Up A Tree In The Park At Night With A Hedgehog / P. Robert Smith

Troublant retour de wishlist dans la face.

On a récemment fait le ménage dans mes listes cadeau, à coup de carte bleue. Quelle ne fut pas me surprise de déballer, au milieu d’un plus large colis, un exemplaire papier de Up a Tree in the Park at Night with a Hedgehog. Je n’avais aucune idée de ce qu’était ce bouquin, ni de qui ou quoi avait pu me le conseiller, et encore moins depuis combien de temps ce truc traînait au fond de ma liste cadeau. Au moins la première de couverture était jolie, avec un beau macaron de Coupland promettant une belle tranche de rigolade (y’en a un peu plus je vous le mets quand même).

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Premier roman anglais de l’auteur P. Robert Smith, daté de 2009, UATITPANWAH (!) raconte la vie aussi décousue que dissolue d’un prof veuf mais maqué qui se tape une de ses élèves (deuil, tromperie, romance, sexe, drama). Tout ça débute sur une demande un peu timide de se faire enfiler un doigt dans le cul et s’achève EN HAUT D’UN ARBRE DANS LE PARC LA NUIT AVEC UN HERISSON. Bien joué.

UATITPANWAH est l’archétype du bouquin vite lu, vite oublié. D’ailleurs je suis obligé de rédiger ceci dans la seconde de peur d’oublier de quoi parle le livre (d’un trentenaire neuneu et ses problèmes de cul), ou de ce qui y est bien (quelques blagues, la construction éclatée pleine de rappels de chapitres en chapitres). Ce qui est nul est assez évident : cela ne vole pas haut, cela n’est pas très profond, cela ne laissera pas une grande marque. Et pourtant ça m’aura occupé une petite semaine dans le métro, sans déplaisir, avec quelques bonnes phases et rictus nerveux.

De la même manière que j’ai retrouvé ce livre au fond de ma wishlist, je m’attends à le retrouver dans quelques années en vidant mon étagère Billy. Je me dirais que, ma foi, cette couverture est bien chatoyante, sans me souvenir de ce qu’elle renferme. Et je ferai une vague recherche dans mes archives et je tomberai sur ce billet. Tout ça pour me dire, « ah tiens, oui, c’est vrai », avant de refermer cet onglet.

Un peu comme vous, là, tout de suite.

Stoner / John Williams

Stoner porte très mal son titre.

[Attention je vais spoiler mais dans ce cas précis ce n’est pas super grave, parce qu’ici encore plus qu’ailleurs, c’est le chemin qui compte et non la destination]

Stoner, c’est le nom d’un fils d’agriculteurs, qui nait à la fin du dix-neuvième siècle en Amérique. Ses parents, visionnaires pour l’époque, décident de sacrifier leurs économies pour l’envoyer à l’école, afin que leur unique enfant apprenne la science du sol, de la terre. Au lieu de cela, Stoner découvre la littérature, élève son esprit et tourne le dos à l’héritage familial pour devenir professeur d’anglais. Naïf et trop plein de bonne volonté, il fera un mauvais mariage, il se mettra le mauvais collègue à dos, et le reste de son existence se passera sur fond de combats et mesquineries permanentes. Mais Stoner vivra aussi une folle passion amoureuse, publiera des livres, fera la paix avec ses origines et, sur son lit de mort, avec la vie en elle-même.

Stoner

Publié pour la première fois il y a plus de 50 ans, ce roman de l’écrivain John Williams était resté jusqu’ici confidentiel. Ce n’est qu’à la faveur d’une réédition récente que le roman a explosé, éclipsant le reste de la carrière (pourtant fournie et couronnée) de Williams. Si chez nous le livre a les faveurs de, heu… Anna Gavalda, qui assure la traduction française, c’est Julian Barnes qui réhabilite le livre dans le monde anglophone avec un très long papier analytique dans le Guardian. Je vous invite, si d’aventure vous êtes anglophone, à dévorer l’article en question, qui m’intimide beaucoup trop pour me risquer à ma propre analyse du bouquin. Et si vous ne parlez que le français, Stoner étant disponible à pas cher en poche et relativement court, vous n’avez pas vraiment d’excuse.

Tout ce que je peux dire, à me petit niveau, c’est que Stoner m’a touché aux tripes, par sa capacité à décrire une vie à la fois ordinaire et tristement banale. L’élévation sociale du personnage de Stoner, ses moments de grâce, ses moments d’humanité, sont à vous gonfler le cœur. Tandis que ses échecs, ses difficultés et la médiocrité de certains aspects de sa vie ne peuvent que vous écraser les tripes. Williams touche avec son héros à l’universalité des petites vies, de la mienne, de la votre. Le style est doux, ne juge jamais ses personnages, leurs acteurs, se content de décrire, de donner forme à cette existence, par petites touches. Tant et si bien que j’ai terminé le livre avec une boule au fond de la gorge et des larmes aux bords des yeux, un peu paumé dans mon trajet retour en métro.

Et c’est cette capacité de toucher juste, de venir titiller là où ça fait du mal et du bien à la fois qui font de Stoner un grand livre. Du genre de ceux que j’offrirai sûrement, plusieurs fois, à plusieurs personnes.

Biorg Trinity / Oh! Great – Otaro Maijo

Je ne crois pas que Biorg Trinity soit un bon manga, mais c’est au moins un manga très intéressant.

Je l’ai repéré dans les rayons de la FNAC (parce que mis en avant), l’ai photographié sur mon portable (parce que pense bête), l’ai retrouvé en pirate (parce que l’argent), avant de péter un plomb au bout de dix pages. Je ne pigeais rien.

Alors, parce que c’est Oh! Great au dessin, et que j’achèterais l’annuaire téléphonique si c’était lui qui le mettait en image, j’ai changé d’angle d’attaque : je me suis procuré le premier tome de la, pour l’instant courte et très lente à être publiée, série. A la fois pour profiter des dessins en collant mes yeux dessus, mais aussi dans l’espoir de mieux saisir l’intrigue (forcément rapidement naze, vu les goûts de Oh! en matière de scénaristes).

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Le Bio-Bug est une anomalie inexpliquée qui perce un trou dans la main des humains. La personne peut ensuite y engouffrer un objet ou un animal et fusionner avec lui. Les résultats sont imprévisibles, allant d’un pouvoir super-héroïque jusqu’à un handicap physique ou mental permanent. Sans parler des Biorg Hunters, extrémistes agissant dans l’ombre, s’étant donné comme mission d’exécuter les personnes touchées par le Bio-Bug. Le héros est Fujii, lycéen naïf qui se réveille un jour avec deux bugs en forme de coeur, un à chaque main. Amoureux d’une camarade de classe, il se donne comme mission de trouver avec quoi fusionner pour se rapprocher de sa dulcinée, sans se douter des dangers qui le guettent à présent.

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Biorg Trinity a le mérite d’avoir un pitch unique, un peu tordu, croisement entre les X-Men, les délires nanorobotiques et transformistes à la japonaise. Le slice of life (aller au zoo, faire des courses, zoner à l’école) se mêle au shonen (grosses baston, déclarations d’amitié) dans un grand foutoir. Surtout, rien n’est vraiment expliqué. Les cent premières pages sont un enfer, où des monstres géants apparaissent pour rien dans le fond du décor, où des personnages mesurent cinq centimètres sans explication. Si au début, et particulièrement en anglais sur mon écran d’ordi, on ne panne rien, c’est pour finir par capter que le point de vue adopte celui des personnages, pour lesquels tout ceci est parfaitement normal et déjà internalisé. Et, peu à peu, les explications viennent, mais pas parce que les personnages le verbalisent où que l’auteur fait un aparté narratif, simplement à force d’être en immersion dans cet univers. On avance et reconstitue le puzzle, jusqu’à la fin du premier volume, où Fujii va enfin capitaliser sur l’un de ses bugs. Là où un manga normal se lancerait plus vite dans les fusions du héros pour faire démarrer l’intrigue, Biorg Trinity attend deux cent cinquante pages et prend la décision la plus intéressant possible, celle que je ne voyais pas venir.

Alors bien sûr, il y a les dessins de Oh! Great (et son crew), qui démolissent la rétine, qui t’envoient des splash pages tellement détaillées qu’il faut plusieurs dizaines de secondes pour les absorber, qui donnent vie à une meuf qui se transforme en moto, à des habits ultra modasse et des points de vue forcément un peu upskirt.

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Mais c’est la narration de Biorg Trinity qui m’a mis une claque. Le scénariste ne t’aime pas, il sait ce qu’il fait dessiner à son équipe mais s’en fout qu’il te faille deux chapitres de plus pour comprendre après coup. Surtout, il a pensé ce premier volume comme un réel tout, avec une fin qui envoie, et non comme un conteneur de chapitres, où tous les cliffhangers se valent. Si j’ai démarré le volume confus, puis intrigué, les dix dernières pages m’ont définitivement accroché.

Et en même temps je ne peux pas vous le recommander les yeux fermés, parce que c’est spécial, parce que ce n’est pas un manga sympa, parce que cela peut ne pas tenir la durée. Mais en l’état, j’ai pris un super pied, ce qui m’arrive de moins en moins avec la prod papier japonaise.

Om nom nom.