Sloth

De tous les vices, j’ai l’impression que celui qu’on sous-estime le plus est la paresse. Parce qu’elle ne prend pas trop de place, ne débarque pas en donnant un grand coup de pied dans la porte. Non, c’est un truc beaucoup plus insidieux et constant. C’est, pour certains d’entre nous, toujours là, dans un coin.

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Ces dernières semaines j’ai envoyé quelques bouts de textes à des amis/potes/collègues pour avis. La différence entre un avis et une correction, c’est que la correction est faite quand tu récupères le document, les fautes sont surlignées et la bonne orthographe ou grammaire annotée à côté. L’avis, c’est plus compliqué. On te le donne et après c’est à toi de faire le travail. Et il s’agit, au fond de moi, de ce qui me fait le plus flipper lorsque je demande un avis. Je me contrefiche (bon, pas tout à fait), qu’on me réponde que l’on n’aime pas/déteste l’idée, le texte, le style. Tout ça je ne peux pas y faire grand chose, le goût des autres est hors de ma portée. Le rejet va solliciter ton égo. L’avis va faire appel à ta capacité à bosser.

Ce qui me terrifie c’est quand on me fait remarquer qu’un gros bloc narratif ne fonctionne pas, qu’il faut que je jette une partie du travail pour reprendre à zéro, ou qu’il faut que j’approfondisse tel ou tel passage. Parce que j’espérais en avoir fini, et non, il faut donner encore du temps et de l’énergie. C’est peaufiner, c’est le boulot, c’est comme ça.

Et honnêtement, parfois je sais que je triche, je sais que je prends un raccourci, que je néglige un personnage, que je deus ex machina un peu trop souvent. Quand j’envoie le résultat à mes relecteurs, au fond je leur demande aussi s’ils voient là où j’ai été fainéant, est-ce que ça leur saute aux yeux ? La plupart du temps oui, et parce qu’ils me rappellent ce que j’essaye d’oublier, je suis obligé de finalement m’en occuper. Même quand, comme il y a dix jours, je réponds que « non mais oui je sais que ça marche pas, mais sérieux je vois pas comment faire autrement alors je ne touche rien », ça finit par m’attaquer le cerveau, ça me bouffe de l’intérieur. J’y réfléchis malgré moi. Et je trouve. Finalement.

D’autres que moi possèdent cette discipline, cette capacité d’auto-analyse, et n’ont besoin de personne pour rebosser encore et encore. J’admire ça. Je suis faillible, fainéant. Alors je me repose sur mes proches pour me secouer quand il le faut. Pour ça il faut que j’accepte de me mettre en danger, d’envoyer mes brouillons, de recevoir l’avis, même s’il ne m’arrange pas, même s’il me renvoie sur Word pendant plusieurs semaines.

Avec un ami qui écrit des trucs, on se demandait comment certaines personnes qui étaient si talentueuses ont fini par se vautrer dans une facilité un peu molle avec le temps. Et on m’a avancé l’idée qu’avec le temps (et le succès), les amis sont de moins en moins francs, de plus en plus enthousiastes. Les éditeurs et producteurs n’osent plus faire de remarques à celui ou celle qui rapporte, qui gagne. L’artiste lui-même finit par s’aveugler et s’enferme dans ses certitudes. Cette situation est pour moi la victoire de la fainéantise, aidée par l’orgueil. Un bien beau travail d’équipe.

Je suis parfois fainéant quand je construis un récit, lors que je rédige une scène, mais je fais en sorte d’avoir des gardes fous , que j’admire et respecte assez pour me recadrer quand je me laisse trop aller. C’est mon système de sécurité.

Et même s’il pique toujours un peu, au moins il fonctionne à peu près. Tant que je garde à l’idée que la flemme n’attend qu’une relâche pour me dévorer, cela devrait aller.

2 réflexions au sujet de « Sloth »

  1. Le succès bien plus que le temps ! Entre enthousiasmes obligés et négligences « de toute façon ça va marcher ». La paresse est des deux côtés (elle est partout, la bougresse)

    Sinon clap clap (enfin, c’est mon avis)

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