Waterstones Exclusive

De nouveau avoir l’opportunité de traîner dans une librairie anglaise. La librairie Waterstones de Picadilly c’est un peu le M&Ms Store de la littérature, des couleurs partout, des jolis présentoirs, des trucs qui brillent et font que tu ressors avec trois fois plus que prévu. Je me suis laissé avoir par un livre avec un gaufrage vert brillant, un autre couverture cartonnée jaquette relief puis un dernier orné d’un sticker moche indiquant la présence d’un épilogue exclusif.

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La fétichisation des objets culturels aura été le sujet de mon mémoire, deux fois de suite. En première année de Master je dissertais à propos des couvertures de roman français, souvent ternes et figées dans des traductions éditoriales. L’année suivante j’étudiais les éditions collector du jeu vidéo, de la figurine au boitier métal en passant par les ajouts in-game. En flânant dans cette énorme librairie tout sauf de quartier, j’ai eu l’impression de pénétrer de plein pied dans mes travaux universitaires. Et bien que cela existe depuis plusieurs années, je n’avais encore jamais vu des livres avec chapitre ou introduction exclusifs. Lecteur, achète ton livre chez Waterstones et profite de quelques pages en plus. Éditeur, trouve de quoi gonfler ton bouquin et Waterstones te mettra en avant. Auteur, démerde-toi pour exister en faisant ce qu’on te demande. L’exemplaire du dernier Ian McEwan avec lequel je suis reparti fonctionne comme un exemplaire de Mortal Kombat X acheté chez Game : choisi la grosse enseigne et gagne un bonus. Les « bonnes » idées marketing sont perméables d’un medium à l’autre.

Et même une demi-douzaine d’années après mon mémoire, je ne sais toujours pas ce que je préfère entre nos couvertures type la Blanche de Gallimard ou leurs homologues anglais qui brillent. D’un point de vue purement comptable, les belles jaquettes font que je repars les bras lourds de livres et le portefeuille un peu plus léger. D’un point de vue névroses et TOC, mes étagères ressemblent à un patchwork foutraque où se mêlent couleurs et tailles dans une disharmonie absolue. Seul surnagent les étages dédiés aux livres français, tous ces poches de la même taille, les exemplaires de la Blanche entre eux. L’impression que tout est à sa place, paix de l’esprit. Ma préférence va de l’un à l’autre en fonction du contexte, du moment, du livre. Même si la plupart du temps le Kindle règle le problème. Mais on ne se promène pas chez Amazon comme chez un libraire, aussi gros et impersonnel soit-il.

Rentrer dans une librairie me bouscule toujours un peu. Mes instincts de marketeux se heurtent à la réalité de mes sens et ma volonté à peu près équivalente à celle d’une pie voleuse. Je ne sais pas ce qui me plaît le plus, je râle, mais les bouquins s’entassent à côté de mon lit. Et peut-être que peu importe le moyen puisque c’est tout ce qui compte, que les gens repartent avec un peu plus de livres que prévu, qu’ils lisent un peu plus que prévu.