial de Flammarion Guillaume Robert modérait l’échange entre Béatrice Duval (présidente des éditions Denoël), l’agent de Houellebecq François Samuelson et Laure Pêcher, représentante plus modeste de l’agence Astier. Tout le monde s’est présenté et les agents ont rapidement présenté leur métier, qui consiste principalement à décharger l’auteur de l’aspect négociation commerciale, juridique et de la gestion des droits, en échange de 10 à 20% des bénéfices. D’un côté Samuelson était en mode gros sabots, insistant sur son ambition de détruire les privilèges des éditeurs qu’il considère injustes comme la prise en otage des droits du numérique, où le fait que l’éditeur gagne 50% sur la vente des droits audiovisuels. De l’autre côté Pêcher avouait elle travailler parfois avec des primo-romanciers (1 à 2 par an sur 3 manuscrits reçus par jour) et faire un travail de réécriture avec eux.

Forcément Béatrice Duval s’est défendue à la fois sur le numérique mais aussi sur le pourcentage des droits. Pour elle les éditeurs font un réel travail de médiatisation, marketing et recherche de partenariats qui mérite d’être récompensé financièrement. Par contre, (et là surprise), elle a avoué avoir de moins en moins de temps et de personnel pour gérer la lecture des manuscrits et la réécriture avec les auteurs. Elle ne serait pas contre que ce travail incombe aux agents à l’avenir, pour décharger l’éditeur. Par contre il subsiste encore des éditeurs qui détestent la notion même d’agents en France, au point de jeter systématiquement à la corbeille les manuscrits reçus. Là où c’est la norme aux Etats-Unis (impossible d’envoyer un manuscrit directement à un éditeur, sans passer par un agent), cette logique peine à se mettre en place en France, où l’on reste très conservateur.

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A l’heure actuelle les agents s’occupent surtout des auteurs rentables. On ne prête qu’aux riches. C’est ainsi que Marc Levy conserve les droits numériques de ses romans pour les distribuer lui-même en eBook afin de gonfler largement ses marges. Samuelson a également donné l’exemple de Houellebecq, dont il gère la cession des droits en langue étrangère, considérant que les éditeurs manque parfois de réseau ou d’envie pour exploiter leur catalogue à l’international là où l’agent en fait une de ses priorités.

Si cette table ronde a brassé pas mal de choses déjà sues, j’aurais découvert quelques enjeux moins évidents qui se jouent en coulisses, notamment autour de la gestion des droits hors papier. Ce qui m’a le plus surpris reste l’aveu de Béatrice Duval concernant le travail du texte, qu’elle délèguerait bien au profit de la promotion. Je serais curieux de savoir dans quelle mesure cet avis est partagé au sein de l’édition parisienne.

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Les légères tensions entre intervenants auront eu le mérite de dépasser parfois la langue de bois, et je ne regrette pas ma venue. Cela valait le coup.
La rencontre ayant été filmée, je partagerai sur Twitter le lien vers la vidéo dès sa mise en ligne.
En attendant le prochain rendez-vous littéraire auquel j’arriverai à m’incruster.

6 réflexions au sujet de « Agent »

  1. Étonnant comme les agents essaient de s’imposer en France alors qu’ils perdent du terrain aux US. De plus en plus d’auteurs se tournent vers des avocats plutôt que des agents pour les négociations contractuelles, et alors que l’alternative de l’auto-publication devient de plus plus populaire/accessible, les agents ont de plus en plus de mal à justifier leur présence dans l’échiquier.

  2. jsais pas si je suis seul au monde mais la lecture d’un texte entrecoupé d’image animée m’est très pénible au point de me donner la nausée …

    (sachant que jsuis malade en voiture, ce serait la même chose ?..)

  3. Bonsoir,
    Une chose me turlupine : à quoi sert un agent, si ce n’est à soulager les auteurs des questions de négociations juridiques etc. ? J’imagine que tout auteur s’intéresse à ce genre de problématiques, au moins concernant l’aspect financier de leur propre « entreprise » d’écriture. Je comprends que cela soit le cas pour les gros producteurs qui croulent sous les publications et demandes en tout genre ; mais concernant un aspirant écrivain, doit-il forcément s’en remettre à un agent pour atteindre une maison d’édition, comme aux Etats-Unis ? Ces questions sont posées en toute innocence (ni connaissant rien), et seulement guidées par ma curiosité.

    • En fait aux USA les éditeurs n’assument plus le travail de tri des nouveaux manuscrits, cette responsabilité incombe à présent aux agents. C’est pour ça qu’il faut obligatoirement passer par eux là bas. Le système précédent ne fonctionne simplement plus. 🙂

      Pour la France c’est mal barré, il y a si peu d’agents que beaucoup plus de bouquins passent par la voie normale que par des agents.

      Enfin, le mieux, c’est encore le pote de pote.

      • Ah ! En regard de tous les manuscrits qui doivent arriver chaque jour, c’est un compromis plutôt malin, et pratique pour tous. On pourrait objecter que cela rajoute un « tampon » de plus entre l’auteur et la publication de son texte. Enfin ! C’est vrai qu’étant un lecteur lambda, je ne pense pas forcément à tout ce vaste système qui travaille à la création du livre. En tout cas merci pour cette réponse rapide.

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