Wool – Shift – Dust / Hugh Howey

Le système d’autoédition américain par le biais d’Amazon continue à me fasciner. Dans un pays de 300 millions d’habitant, où un lecteur sur cinq bouquine sur appareil numérique, la masse critique nécessaire pour propulser une nouvelle génération d’auteurs indépendants est là. Cette tendance va bien plus loin que 50 Shades of Plzgodmakeitstop. Prenons le dernier cas d’école, la saga Wool (ou Silo) par Hugh Howey, qui sort ce mois-ci chez nous grâce à Actes Sud.

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En 2011, Hugh Howey, auteur sans éditeur, publie une histoire courte à un dollar sur Amazon : Wool. On y suit les derniers jours de Holston, sheriff d’un silo nucléaire dans un futur post-apocalyptique. Persuadé que le département informatique du silo cache la vérité sur l’état du monde à l’extérieur, il se porte volontaire au « nettoyage », la peine capitale. Dans un bunker souterrain où personne n’a jamais mis un pied dehors, les caméras à la surface sont leur seul lien avec l’ancien monde. Les nettoyeurs, condamnés à mort, sont ceux qui sortiront, en combinaison, nettoyer l’objectif encrassé des caméras avec un chiffon en laine (Wool) avant de se faire dévorer par les toxines présentes dans l’air. Holston est prêt à tout risquer pour savoir la vérité, quitte à perdre la vie s’il a tort.

L’histoire de Wool devait en rester là. Mais des milliers de lecteurs se ruent sur cette histoire courte à bas prix, multiplient les commentaires positifs, pressent Howey de rédiger une suite, quand bien même lui n’avait au départ rien prévu.
Alors l’auteur se mit au travail, il produisit une seconde histoire, deux fois plus épaisse que la précédente, puis une troisième, encore plus longue, et ainsi de suite. Le neuvième et ultime volume de Wool est sorti cette fin d’été, totalisant près de 600 pages, face aux quelques dizaines du premier tome. En neuf livres on suivra le destin de dizaines de personnages, allant de l’héroïne badass et mécanicienne (rep a sa le patriarcat) Juliette jusqu’au politicien Donal dont les flashbacks révèleront l’origine de la fin du monde et la construction de la solution de survie dans laquelle le reste de l’histoire se déroule.
Je reste vague exprès, tant l’intrigue est parsemée de révélations et autres twists qui vous empêchent de dormir. La saga Wool complète m’aura d’ailleurs tenu réveillé pendant près de trois semaines. J’ai fini le dernier tiers du dernier volume d’une seule traite, jusqu’à six heures du matin. Malaise et joie.
Je vous conseille l’intégralité de la saga (en trois volumes, le premier regroupant les tomes 1-5, le second 6-8 et le dernier étant d’un seul bloc), qui ne coûte absolument pas cher en Kindle et rend fou.

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Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le succès massif de Howey a attiré les éditeurs, qui lui ont proposé plus d’un million de billets contre les droits des lives. L’auteur, malin, aura privilégié un chèque à six chiffres contre la conservation de ses droits numériques. C’est-à-dire que l’éditeur papier n’est plus que ça, un éditeur de papier, et toutes les recettes tirées des versions Kindle part dans les poches de l’écrivain. Un bon petit taquet au système de publication traditionnel (en France des écrivains comme Marc Levy arrivent à obtenir des contrats du même type, mais parce qu’ils peuvent entrer en bras de fer contre leur éditeur).
Une adaptation ciné de Wool est en court, tandis que les éditions Amazon préparent une version maison en comics. Dans le même ordre d’idées, Howey a cédé les droits de fanfictions aux auteurs Kindle. C’est-à-dire que n’importe qui, vous, moi, peut écrire une nouvelle histoire dans l’univers de Wool et la vendre sur Amazon en reversant simplement une petite part des recettes à l’auteur original. Des dizaines de nouvelles et romans non officiels ont déjà fleuri sur la plateforme, certains d’entre eux se vendant même très bien.
Tout le monde y trouve donc son compte, à commencer par Hugh Howey, qui commence à manquer de temps pour compter son pognon.

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Face à une telle aventure, on comprend que l’édition pète un peu un câble quand il devient doucement possible d’exister sans eux, de devenir très riche, de conserver ses droits numériques et faire prospérer sa création comme on l’entend. Sans parler de la toute-puissance d’Amazon dans cette histoire.
D’un autre côté, celui du verre à moitié plein, cela montre les mutations de l’écriture, le nouveau rapport de force en faveur des auteurs, plus rien n’est figé. La révolution est en marche, peut-être pas encore chez nous, mais ça va sûrement venir.

D’ici là, vous pouvez lire la saga Wool, ou attendre le comic, ou attendre le film. Peu importe votre porte d’entrée, je peux vous jurer que l’œuvre est cent fois meilleure que les cinquante nuances de gris.
Enfermez-vous quelques temps dans le Silo, vous ne serez pas déçu.

Disponible en Français par ici.

En anglais par là (beaucoup beaucoup beaucoup moins cher).

Invisibility / Andrea Cremer & David Levithan

J’en suis au point où j’achèterais n’importe quel bouquin écrit ou co-écrit par David Levithan. L’auteur a beau être une machine à débiter des romans jeunesse, j’y retrouve à chaque fois une sensibilité et une douceur qui ne déçoit jamais. Coutumier des livres écrits à quatre mains (comme Nick & Norah’s Infinite Playlist), il se livre une nouvelle fois à l’exercice avec Andrea Cremer sur Invisibility.

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Elizabeth vient à peine d’emménager à New-York lorsqu’elle fait tomber ses affaires aux pieds de son jeune voisin Stephen. De ce banal incident va naître un début de relation. Classique, au détail près que Stephen est depuis toujours invisible. Ses propres parents ne l’ont jamais vu et voilà que cette ado est la première personne à discerner les traits du jeune homme. Incapable de lui dire la vérité, Stephen va nourrir cette amitié, la laisser évoluer vers quelque chose de plus. Quand bien même, il sait, au fond, qu’il ne pourra pas faire durer cette mascarade, qu’un jour Elizabeth réalisera l’impossible.

Voilà pour le résumé mensonger du roman. Voilà sur la base de quoi j’ai acheté le livre.

DUPERIE !

Si le premier tiers de Invisibility reste cantonné à de la romance vaguement surnaturelle pour ados, le livre prend ensuite une toute autre tournure. A partir du moment où la vérité éclate, où les personnages se mettent en quête de comprendre les origines de la malédiction de Stephen, l’intrigue s’envole vers l’Urban Fantasy. Finies les papouilles sous la couette et bonjour les secrets de famille et autres ennemis mortels aux pouvoirs surnaturels. Non pas que ce ne soit gênant en soi, mais du coup le texte fait presque un virage à 180 degrés et je n’étais pas certain d’avoir signé pour ça.

Au-delà de l’intrigue c’est toujours très bien écrit, le style des deux auteurs fusionnant sans laisser paraître qui est responsable de quoi. Bien que l’inclusion d’un personnage gay nuancé soit une constante de l’univers de Levithan. Invisibility a aussi le mérite d’à peu près s’achever, à l’inverse du dernier livre de l’auteur, Every Day.

C’est sans déplaisir que j’ai lu ce nouveau cru, mais un peu déçu par l’écart entre ce que j’avais compris du roman avant l’achat et de ce que j’ai eu entre les mains. Mais ça, c’est en partie ma faute.

En attendant le prochain.