Taipei / Tao Lin

Trop d’articles élogieux, trop d’interviews de l’auteur à rallonge dans la presse, J’ai cédé à la hype. J’ai acheté le dernier roman de Tao Lin, le petit chouchou de la littérature New Yorkaise. Publié cette rentrée en VF chez le Diable Vauvert, j’ai attrapé un exemplaire en VO sur mon kindle.

TaiPei

Taipei raconte deux ans dans la vie de Paul, un écrivain new yorkais aux origines asiatiques (wink wink !!!), accro à à peu près toutes les drogues moyennes/dures, associal mais toujours fourré dans les soirées autour d’Union Square et Brooklyn (wink wink !!!), incapable de contenter ses parents restés à Taiwan ou ses copines américaines.

A une époque je me suis demandé quel serait l’équivalent masculin de la série Girls. Avec Taipei, je crois avoir enfin élucidé la question. La trame est insupportable de vanité, de répétition, d’entre soi dans un milieu ne décrivant qu’une infime fraction de la population. Paul est un écrivain qui ne pense jamais à l’écriture (big up Hank Moody, tout est lié), dont les seules préoccupations sont son nombril et son prochain fix. A un moment il coche la plus grosse case du bingo blaireau : il namedrope connaître Bret Easton Ellis. Les autres « humains » qui l’entourent ne volent pas bien plus haut, le personnage principal féminin erre de page en page, s’énervant entre deux Xanax. Le titre promet une réflexion sur les origines, sur les cultures divergentes. Même lors des 10/15% du bouquin se déroulant à l’étranger, il n’y en a que pour Paul et ses lamentations internes. Tristesse.

ALORS OUAIS JE N’AI PAS AIMÉ.

Et tout ceci est un peu gênant pour moi, tant face à l’accueil critique français que vis-à-vis des personnes qui m’ont recommandé le roman. La seule explication que j’y trouve est qu’on est là face à l’archétype du bouquin pour journaliste/hipster/branleur, qui parle à cette frange de la population qui se shoote pour oublier la réalité de sa condition, mais qui reste une micro-bulle face au reste des vrais gens, qui se lèvent pour taffer et pour qui un rail d’anniversaire reste le plus grand frisson de leur trentaine question drogue. Le livre qui plaît à ceux qui sont payés pour lire et/ou écrire des livres.

Question écriture, justement, c’est un peu le grand huit émotionnel. D’un côté on a d’horribles phrases à rallonge où les virgules remplacent les points par pure posture, because fuck you. De l’autre on tombe, tout de même, de temps en temps, sur de vraies idées, des petites pépites de mots tous simples. Bouffées d’air pur entre deux migraines.

Migraine:

Sometimes, looking at a city, especially a gray or brown one, at night, Paul would intuitively view it as a small and irreducible thing that arrived one summer and rapidly grew, showing patterns of color on its expanding surface, then was discolored by autumn and removed of its exterior and deadened by winter, in preparation for regrowth, in spring, but was unable, in its form, to enter the natural cycle, so continued growing, in a manner as if faceless and skinless, through summer, autumn, etc., less in belligerence or tyranny, or with some abstruse knowledge of its own rightness, than as a stranded thing, sightless and uninstructed, with an objectless sort of yearning.

Pépite:

“Oh,” said Paul, unsure if he was confused.

Je suis ressorti de Taipei, fatigué, soulagé que ce soit fini, avec la triste impression de n’avoir rien appris, ni ressenti, sur ces deux ans d’intrigue décompressée. Léger gâchis.

(pour vous donner une idée du truc, le livre se termine sur une looongue scène où les quatre personnages vont voir un film au hasard au ciné chacun à un endroit différent de la salle pour se le livetweeter avec un hashtag spécifique, le tout sous médocs, voilà)

They confirmed to snort heroin in Paul’s room after dinner, then go to the Union Square theater to “group livetweet” whatever movie fit their schedule.

…ok.

Levels of Life / Julian Barnes

Levels of Life est un tout petit livre, format poche, épaisse couverture cartonnée, avec une jaquette toute douce sous les doigts. La largeur des pages est irrégulière, donnant à la tranche du bouquin cet aspect parchemin de plus en plus prisé par les éditeurs anglo-saxons. Vingt-trois dollars la novella, c’est un peu cher payé, mais le dernier roman de Julian Barnes, The Sense of an Ending, était si puissant que je n’ai pu que plier.

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Au lieu d’une nouvelle fiction, il s’agit ici d’une sorte de récit, enfin, de récits, puisque Levels of Life commence par s’intéresser à l’invention de la photographie, puis de l’aéronautique, des dirigeables, des photos de dirigeables (« associer deux choses jusqu’ici séparées et changer le monde ») ou encore des histoires d’amour de l’actrice Sarah Bernhardt. Tout ceci est étrange, pas déplaisant, un peu décousu. Après coup l’on se rendra compte que ce préambule était une façon pour l’auteur de se mettre en jambe avant de se résoudre à aborder le véritable sujet du livre : le (relativement) récent décès de sa compagne.

Le dernier tiers de Levels of Life est surtout une méditation sur le veuvage, sur le deuil, sur la mort. Barnes raconte comment il a perdu sa femme, abandonnée au cancer. Il parle du regard des autres, de comment l’on continue à vivre sans sa moitié, d’à quel point le deuil est la rouille de l’âme. Sans pudeur mais surtout sans pathos, il avoue avoir contemplé le suicide, en avoir voulu à ses amis de passer à autre chose, à l’amour d’être une promesse de souffrance, à la vie d’être ainsi agencée. Les mots sont simples, l’histoire aussi universelle que banale. Barnes n’essaie pas de reinventer le rapport de l’humain à l’amour ou la mort, il s’emploie juste à mettre des mots sur sa propre douleur, sur sa propre vie.

Levels of Life se lit en une heure chrono, le temps d’une conversation intime avec un ami. Un récit qui commencerait par une étrange histoire perdue dans le passé, pour partir sur tout autre chose, à moins que ce ne soit lié, on ne sait plus trop. Difficile de sortir indemne de cet exercice d’écriture à fleur de peau. Aussi étrange et bancal que soit ce petit texte, il touche juste, il force à s’arrêter quelques minutes après la lecture, avant de parvenir à reprendre une activité normale.

Joli.

The Fault In Our Stars / John Green

C’est en ne me liquéfiant pas à la lecture de The Fault In Our Stars que je comprends que je suis (peut-être) trop vieux pour ces conneries. Nos étoiles contraires, en VF, le roman pour jeunes adultes qui a rendu fou Tumblr pendant des mois, qui récolte des appréciations dithyrambiques sur Amazon, qui se retrouve au cinéma à peine deux ans après sa sortie, qui ne m’aura pas fait ressentir grand-chose. Alerte vieux con sans coeur.

9780525478812

The Fault In Our Stars, donc, c’est l’histoire de Hazel, une adolescente cancéreuse en sursis. Obligée d’être reliée à une bouteille d’oxygène pour vivre, déscolarisée, isolée des autres, elle se réfugie dans les livres. Sa seule sortie hebdo consiste à se rendre à un groupe de parole autour du cancer. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un jeune homme à la jambe de bois, mais en rémission. Si lui s’entiche toute de suite d’elle, Hazel n’arrive pas à se résoudre à se laisser aimer et, surtout, à aimer. Après tout, elle est une bombe à retardement, un cadavre sur patte qui n’attend qu’un coup du sort pour dévaster ses proches. Comment peut-elle accepter de faire une victime de plus ?

[insérer drama x voyage exotique en Europe]

Je reconnais que le livre est bourré de qualités : un personnage principal féminin fort, une vision plutôt honnête de l’adolescence, une description réaliste du cancer et de ses effets secondaires (on ne va pas se mentir, on se fait caca dessus et on vomit quand on est en phase terminale, dans la vraie vie) et, surtout, une véritable réflexion sur la mort. Les personnages se posent tous des questions sur la fin, sur l’éventuel après, loin des réponses toutes faites offertes par la religion ou des croyances prémâchées. Les problématiques brassées par The Fault In Our Stars sont fortes, surtout à destination d’un public encore en âge de se croire invincible.

Pourtant la lecture du livre m’a laissé de marbre. J’ai tiqué sur des points de détails, comme les nombreuses séquences de jeu vidéo, à côté de la plaque, ou sur le fait qu’une partie de l’intrigue repose sur un livre fictif (toujours prodigieusement casse-gueule ça, le livre dans le livre). Quelque chose sur lequel je n’arrive pas à mettre le doigt à fait que je me retrouve bloqué à la surface des choses, déconnecté des sentiments sur la page. Est-ce que je me formalise trop sur des maladresses de forme pour rentrer dans le fond ? Est-ce que je suis trop vieux pour ces histoires d’ados ? Je ne sais pas trop.

Peut-être que le film à venir cet automne éclairera ma lanterne. Si je chiale comme une madeleine, ce sera la preuve que le problème était le bouquin, et non l’intrigue. Dans tous les cas, vous avez encore quelques mois pour vous faire votre avis avant le cinéma.

TRAILER STAGE!!!