Le calme avant la tempête

J’ai terminé de réécrire mon manuscrit.

Ron-Swanson-Fist-Of-Feels-Success

Ce qui était à la fois l’étape la plus gratifiante mais aussi la plus pénible. C’est le moment où ton texte commence doucement à te sortir par les yeux. Parce que tu le connais un peu par cœur, parce que tu bloques plusieurs minutes sur le placement d’une virgule ou sur si tu préfères mettre cet adjectif avant ou après le nom qu’il qualifie. Parfois tu croises un adverbe que tu avais oublié et tu lui éclates la tête d’un coup de santiag dans la mâchoire et c’est très cool genre « ah ah ça t’apprendra petit galopin ». A d’autres moments tu tombes sur un gérondif bien dégueulasse et tu te jures de pas quitter ce paragraphe sans avoir trouvé un moyen de le dégager sans tout casser.

Mais c’est aussi un moment plein de petites satisfactions. Je ne me lasserai jamais de rajouter une phrase avec une idée ou une tournure qui me plait pour réaliser qu’elle y était déjà deux lignes plus loin. C’est le moment où tu réalises que, bonne ou mauvaise, tu as une cohérence interne, ta voix propre. Il y a aussi tous ces petits ajouts et modifications que tu traînais dans un coin de tête depuis des mois que tu peux enfin coucher sur Word. Le bonheur de fixer une petite réplique de plus, une blague par ci, une référence secrète par là. Au niveau macro, c’est tes arcs narratifs que tu solidifies, en profitant du fait d’avoir à présent une vision d’ensemble. Tu peux rajouter des petits détails qui viennent se répondre au sein de la structure, un running gag plus simple à intégrer ou un champ lexical qui se modifie au fil du manuscrit et de l’évolution d’un personnage.

Il m’aura fallu une année complète pour rédiger un premier jet, prendre du recul, le faire lire, prendre des avis, le réécrire. A présent on me le corrige, on rafistole l’orthographe, la syntaxe et, surtout, toutes mes microdyslexies. Chaque fois qu’il manque un mot, une autre, qu’un nom vient se substituer à un autre. Tout ce que mon cerveau épuisé ne remarque pas, même en relisant la même phrase problématique encore et encore. Après il faudra mettre en page, relier, envoyer aux éditeurs, embêter mes contacts, embêter les contacts de mes contacts, mendier pour obtenir vos contacts. Mais ça, c’est après.

D’ici là je profite de cette phase un peu unique, celle où je suis arrivé au terme de la charge de travail qui était mienne et seulement mienne. Le moment où l’on travaille un peu pour moi, avant que je ne reprenne la main sur le texte. Je suis au milieu d’une douzaine de jours sans ouvrir ce fichier Word, petit bonheur, vacances forcées, chômage technique. Je profite parce que c’est la dernière pause avant la l’ultime étape, celle de l’infini, celle du démarchage ou crève. Cela pourra prendre quelques semaines, quelques mois, plusieurs années, à lutter, à gratter des contacts, à pitcher, à convaincre, à vendre. Deux solutions, le succès ou l’échec, sous la forme d’un renoncement. La pire chose, la pire étape.

Non, je ne suis pas pressé. Oui, je profite.
Encore quelques jours, avant de recevoir les corrections, avant de devoir avancer à nouveau, les quelques pas qui me séparent de la tourmente. Je vais me refaire un chocolat chaud tiens.

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