Mainstream

Hier j’étais invité à une soirée de blogueurs littéraires, le truc un peu absurde.

French writer Marc Levy poses as he take

Parce que les éditeurs sont encore en 56k, parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer les exorbitants services d’une agence de com, ou parfois d’un simple community manager, parce qu’à part éventuellement envoyer des bouquins, l’édition ne s’occupe pas trop des internets. La soirée d’hier avait beau se passer au café des Editeurs à Odéon, elle était organisée par Samsung (qui a les sous, l’ambition et l’amour du net) pour vanter les mérites de sa tablette Galaxy Note 8. Le truc étant, étonnamment, marketé en partie comme lecteur de livres numériques. Sur le principe je trouve ça cool, dans la mesure où je me contrefous d’où, sur quoi et comment les gens lisent, tant qu’ils lisent, c’est déjà bien. Donc achetez des tablettes, des eReaders, des poches ou du PQ sur lequel seraient imprimés de vieux classiques (idée), faites ce que vous voulez. Si vous lisez, c’est bien.

Maintenant que c’est réglé, passons au vrai sujet de cette note : MARC LEVY. Car oui, cette soirée blogolittéraire comprenait une petite table ronde autour des nouvelles en littérature et du livre numériques. Les intervenants écrivains étant les auteurs les plus mainstream du pays, avec entre autre les « monstres » sacrés Marc Levy et Maxime Chattam. Plutôt que de m’enfuir en courant, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de les entendre parler, d’essayer de voir ce qu’ils ont à dire sur les livres. Parce que ce n’est pas dans Télérama, Technikart ou mes lectures web que je croise ce type d’écrivains. Je suis venu, donc.

C’était par moment un peu foireux, comme quand Joel Dicker t’explique qu’il ne voulait pas que son roman-pavé sorte en numérique (pour protéger les libraires) juste après t’avoir raconté qu’il aurait jamais pu lire ses énormes Ken Follett sans tablette. OKER OKER.
C’était par moment un peu prévisible, comme quand Maxime Chattam t’explique qu’il a une momie et un cercueil sur son bureau et te sort des trucs à la « j’écris des romans comme on disséquerait un cadavre ». AH D’ACCORD.

Et puis, entre deux regards perdus dans le vide, Marc Levy s’éveillait. Il disait des trucs pas con sur le livre, le fait que c’est souvent le divertissement de repli, que le wifi dans le train et les avions c’était autant de temps de lecture parti en fumée au profit d’une poke war ou d’un #selfie sur Twitter. Il citait des auteurs morts, des passages de ses bouquins préférés. Quand il parlait de son écriture, il était animé, ça venait de quelque part de sincère, ou en tout cas c’était très bien imité. Je me suis souvenu de mes amis de l’édition qui me jurent depuis des années que Levy est chaque fois dépité de l’accueil reçu par ses livres par la critique, qu’il est de bonne foi. Après l’avoir écouté intervenir pendant près d’une heure et demie, je suis tenté de croire à tout ça.

La soirée s’est terminé sur une séance de dédicace des nouvelles écrites par les auteurs pour Samsung, pour le lancement leur tablette (oui j’en reparle pour faire plaisir à l’agence, clin d’œil appuyé, toi-même tu sais, ami community manager). Guère intéressé par les files d’attentes et les signatures, je me suis vite éclipsé.

N’empêche, ça valait le coup. Les livres de Marc Levy ne sont pas plus osés qu’avant-hier, pas mieux écrits, plus profonds. Mais j’ai un peu plus de respect pour quelqu’un qui, vraisemblablement, n’a pas choisi d’exprimer sa passion pour la littérature d’une manière aussi peu respectée. Il ne fait pas exprès d’écrire comme il écrit, sa démarche est sincère. Ou en tout cas, c’est ce qu’il aura réussi à me faire croire.

Ce qui serait sacrément malin, si tout ceci n’était qu’une façade machiavélique. On va dire que non.

4 réflexions au sujet de « Mainstream »

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