Levels of Life / Julian Barnes

Levels of Life est un tout petit livre, format poche, épaisse couverture cartonnée, avec une jaquette toute douce sous les doigts. La largeur des pages est irrégulière, donnant à la tranche du bouquin cet aspect parchemin de plus en plus prisé par les éditeurs anglo-saxons. Vingt-trois dollars la novella, c’est un peu cher payé, mais le dernier roman de Julian Barnes, The Sense of an Ending, était si puissant que je n’ai pu que plier.

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Au lieu d’une nouvelle fiction, il s’agit ici d’une sorte de récit, enfin, de récits, puisque Levels of Life commence par s’intéresser à l’invention de la photographie, puis de l’aéronautique, des dirigeables, des photos de dirigeables (« associer deux choses jusqu’ici séparées et changer le monde ») ou encore des histoires d’amour de l’actrice Sarah Bernhardt. Tout ceci est étrange, pas déplaisant, un peu décousu. Après coup l’on se rendra compte que ce préambule était une façon pour l’auteur de se mettre en jambe avant de se résoudre à aborder le véritable sujet du livre : le (relativement) récent décès de sa compagne.

Le dernier tiers de Levels of Life est surtout une méditation sur le veuvage, sur le deuil, sur la mort. Barnes raconte comment il a perdu sa femme, abandonnée au cancer. Il parle du regard des autres, de comment l’on continue à vivre sans sa moitié, d’à quel point le deuil est la rouille de l’âme. Sans pudeur mais surtout sans pathos, il avoue avoir contemplé le suicide, en avoir voulu à ses amis de passer à autre chose, à l’amour d’être une promesse de souffrance, à la vie d’être ainsi agencée. Les mots sont simples, l’histoire aussi universelle que banale. Barnes n’essaie pas de reinventer le rapport de l’humain à l’amour ou la mort, il s’emploie juste à mettre des mots sur sa propre douleur, sur sa propre vie.

Levels of Life se lit en une heure chrono, le temps d’une conversation intime avec un ami. Un récit qui commencerait par une étrange histoire perdue dans le passé, pour partir sur tout autre chose, à moins que ce ne soit lié, on ne sait plus trop. Difficile de sortir indemne de cet exercice d’écriture à fleur de peau. Aussi étrange et bancal que soit ce petit texte, il touche juste, il force à s’arrêter quelques minutes après la lecture, avant de parvenir à reprendre une activité normale.

Joli.