This Is 50

Cinquante cours de boxe anglaise depuis octobre, soit soixante-quinze heures de pratique, deux nez d’adversaires saignés et ma lèvre inférieure une fois ouverte. J’ai fêté cette demi-centaine en silence le long d’une interminable leçon sur le jeu de jambe, où on me répétait encore et toujours de danser, alors que je suis un pantin de bois. Comme on ne se  prenait pas de mandales dans la tête, j’ai pu repenser un peu au chemin parcouru jusque-là. C’est des petits détails comme ma posture, la rapidité de mes directs, le fait que je cesse de trop me reposer sur mon bras droit. C’est aussi les petites déchirures sur mon casque, le fil de mon gant qui se débine, le coton de mes bandes trop étiré ou la paire de Reebok rognée jusqu’à la chaussette par excès de frottement.

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Il y a aussi ce fichier Word sur mon bureau, « shit my coach says », où je note toutes les vannes du prof à mon retour chez moi.
Ma préférée ?

« Arrête de te recoiffer Matthias, t’es pas Gatsby le magnifique ! »

Par-fait.

Ce que je retiens aussi, c’est les autres gens. Vu que chaque cours implique de faire équipe avec un autre, j’ai pu joyeusement échanger des coups avec une vingtaine de mecs (et quatre filles). Alors qu’à la piscine j’étais habitué à me bouger seul, à devoir ramener des ami(e)s dès que je voulais un peu de compagnie, la boxe me force à rencontrer d’autres personnes. Surtout, l’horaire auquel je m’entraine, à treize heures, est propice à la présence de gens étranges. Comme la plupart des salariés ne peuvent pas se libérer deux heures le midi, je boxe avec un professeur, plusieurs étudiants, des photographes, des garçons de café, une actrice de théâtre, un producteur de cinéma, une psychiatre, un retraité. C’est un peu le joyeux bordel ascendant bobo. Et un petit bonheur de conversation entre deux pains dans la tronche. Oh, tu fais quoi dans la vie ? Ah, peintre sur vitraux, c’est PAS BANAL.

Surtout, à force de venir assez souvent, de croiser les mêmes têtes, j’ai fini par sympathiser avec plusieurs de mes camarades. Pour un type comme moi qui vit sur l’internet, cet afflux social venu du vrai monde est plus que bienvenu. Je ne vais pas aller faire des soirées avec le type qui me broie les côtes chaque mardi, mais je suis content de le connaitre assez pour qu’on parle de nos familles, de nos histoires de meuf, de (parfois non) boulot, un peu de boxe aussi. De cours en cours j’ai l’impression de faire un peu partie du décor. Quand je croise un autre mec de la salle sur le chemin, on se salue d’un regard. Ce qui est à la fois pas grand-chose et déjà pas mal. Autant que ma capacité à tenir plusieurs reprises sans perdre mon souffle, ces petits détails me font réaliser que ça fait plus de six mois que je viens m’affûter.
Ça et le fait que tout le monde a plusieurs dizaines d’heures de boxe dans les bras et que c’est devenu impossible de se battre contre quelqu’un qui ne soit pas bon. Sourire avec l’hémoglobine.

Si Quand j’aurai un boulot, je devrai changer mes horaires. Je ne pourrai plus venir entre midi et deux et il faudra que je dise adieu à tous mes amis à usages multiples. Si j’ai le courage de continuer à aller boxer, ce sera sûrement contre des cols blancs, des mecs fatigués par leur journée de bureau. Ce sera contre des gens normaux. Et quelque part, ça m’emmerde un peu d’avance.
Parce que je suis un peu fan de notre petite troupe d’illuminés du midi. A band of misfits. Solidarité.

Demain, cours cinquante et un. Bisou.

Persona 4 : The Golden

Si la Playstation Vita s’appelait la Playstation Persona4 et qu’elle coûtait les mêmes 250€ mais ne pouvait faire tourner qu’un seul jeu, Persona 4, acheté à part pour 40€, ce serait quand même une console qui mériterait d’être achetée les yeux fermés. Je ne vois pas quoi dire d’autre, pas comment mieux formuler la puissance cosmique du meilleur jeu.

Mais puisque vous êtes encore là je vais essayer.

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Sorti à l’origine en 2006 sur la vieillissante Playstation 2, le jeu de rôle japonais Persona 4 a été réédité cette année sur la nouvelle console portable de Sony. L’édition sous-titrée The Golden contient le jeu original, revu et corrigé pour la VITA, ainsi qu’une tonne d’ajout (personnages bonus, donjon supplémentaire, cinématiques en rab’…). Avec un score metacritic de 94/100, ce remake aura obtenu la seconde meilleure moyenne pour un jeu vidéo de l’année 2012 (derrière The Walking Dead). Pas mal pour un reliquat de la génération précédente.

Vous êtes [Main Character], un jeune étudiant venu de la ville pour passer une année dans la petite ville d’Inada, chez son oncle détective et sa nièce. Vous voilà à peine arrivé dans la bourgade que des meurtres défrayent la chronique. Seulement ce que seul vous et vos nouveaux amis savez, c’est que chaque victime est apparue à la télévision, à minuit les soirs de pluie, juste avant leur décès. Très vite vous découvrez que vous pouvez traverser l’écran, aller de l’autre côté, là où vivent les monstres appelés Shadows et où la force intérieur de chacun se manifeste sous la forme de puissantes invocations, les Personas. Dès lors que vous comprenez que la prochaine victime est quelque part dans ce monde, c’est à vous et votre fine équipe de la sauver, avant qu’il ne soit trop tard et, si possible, trouver qui est à l’origine de cette sinistre affaire.

Et c’est parti pour soixante-dix heures de jeu (!). Joie et félicité.

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A l’instar de Persona 3 (mais pas des deux précédents opus), Persona 4 est un jeu se déroulant en deux temps. Le personnage principal ira à l’école chaque jour, renforcera ses amitiés, travaillera pour faire de l’argent de poche. Mais, lorsqu’il le souhaite, il pourra explorer un monde parallèle constitué de longs donjons peuplés de monstres à combattre en tour par tour à l’aide d’invocations, les fameuses Persona, possédant chacune des pouvoirs distincts. C’est ce mélange de vie lycéenne, de quotidien sur plusieurs mois, et de batailles effrénées, de collectionnite de persona, qui donne à la série un charme unique. Si les systèmes de jeu ont été assouplis, ce n’est que pour moins frustrer le joueur, sans influer sur la difficulté, parfois retorse, des affrontements.

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Stylistiquement, le jeu est incroyable, entre les dessins sublimes animant chaque personnage secondaire, l’imagination dans les costumes, la bande original tantôt jazzy tantôt plus rock. Le tout étant doublé avec talent en langue anglaise. C’est cet emballage ultra soigné, combiné à une véritable qualité d’écriture de traduction qui rend l’univers Inaba attachant. Impossible de ne pas rire aux pitreries de nos amis, de ne pas s’émouvoir de leurs tracas. Très vite on essaie de passer plus de temps avec eux pour suivre leur histoire individuelle plus que pour faire progresser leur Persona. Et quand vient le moment de sauvegarder la fin du jeu, c’est trop tard, ils ont tous pris vie quelque part dans notre petit cœur. Le déchirement est total. Un drame personnel que je comble depuis en achetant figurines et autres art books.

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Aucune autre série n’aura réussi à me faire ressentir autant de choses, à me donner autant envie de rester encore dans son univers. Et si je préfère les thématiques abordées dans Persona 3 (l’acceptation de la mort, l’univers plus d4rk et le fait de SAUVER LE MONDE) par rapport au 4ème opus (la quête de la vérité de soi, accepter de ne pas se voiler la face, poursuivre la vérité), le monde d’Inaba est bien plus doux, mieux construit, plus attachant.

J’ai voulu une Playstation VITA depuis l’annonce de The Golden, et j’en aurais fait l’acquisition rien que pour jouer à ce jeu (sinon je vous prends sur Soul Sacrifice à partir de mercredi prochain, bande de canailles). La série des Personas n’est pas forcément pour tout le monde, il faut avoir le temps, aimer les JRPG, ses mécaniques. Aussi si vous pouvez vous y frotter, que ce soit sur VITA, sur Playstation 2 ou sur émulateur (pas bien !), j’espère que vous essaierez.

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Sinon, je vous conseille très fort le dessin animé en une saison, dans le même style que les cinématiques du jeu, avec les mêmes doubleurs, le même script, la même BO.

Fuck, même l’adaptation TV est incroyable.

Le meilleur jeu.

TRAILER STAGE !!!

Mute

Comme en ce moment j’attends, plein de trucs différents, j’ai un peu trop de temps libre. Enfin, encore plus qu’avant. Et au lieu d’en profiter pour bloguer comme un dératé, comme si on était en 2010 (yay yay !), j’ai tendance à ralentir. Parce que d’à force de voir tout le monde parler, hurler, vomir des dizaines de milliers de signes à longueur de blogs, j’ai plus envie de me taire qu’autre chose. Le vase des autres déborde jusque dans le mien.

/Sourire crispé./

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Lire le brouhaha internet toute la journée, l’assaut mental. Non seulement tout le monde a un avis sur tout, mais les conversations se radicalisent. Le climat actuel y est sûrement pour quelque chose. A force de parcourir dix articles sur le même sujet chaque semaine, j’ai plus envie de retourner des tables de rage qu’autre chose. Et quelque part je sais bien que la majorité des gens travaille, ne passe pas son temps à scanner le web, à dévorer des centaines d’articles. Un bon article sur un sujet, lu seul, peut avoir un super impact. C’est d’ailleurs à ça qu’il sert, à se retrouver sur le Facebook de quelqu’un, partagé à des gens lambdas qui vont être interpellés, trouver ça intéressant, touchant. A mon niveau de type qui lit tout, tout le temps, j’ai juste envie de m’enfouir sous ma couette. Entre la colère de ceux qui écrivent, et celle de ceux qui leur répondent. Surdose.

On est même venu me chercher, (pas sous ma couette, évitons les malentendus), à me demander mon avis sur des trucs, à m’impliquer. Pourquoi tu fais pas un article sur tel ou tel sujet sur ton blog ?! HEIN ?! Pourquoi tu ne t’empares pas des débats au lieu de lâcher une petite réflexion en réponse Twitter ou sur Facebook ? Pourquoi, toi, habitant de l’internet, tu viens pas rajouter ton grain de sel ? Sûrement parce que rien que de lire les autres je suis épuisé, je ne vois comment rassembler assez d’énergie pour me jeter dans les mêlées. Comme si chacun devait y aller de sa première pierre dans la gueule de l’autre, parce que nous sommes le peuple d’internet, unis dans les débats et engueulades de chaque instant.

C’est dans ces moments-là où je laisse tomber un peu le blog, où je reprends la lecture, parce que si je suis nul à un tas de trucs sérieux, je peux au moins écrire si un livre m’a plu ou non. Ça ne fait pas avancer les choses, les grands causes. Ça ne révèle rien de l’âme humaine, des sentiments qui nous animent, qui nous empêchent de dormir. mais ça n’est pas inutile pour autant.

Alors je fais faire ça un moment, parler de trucs un peu futiles, sans planning ni contrainte. Jusqu’à ce que ça revienne, ou que le reste passe.