Stoner / John Williams

Stoner porte très mal son titre.

[Attention je vais spoiler mais dans ce cas précis ce n’est pas super grave, parce qu’ici encore plus qu’ailleurs, c’est le chemin qui compte et non la destination]

Stoner, c’est le nom d’un fils d’agriculteurs, qui nait à la fin du dix-neuvième siècle en Amérique. Ses parents, visionnaires pour l’époque, décident de sacrifier leurs économies pour l’envoyer à l’école, afin que leur unique enfant apprenne la science du sol, de la terre. Au lieu de cela, Stoner découvre la littérature, élève son esprit et tourne le dos à l’héritage familial pour devenir professeur d’anglais. Naïf et trop plein de bonne volonté, il fera un mauvais mariage, il se mettra le mauvais collègue à dos, et le reste de son existence se passera sur fond de combats et mesquineries permanentes. Mais Stoner vivra aussi une folle passion amoureuse, publiera des livres, fera la paix avec ses origines et, sur son lit de mort, avec la vie en elle-même.

Stoner

Publié pour la première fois il y a plus de 50 ans, ce roman de l’écrivain John Williams était resté jusqu’ici confidentiel. Ce n’est qu’à la faveur d’une réédition récente que le roman a explosé, éclipsant le reste de la carrière (pourtant fournie et couronnée) de Williams. Si chez nous le livre a les faveurs de, heu… Anna Gavalda, qui assure la traduction française, c’est Julian Barnes qui réhabilite le livre dans le monde anglophone avec un très long papier analytique dans le Guardian. Je vous invite, si d’aventure vous êtes anglophone, à dévorer l’article en question, qui m’intimide beaucoup trop pour me risquer à ma propre analyse du bouquin. Et si vous ne parlez que le français, Stoner étant disponible à pas cher en poche et relativement court, vous n’avez pas vraiment d’excuse.

Tout ce que je peux dire, à me petit niveau, c’est que Stoner m’a touché aux tripes, par sa capacité à décrire une vie à la fois ordinaire et tristement banale. L’élévation sociale du personnage de Stoner, ses moments de grâce, ses moments d’humanité, sont à vous gonfler le cœur. Tandis que ses échecs, ses difficultés et la médiocrité de certains aspects de sa vie ne peuvent que vous écraser les tripes. Williams touche avec son héros à l’universalité des petites vies, de la mienne, de la votre. Le style est doux, ne juge jamais ses personnages, leurs acteurs, se content de décrire, de donner forme à cette existence, par petites touches. Tant et si bien que j’ai terminé le livre avec une boule au fond de la gorge et des larmes aux bords des yeux, un peu paumé dans mon trajet retour en métro.

Et c’est cette capacité de toucher juste, de venir titiller là où ça fait du mal et du bien à la fois qui font de Stoner un grand livre. Du genre de ceux que j’offrirai sûrement, plusieurs fois, à plusieurs personnes.

Une réflexion au sujet de « Stoner / John Williams »

  1. Je me le tenterais bien en anglais, ça sera surement plus sympa 🙂

    Merci

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