Biorg Trinity / Oh! Great – Otaro Maijo

Je ne crois pas que Biorg Trinity soit un bon manga, mais c’est au moins un manga très intéressant.

Je l’ai repéré dans les rayons de la FNAC (parce que mis en avant), l’ai photographié sur mon portable (parce que pense bête), l’ai retrouvé en pirate (parce que l’argent), avant de péter un plomb au bout de dix pages. Je ne pigeais rien.

Alors, parce que c’est Oh! Great au dessin, et que j’achèterais l’annuaire téléphonique si c’était lui qui le mettait en image, j’ai changé d’angle d’attaque : je me suis procuré le premier tome de la, pour l’instant courte et très lente à être publiée, série. A la fois pour profiter des dessins en collant mes yeux dessus, mais aussi dans l’espoir de mieux saisir l’intrigue (forcément rapidement naze, vu les goûts de Oh! en matière de scénaristes).

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Le Bio-Bug est une anomalie inexpliquée qui perce un trou dans la main des humains. La personne peut ensuite y engouffrer un objet ou un animal et fusionner avec lui. Les résultats sont imprévisibles, allant d’un pouvoir super-héroïque jusqu’à un handicap physique ou mental permanent. Sans parler des Biorg Hunters, extrémistes agissant dans l’ombre, s’étant donné comme mission d’exécuter les personnes touchées par le Bio-Bug. Le héros est Fujii, lycéen naïf qui se réveille un jour avec deux bugs en forme de coeur, un à chaque main. Amoureux d’une camarade de classe, il se donne comme mission de trouver avec quoi fusionner pour se rapprocher de sa dulcinée, sans se douter des dangers qui le guettent à présent.

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Biorg Trinity a le mérite d’avoir un pitch unique, un peu tordu, croisement entre les X-Men, les délires nanorobotiques et transformistes à la japonaise. Le slice of life (aller au zoo, faire des courses, zoner à l’école) se mêle au shonen (grosses baston, déclarations d’amitié) dans un grand foutoir. Surtout, rien n’est vraiment expliqué. Les cent premières pages sont un enfer, où des monstres géants apparaissent pour rien dans le fond du décor, où des personnages mesurent cinq centimètres sans explication. Si au début, et particulièrement en anglais sur mon écran d’ordi, on ne panne rien, c’est pour finir par capter que le point de vue adopte celui des personnages, pour lesquels tout ceci est parfaitement normal et déjà internalisé. Et, peu à peu, les explications viennent, mais pas parce que les personnages le verbalisent où que l’auteur fait un aparté narratif, simplement à force d’être en immersion dans cet univers. On avance et reconstitue le puzzle, jusqu’à la fin du premier volume, où Fujii va enfin capitaliser sur l’un de ses bugs. Là où un manga normal se lancerait plus vite dans les fusions du héros pour faire démarrer l’intrigue, Biorg Trinity attend deux cent cinquante pages et prend la décision la plus intéressant possible, celle que je ne voyais pas venir.

Alors bien sûr, il y a les dessins de Oh! Great (et son crew), qui démolissent la rétine, qui t’envoient des splash pages tellement détaillées qu’il faut plusieurs dizaines de secondes pour les absorber, qui donnent vie à une meuf qui se transforme en moto, à des habits ultra modasse et des points de vue forcément un peu upskirt.

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Mais c’est la narration de Biorg Trinity qui m’a mis une claque. Le scénariste ne t’aime pas, il sait ce qu’il fait dessiner à son équipe mais s’en fout qu’il te faille deux chapitres de plus pour comprendre après coup. Surtout, il a pensé ce premier volume comme un réel tout, avec une fin qui envoie, et non comme un conteneur de chapitres, où tous les cliffhangers se valent. Si j’ai démarré le volume confus, puis intrigué, les dix dernières pages m’ont définitivement accroché.

Et en même temps je ne peux pas vous le recommander les yeux fermés, parce que c’est spécial, parce que ce n’est pas un manga sympa, parce que cela peut ne pas tenir la durée. Mais en l’état, j’ai pris un super pied, ce qui m’arrive de moins en moins avec la prod papier japonaise.

Om nom nom.