La septième fonction du langage / Laurent Binet

J’aime bien Laurent Binet, et pas juste parce que le mec fav mon tweet quand je chambre un peu de son texte. Même si je n’ai pas lu HHhH j’ai bien aimé son carnet de campagne de Hollande en 2012, c’était assez plaisant. Alors au milieu du torrent de trucs déversés par la rentrée littéraire 2015, c’est lui que j’ai lu.

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La septième fonction du langage se veut murder mystery autour de la mort de Roland Barthes. Et si ce banal accident de la route dissimulait en fait une CONSPIRATION, un sombre plan ayant pour but de mettre la main sur un document de la plus haute importance capable de changer la face du monde (ou a minima de la France) ! Le révisionnisme au service d’un délire entre CSI: St Germain et Fight-Club avec des touches étranges d’Indiana Jones et des clubs échangistes gay. Le tout mettant en scène le gratin philosophico-universitaire de l’époque : Sollers, BHL, Kristeva, Eco ou encore Foucault. Je dis ça pêle-mêle parce qu’on s’y perd un peu.

Et c’est en partie la limite de cette Septième fonction du langage. Il s’agit là d’une fanfic universitaire fait par un prof pour des profs et quelques étudiants sorbonnards. En l’occurrence ça tombe plutôt bien vu que c’est mon cas. Je ne cache pas avoir éprouvé un délicieux plaisir à lire un roman où ça disserte sur le performatif, la metatextualité et le discours en général. Le fan de Palahniuk en moi a également validé le concept des combats de rhétorique clandestins, où le perdant repart en y laissant (au moins), un doigt. Mais tous ces trucs font que je ne comprends pas qu’on essaie de conseiller ça au grand public. Le texte est extrêmement hostile aux non-initiés. Si l’intrigue se veut didactique, le démontage en règle des intellectuels de la fin du siècle dernier ne ravira que ceux qui, à défaut d’être là, ont déjà un avis sur cette galerie de personnages. Comme paquet de feuille qu’on se fasse passer en ricanant sur les bancs de la fac, La septième fonction du langage est topissime. En livre vendu en librairie de quartier en province, je suis plus circonspect.

Je râle, mais en tant que public cible, j’ai globalement passé un bon moment. Quelques pirouettes sont vraiment bien trouvées, et il y a un côté pulp 80s vraiment pas désagréable et rare dans la littérature contemporaine. Une espèce de OSS 117 en mode khâgneux. L’ensemble est un peu long et on se perd souvent en route, à ramer entre deux blagues pour initiés jusqu’au prochain wagon d’intrigue. Heureusement le final vient tout résumer et boucler dans une superbe pirouette digne du plus français des épisodes de X-Files. Bouffi de références pop et écrit avec (trop) de plaisir par Binet, je me suis laissé prendre.

Mais je ne sais pas si je veux vous le conseiller sans savoir qui vous êtes, ce que vous savez. Bien que normalement, à ce stade de ce que je raconte, vous devriez déjà savoir si c’est pour vous. En tout cas, c’était pour moi.