Beautiful You / Chuck Palahniuk

Même si la grande époque de Fight Club commence à dater, la sortie d’un nouveau Chuck Palahniuk est toujours un petit événement. Beautiful You est un court roman, un texte qui vient se placer comme une sucrerie avant la sortie du dernier tome de la trilogie entamée dans Damned et Doomed. Cette fois-ci, et à l’inverse de la plupart des derniers livres de l’auteur, point de gimmick stylistique, pas de structure alambiquée. Beautiful You revient aux bases, avec une intrigue complètement dingue racontée en ligne droite et tenue par un personnage unique à qui on peut, cette fois, se fier (même si un peu coconne).

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Penny est élève avocate dans un prestigieux cabinet de New York lorsqu’elle rencontre C. Maxwell, playboy millionnaire surnommé « Climax-Well » par la presse et ses conquête. Sans aucune raison, Max s’entiche de la petite insignifiante Penny. Et les voilà qui convolent, font le tour du monde, mais ne quittent que trop rarement la chambre à coucher au goût de Penny. Car Max développe une nouvelle ligne de sex-toys surpuissants et a besoin de les tester. Chaque jour n’est qu’orgasmes à répétition suivis de cure de jus détox et autres dopages vitaminés, pour mieux reprendre le lendemain. Une fois que tous les produits sont prêts, Max quitte Penny et lance Beautiful You, sa marque de jouets sexuels. Des godemichés et autres outils érotiques tellement puissants qu’ils réduisent les femmes du monde entier à néant, trop occupées à jouir sans cesse pour aller travailler, sortir, se nourrir. Tandis que le monde civilisé sombre peu à peu dans le chaos, Penny réalise que non seulement elle est complice de l’apocalypse sexuelle en cours, mais qu’elle est au centre d’une conspiration planétaire dont Max est l’instigateur, et qu’elle doit stopper à tout prix.

A la force de son vagin.

Ce synopsis n’est pas une blague. Non seulement ce n’est pas une blague mais c’est en plus occulter les parties les plus démentielles du roman, ses séquences les plus folles. Chuck Palahniuk est, encore une fois, en roue libre. Les scènes de sexe sont racontées de façon clinique, dans une version parodique et médicale de 50 Shades of Grey. La farce est totale et même lorsque l’on a compris à quel type de roman l’on a affaire Palahniuk trouve toujours la situation un cran plus dingue, celle que personne d’autre n’aurait pu imaginer. Niveau style c’est propre, pas de mauvaise surprise, pas de fioriture ou de procédé pénible comme ce fut le cas pour Pygmy par exemple. Ça se lit bien.

Si l’on peut reprocher quelque chose à Beautiful You, c’est d’être relativement mineur. Plusieurs des revirements de situation sont prévisibles, jusqu’à la révélation finale, un peu trop téléphonée. Chuck essaie de parler des rapports hommes-femmes, de la démocratisation du désir et trempe un orteil dans le féminisme, mais ce n’est que survolé, un effet secondaire de son intrigue barrée. Le roman est une distraction, à la fois pour Palahniuk qui travaille sur la même trilogie depuis bientôt cinq ans, mais aussi pour un lecteur potentiellement lassé des gros pavés qu’il s’enfile depuis le début de la rentrée littéraire.

Beautiful You ne marquera pas l’œuvre de Chuck Palahniuk, tout en étant complètement du Chuck Palahniuk. Une introduction pornographique pour ceux qui découvrent l’auteur et un break sympa en attendant la suite pour tous ses fans. Plus qu’à espérer une traduction relativement rapide pour chez nous.