How To Be Black / Baratunde Thurston

L’ami @ilagee (game of) trônait sur internet avec une singulière photo de profil : lui, noir, lisant un livre, noir, au titre sans équivoque « How to be back ». Ce qui est drôle, en soi. Alors on se marrait, chaque fois que l’image resurgissait. Puis, un jour, pour déconner, à mon tour, j’ai annoncé vouloir acheter le dit volume. Ilagee a dit « oui », Amazon a dit « commande en un clic jeune fou ? ». J’ai clic-commandé l’édition cartonnée, avec une couverture blanche (WINK WINK), avec dans l’idée de copier la photo de profil de mon ami. Sauf qu’à la réception du livre, au lieu de faire le guignol avec, sans vraiment m’être renseigné sur son contenu, je me suis mis à le lire.

Brice

Dès la première page, le livre annonce la couleur, il ne rendra pas quelqu’un noir, non (« aucun remboursement possible, désolé »). C’est, plutôt, un manuel destiné aux personnes noires sur comment être vraiment noir, avec des chapitres comme « Comment être un bon ami noir ? », « Etre noir à Harvard » ou encore « Pouvez-vous nager ? ». Bien entendu, le tout se veut humoristique, l’auteur étant comique à ses heures (sur le site satirique The Onion par exemple). L’excellente surprise, c’est que How To Be Black est aussi historique et militant. En effet, Baratunde doit son éducation à sa mère militante et n’a eu de cesse, au fil de sa vie en Amérique, de réfléchir et repenser son rapport à la couleur de sa peau, à la société, à l’origine de sa présence sur ce continent. Tu pensais te marrer, tu ressors moins con. Bien vu.

Surtout, How To Be Black, est un livre profondément américain. Parce qu’il mélange une structure de guide de développement personnel avec l’autobiographie d’un afro américain s’ouvrant aux problématiques du militantisme tout en étant badigeonné d’humour post-internet (le mot-dièse qui s’affiche en bas de votre écran est #MeltingPot). De fait, c’est très plaisant à lire. Certains chapitres sont dédiés à un sextuple éclairage sur les problématiques développées par l’auteur. En effet, Baratunde s’est entouré d’une demi-douzaine d’activistes et militants noirs (et d’un canadien, blanc) qui offrent leur propre perspective sur les événements décrits et les thèses énoncées. Toujours intéressant. Mais justement parce que How To Be Black est profondément américain, tout son discours n’est pas transposable directement chez nous, l’histoire de nos pays et de nos racismes étant, mine de rien, en décalage de par certains points.

HTBB

Plaisant à lire, instructif et humain, ce How To Be Black aura été une excellente surprise, un délire potache devenu jolie leçon. Alors j’ai fini par prendre ma propre photo, pour aller au bout de l’idée originale et, fatalement, l’exposer sur les réseaux.

Qui sait, si ça se trouve, quelqu’un d’autre aura trouvé mon cliché drôle, aura commandé le livre par curiosité, l’aura lu par intérêt. C’est tout le mal que je vous souhaite.