(Re)Work

J’étais occupé à reprendre mon souffle entre deux fois deux minutes de pains dans la gueule, quand j’ai eu l’illumination. Put… Bon sang ! J’aurais dû écrire le début du manuscrit du concours à la seconde personne du singulier. Parce mon narrateur est « je », qu’il n’a pas de nom exprès et que je fais tout pour favoriser l’identification du lecteur. J’aurais dû l’écrire à « tu », ou au moins essayer. D’ailleurs là je vais ragequit mon cours, me changer et aller tout rebosser à la maison de ce pas ! PARCE QUE C’EST SI EVIDENT.
Mais parce que j’ai envoyé ma soumission il y a maintenant un mois tout pile, tout ceci n’a pas vraiment de sens, enfin pas tant que je ne suis pas plus avancé. Surtout, ce n’est qu’une épiphanie de plus le long de cette attente pavée de regrets.

En gros.

JediGhosts-ROTJ

Pendant que je bossais sur le texte, un ami éditeur de BD a eu une excellente remarque. Il m’a dit que, selon lui, je tiendrais le thème du livre lorsque je tiendrais la faute de caractère de mon personnage principal, là où il pêche le plus. De sa faiblesse découlerait tout le reste. Et il avait raison. J’ai d’ailleurs passé le reste du temps avant le rendu à essayer de mettre le doigt là-dessus, sur ce qui est cassé dans mon héros, ce qui le fout en vrac, sans qu’il en soit conscient. J’avais un début d’idée, ou tout du moins ce que j’ai écrit tournais autour, dans la narration, dans les dialogues. C’était effleuré, mais pas plus. J’aurais aimé trouver les mots, pouvoir ainsi brandir le Thème du texte, sa raison d’être raconté. En l’absence de, j’ai paraphrasé du mieux que j’ai pu dans la note d’intention, puis j’ai envoyé.

Deux semaines plus tard, j’ai trouvé.
Fuck.
La faiblesse de caractère de mon héros est qu’il est control freak et refuse de prévoir que le reste du monde ne se plie pas à sa logique qu’il considère imparable. Aussi con que ça. Enfin non, c’est un poil plus subtil dans mon esprit, mais dans l’idée c’est aussi con de que ça. Et depuis que j’ai trouvé, tout le reste coule tout seul. Un tas de blocs narratifs viennent s’assembler, les réactions d’autres personnages se précisent, des dialogues s’écrivent tout seul. C’est comme quand le héros d’un film d’aventure rentre la clef dans la fresque du temple qui vient se mettre en branle et former la carte au trésor. Pareil. J’ai mon Thème, j’ai mon intention, je sais ce que je veux dire et parce que je le sais le reste s’est agencé dans ma tête.

Sauf que c’est trop tard j’ai tout envoyé y’a un mois ptdr !!!

(ce « ptdr » est ironique hein… non mais, on sait jamais)

Je fais une petite Georgeslucassitte, rien de grave. A la différence près que rien n’est imprimé, rien n’est en boutique. Et qu’avec un peu de chance j’aurais l’opportunité de pouvoir poser tout ça, comme je l’ai mûri depuis la dernière fois. A défaut de pouvoir renvoyer une version mise à jour (au fait, j’ai mieux finalement lol désolé), je me console en cajolant cette image idéalisée de la nouvelle version de mon histoire. Tout en gardant quelques doigts libres, pour les croiser jusqu’à ce que crampes s’en suivent.

(et puis, si c’est comme avec Lucas, mes nouvelles idées sont pires que la version de départ, so…)

Mainstream

Hier j’étais invité à une soirée de blogueurs littéraires, le truc un peu absurde.

French writer Marc Levy poses as he take

Parce que les éditeurs sont encore en 56k, parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer les exorbitants services d’une agence de com, ou parfois d’un simple community manager, parce qu’à part éventuellement envoyer des bouquins, l’édition ne s’occupe pas trop des internets. La soirée d’hier avait beau se passer au café des Editeurs à Odéon, elle était organisée par Samsung (qui a les sous, l’ambition et l’amour du net) pour vanter les mérites de sa tablette Galaxy Note 8. Le truc étant, étonnamment, marketé en partie comme lecteur de livres numériques. Sur le principe je trouve ça cool, dans la mesure où je me contrefous d’où, sur quoi et comment les gens lisent, tant qu’ils lisent, c’est déjà bien. Donc achetez des tablettes, des eReaders, des poches ou du PQ sur lequel seraient imprimés de vieux classiques (idée), faites ce que vous voulez. Si vous lisez, c’est bien.

Maintenant que c’est réglé, passons au vrai sujet de cette note : MARC LEVY. Car oui, cette soirée blogolittéraire comprenait une petite table ronde autour des nouvelles en littérature et du livre numériques. Les intervenants écrivains étant les auteurs les plus mainstream du pays, avec entre autre les « monstres » sacrés Marc Levy et Maxime Chattam. Plutôt que de m’enfuir en courant, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de les entendre parler, d’essayer de voir ce qu’ils ont à dire sur les livres. Parce que ce n’est pas dans Télérama, Technikart ou mes lectures web que je croise ce type d’écrivains. Je suis venu, donc.

C’était par moment un peu foireux, comme quand Joel Dicker t’explique qu’il ne voulait pas que son roman-pavé sorte en numérique (pour protéger les libraires) juste après t’avoir raconté qu’il aurait jamais pu lire ses énormes Ken Follett sans tablette. OKER OKER.
C’était par moment un peu prévisible, comme quand Maxime Chattam t’explique qu’il a une momie et un cercueil sur son bureau et te sort des trucs à la « j’écris des romans comme on disséquerait un cadavre ». AH D’ACCORD.

Et puis, entre deux regards perdus dans le vide, Marc Levy s’éveillait. Il disait des trucs pas con sur le livre, le fait que c’est souvent le divertissement de repli, que le wifi dans le train et les avions c’était autant de temps de lecture parti en fumée au profit d’une poke war ou d’un #selfie sur Twitter. Il citait des auteurs morts, des passages de ses bouquins préférés. Quand il parlait de son écriture, il était animé, ça venait de quelque part de sincère, ou en tout cas c’était très bien imité. Je me suis souvenu de mes amis de l’édition qui me jurent depuis des années que Levy est chaque fois dépité de l’accueil reçu par ses livres par la critique, qu’il est de bonne foi. Après l’avoir écouté intervenir pendant près d’une heure et demie, je suis tenté de croire à tout ça.

La soirée s’est terminé sur une séance de dédicace des nouvelles écrites par les auteurs pour Samsung, pour le lancement leur tablette (oui j’en reparle pour faire plaisir à l’agence, clin d’œil appuyé, toi-même tu sais, ami community manager). Guère intéressé par les files d’attentes et les signatures, je me suis vite éclipsé.

N’empêche, ça valait le coup. Les livres de Marc Levy ne sont pas plus osés qu’avant-hier, pas mieux écrits, plus profonds. Mais j’ai un peu plus de respect pour quelqu’un qui, vraisemblablement, n’a pas choisi d’exprimer sa passion pour la littérature d’une manière aussi peu respectée. Il ne fait pas exprès d’écrire comme il écrit, sa démarche est sincère. Ou en tout cas, c’est ce qu’il aura réussi à me faire croire.

Ce qui serait sacrément malin, si tout ceci n’était qu’une façade machiavélique. On va dire que non.

Stacking

Capture

Plusieurs énormes bouquins me font de l’œil en ce moment. Je pense par exemple à l’édition illustrée par Larcenet au format géant du Journal d’un corps de Pennac. Ou alors je pense à la nouvelle intégrale des albums de Spirou de Tome & Janry. Des gros pavés que je croise dans la vitrine de mon libraire à chaque fois que je sors de chez moi. Deux livres dont la taille m’attire autant qu’elle me rebute.

Parce que j’en suis au point où je n’ai plus de place chez moi. Je n’avais déjà plus de place dans ma vieille chambre d’ados (d’où j’ai dû extraire des centaines de comics, condamnés à l’exil au fond du grenier), c’est à présent au tour de mon studio d’être envahit. Au début j’étais fier de remplir ma Billy livre après livre. Quand des gens passaient, ils pouvaient d’un coup d’œil parcourir les tranches des bouquins. A présent chaque étage est rempli jusqu’au dernier centimètre carré. Derrière les premières piles de poches, d’autres poches. Non seulement on ne peut plus vraiment voir ce qui se cache dans l’étagère, mais en perturber son précaire équilibre est prendre le risque de se faire vomir ma collection entière au visage.

Ces accumulations qui auparavant m’emplissaient de fierté à présent me dépriment. Je ne vois livres, BD, jeux vidéo, que comme autant de coquilles vides. Comme si j’avais déjà consommé ce qui les rendait vraiment intéressant. Parce que je ne relis jamais un livre, je ne rejoue quasi jamais à un vieux jeu et j’ouvre à peine de temps en temps de vieilles BD. Aussi odieux que cela puisse être, j’ai parfois l’impression de me retrouver face à une pile d’emballages, de la même façon que je garde les petits écussons de cuir de mes jeans avant de les jeter, pour collectionner des restes de ce que je ne réutiliserai jamais. Surtout, je crois que j’ai cessé de considérer ma collection physique comme preuve nécessaire de ma culture. Je n’ai plus besoin de pointer du doigt mes piles de produits culturels jonchant le sol de chez moi pour me rassurer.

Je crois que je préfèrerais avoir plus d’espace chez moi à la place.

D’où mon glissement vers le numérique. D’où le Kindle, les comics sur l’ordinateur, le dématérialisé sur mes consoles. Je consomme toujours autant, mais les restes ne prennent pas de place dans mon appart’. Et peut-être que c’est une erreur, peut-être que dans quelques années je regretterai de ne pas pouvoir prêter un vieux livre. En attendant je n’achète plus de gros bouquins, parce que je les imagine prendre la poussière après les avoir lu et ça me déprime au plus haut point. Est-ce cela qu’aurait voulu l’arbre abattu pour leur production ? JE NE CROIS PAS NON.

Du coup, la prochaine fois que quelqu’un passera chez moi, je lui dirai de se servir, dans la Billy, dans les jeux Xbox. Je préfère ça à revendre, je préfère ça à jeter.
Et je ne sais pas ce que j’espère le plus, retrouver le goût de l’accumulation physique, ou qu’on arrive tous à passer outre pour vivre sur les internets.