Stacking

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Plusieurs énormes bouquins me font de l’œil en ce moment. Je pense par exemple à l’édition illustrée par Larcenet au format géant du Journal d’un corps de Pennac. Ou alors je pense à la nouvelle intégrale des albums de Spirou de Tome & Janry. Des gros pavés que je croise dans la vitrine de mon libraire à chaque fois que je sors de chez moi. Deux livres dont la taille m’attire autant qu’elle me rebute.

Parce que j’en suis au point où je n’ai plus de place chez moi. Je n’avais déjà plus de place dans ma vieille chambre d’ados (d’où j’ai dû extraire des centaines de comics, condamnés à l’exil au fond du grenier), c’est à présent au tour de mon studio d’être envahit. Au début j’étais fier de remplir ma Billy livre après livre. Quand des gens passaient, ils pouvaient d’un coup d’œil parcourir les tranches des bouquins. A présent chaque étage est rempli jusqu’au dernier centimètre carré. Derrière les premières piles de poches, d’autres poches. Non seulement on ne peut plus vraiment voir ce qui se cache dans l’étagère, mais en perturber son précaire équilibre est prendre le risque de se faire vomir ma collection entière au visage.

Ces accumulations qui auparavant m’emplissaient de fierté à présent me dépriment. Je ne vois livres, BD, jeux vidéo, que comme autant de coquilles vides. Comme si j’avais déjà consommé ce qui les rendait vraiment intéressant. Parce que je ne relis jamais un livre, je ne rejoue quasi jamais à un vieux jeu et j’ouvre à peine de temps en temps de vieilles BD. Aussi odieux que cela puisse être, j’ai parfois l’impression de me retrouver face à une pile d’emballages, de la même façon que je garde les petits écussons de cuir de mes jeans avant de les jeter, pour collectionner des restes de ce que je ne réutiliserai jamais. Surtout, je crois que j’ai cessé de considérer ma collection physique comme preuve nécessaire de ma culture. Je n’ai plus besoin de pointer du doigt mes piles de produits culturels jonchant le sol de chez moi pour me rassurer.

Je crois que je préfèrerais avoir plus d’espace chez moi à la place.

D’où mon glissement vers le numérique. D’où le Kindle, les comics sur l’ordinateur, le dématérialisé sur mes consoles. Je consomme toujours autant, mais les restes ne prennent pas de place dans mon appart’. Et peut-être que c’est une erreur, peut-être que dans quelques années je regretterai de ne pas pouvoir prêter un vieux livre. En attendant je n’achète plus de gros bouquins, parce que je les imagine prendre la poussière après les avoir lu et ça me déprime au plus haut point. Est-ce cela qu’aurait voulu l’arbre abattu pour leur production ? JE NE CROIS PAS NON.

Du coup, la prochaine fois que quelqu’un passera chez moi, je lui dirai de se servir, dans la Billy, dans les jeux Xbox. Je préfère ça à revendre, je préfère ça à jeter.
Et je ne sais pas ce que j’espère le plus, retrouver le goût de l’accumulation physique, ou qu’on arrive tous à passer outre pour vivre sur les internets.

9 réflexions au sujet de « Stacking »

  1. Petite astuce qu’on m’a donné ce week-end : pour tes éditions poches, tu mets une petite estrade de quelques centimètres au fond du rayon pour surélever les bouquins/manga, comme ça tu peux mettre deux rangées de bouquins sans que ceux de derrière soient complètement cachés.

  2. « Surtout, je crois que j’ai cessé de considérer ma collection physique comme preuve nécessaire de ma culture. » Ca veut dire que tu renonces à la photo d’écrivain dans le style http://www.cotemaison.fr/medias/331/169962_comment-les-ecrivains-rangent-ils-leurs-livres.jpg (tu noteras la fascinante URL) ?

    Blague à part, je trouve ça détestable les gens qui fouinent dans ta bibliothèque sans y être invité et qui, en plus, se permettent des commentaires. Ca me fait le même effet que s’ils ouvraient mon tiroir à sous-vêtements et discutaient le bout de gras sur les formes et les couleurs.

  3. Lucas -> Logistiquement relou mais pas idiot, ils font ça dans les FNAC parfois.

    Aka -> Ah nan moi j’aime bien fouiller dans les bibliothèques des gens, je considère que c’est de la mise en scène, que si c’est là c’est justement pour dire quelque chose de soi, un peu. Sinon autant ranger ses livres avec ses strings. :3

  4. Quand j’ai déménagé, j’ai fait un gros tri dans mes bouquins. Et un gros don à la bibliothèque d’en bas de chez moi…

  5. Finalement c’est ça le bonheur des versions physiques et matérielles: pouvoir les partager plus aisément autour de soi!
    Un ami qui vient chez toi, qui jette un coup d’œil dans ta bibliothèque et qui te dit « j’ai adoré ce bouquin aussi! » ou « tiens, je voulais le dire mais j’ai pas eu l’occasion, tu me le prête? » ça crée des liens…
    Alors qu’un ami qui s’introduit dans ton PC, c’est juste inquiétant.

    De mon côté, tous les livres aux éditions un peu basiques je les ai donnés (à des amis, puis à une association), et ceux qui étaient plus beaux, ceux auxquels j’étais tout de même attaché, ils sont restés avec moi… C’était un tri nécessaire avant de recommencer à accumuler! Pour les jeux vidéos et CD, je n’achète pratiquement que du dématérialisé, et j’ai abandonné les anciennes pochettes, ça a moins d’importance que des beaux livres pour moi.

  6. Si ça peut te rassurer, peu de livres sont maintenant imprimés sur du papier qui vient directement d’un arbre ; c’est plus souvent du recyclage.

    Puis si jamais tes piles de livres te dépriment, on peut toujours s’arranger, vu que je suis encore au stade de l’émerveillement devant ma collection qui s’agrandit… 😀

  7. L’accumulation, il ne faut pas croire, il y a beaucoup de « consommateurs » de livres/musique dématérialisé qui annoncent avec fierté le taux de remplissage de leur iPod, les gigas de photos du disque dur et autres compteurs de culture numérique. Pas sur que le problème change vraiment sur le fond.

  8. Ah ce fin stratagème ingénieux pour qu’une foule de fans (ou de femmes ?) en furie viennent te rendre visite 🙂
    PS : je te dévaliserai bien la prochaine fois qu’on se croise… Et ouais, ingénieux !!!

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