The Girl With All The Gifts / M. R. Carey

Je voudrais vous parler de The Girl With All The Gifts, le dernier roman sous semi pseudo du scénariste de comics Mike Carey.

Mais c’est difficile car l’éditeur et l’auteur ont fait le choix de ne révéler qu’une toute partie du pitch, un twist ayant lieu dans le tout premier quart du livre. La version safe est que Melanie est une fille spéciale, qui vit attachée sur une chaise dans sa chambre, surveillée par des gardes armés de fusil. Elle n’a le droit de sortir que pour assister à des cours dispensés à une classe entière d’enfants comme elle, tous ligotés. Pourquoi ? Comment ? Si tu veux le savoir tu dois lire le bouquin, la quatrième de couverture ne t’en dira pas plus. Ce que je peux dire c’est que le livre est efficace et le twist pas mal, mais que si je l’avais su à l’avance je ne l’aurais pas forcément lu. Preuve à la fois que garder la surprise aura permis une vente de plus, mais aussi que j’ai l’impression de m’être un peu fait avoir.

Ce qui va me donner l’occasion de parler tout brièvement du marketing du spoiler. Pour ça, il va falloir déflorer l’intrigue. Si le livre vous chauffe, prenez-le. Sinon on se retrouve après le jump.

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Or donc, assez vite, on comprend que Melanie et ses petits potes sont des zombies, que les enfants zombies conservent quelques fonctions cognitives, et que cette fausse école est un moyen de tester leurs aptitudes. Assez vite c’est le bordel, le camp où vit Melanie est attaqué et voilà la gosse zombie à devoir faire équipe avec quelques humains pour traverser l’Angleterre pour rejoindre un autre labo et peut être accepter de se faire disséquer pour sauver le monde. Si ça vous rappelle The Last of Us c’est normal et si je vous dis que l’origine de la zombiefictaion est un champignon et ses spores vous vous éclatez la tronche contre votre bureau. C’est normal. Et j’aurais pas aimé être Mike Carey en train de bosser quand je vois le jeu de Naughty Dog débarquer sur les étals. D’ailleurs peut-être est-ce pour cela que le livre, sorti cette année, a été marketé autour du mystère de son intrigue. Nombre de lecteurs ayant déjà joué à Last of Us auraient pu être rebutés par cette histoire si proche de celle du jeu.

C’est toujours très compliqué, de vendre quelque chose de narratif où le twist a lieu au début. Prenez par exemple le cas du film The Island, où les héros découvrent assez vite que leur utopie est en réalité un environnement contrôlé et bla bla bla. Pour la bande annonce, pour mettre en avant les scènes d’action, il fallait griller la révélation initiale, au risque d’emmerder profondément les spectateurs pendant la première demi-heure du film. Et d’un autre côté, comme je l’ai dit, si j’avais compris que je rentrais dans un énième road trip en territoire infecté, je n’aurais pas claqué deux billets dans le roman de Carey, aussi bien écrit et prenant soit-il. Ce qui tendrait à prouver qu’il n’y a pas de vraie bonne raison d’aborder le problème. Le cas par cas est de mise tout en sachant que l’on marche sur un fil, entre transparence sur ce que l’on demande aux gens d’acheter, et besoin ou envie de ménager ses effets de manche.

Entre les intégristes qui refusent de regarder des bandes annonces et les assoiffés qui se repaissent de chaque petite miette de spoiler, il convient de chercher le juste milieu. A moins que l’on finisse par créer un double marketing, avec des balises spoilers, la bande annonce safe, la bande annonce qui dit tout. Le dédoublement de personnalité de l’infini. Horreur.

Mais, sur ce coup-là, bien joué Carey et son crew, vous avez gagné une vente.