Lockstep / Karl Schroeder

Toby McGonigal était en route pour prendre possession une nouvelle planète, pour étendre le tout début d’empire de sa jeune famille. Mais une avarie le force à entrer en stase, son vaisseau à la dérive, en espérant que quelqu’un viennent le secourir. 14 000 ans ont passé lorsqu’il rouvre les yeux. L’univers est entré dans l’ère du Lockstep, un système où chaque planète sommeille 30 ans pour un mois d’activité. Ainsi les colonies ont le temps de se gorger de ressources entre deux rotations, tandis que les vaisseaux de transport peuvent voyager plusieurs décennies pour rejoindre d’autres mondes, incapables d’aller plus vite que la vitesse de la lumière. C’est grâce à ce système, au Lockstep, que la famille de Toby s’est développée, a prospéré, au point de devenir la plus ancienne et riche civilisation de l’univers connu. Mais le retour de Toby signifie que les actuels dirigeants du Lockstep doivent céder leur place à l’héritier.

9781466833364

Je suis fan des concepts de fiction s’approchant de la hard-sf, quand un auteur invente des technologies, des univers, des fonctionnements non seulement fascinants, mais surtout plausibles. C’est sur cette promesse que je me suis intéressé à Lockstep, qui tente de répondre à la question de savoir comment créer un empire galactique sans pouvoir se déplacer plus vite que la lumière. Et les réponses du livre sont géniales, des décrets afin d’harmoniser et partager les technologies entre les planètes, à l’assimilation de nouvelles colonies, aux planètes dites « rapides » car n’hibernant jamais qui naissent, vivent et meurent et quelques années Lockstep. Chaque nouveau nugget d’info, chaque petite brique de worldbuilding était bonheur pour mes papilles mentales. Om nom nom.

Malheureusement, il semblerait que les personnages sortent tout droit de l’école LOST, spécialité « je vais tout t’expliquer, mais pas maintenant ». Les trois quarts du livre sont une fuite en avant du personnage principal, ponctuée par quelques révélations et infos sur l’univers. Le souci étant que l’intrigue est tellement simpliste, que l’on se fiche assez de savoir ce qu’il va arriver (ohlàlà qui va toucher l’héritage et sauver l’univers des dérives du Lockstep ohlàlà). Surtout quand le worldbuilding est à ce point séduisant. Etrange sensation que d’être en position de préférer les longs moments d’exposition aux séquences de course-poursuite et autres fusillades dans des vaisseaux du futur qui font pew pew. Envers et contre tout, l’univers de Lockstep est plus intéressant que son intrigue principale. Un nœud narratif qui se plie en quelques dizaines de pages vers la toute fin, ambiance « tout ça pour ça ».

Difficile pour autant de faire le malin, tant j’ai dévoré Lockstep en quelques jours, propulsé par l’envie d’en savoir toujours plus, fermant les yeux sur le reste. Un vrai petit plaisir de SF. Du genre qui vous fait vous dire que, hey, après tout, c’est peut être possible, le futur.