Loué soit le Soleil !

J’ai essayé Dark Souls en 2011, au plus fort de la hype.

J’ai tenu cinq heures, en tout. On m’avait prévenu pour la difficulté, pour l’exigence, pour les crises de nerfs. Mais j’étais un vrai gamer, j’avais surmonté pire, du moins je le pensais. Même pas une demi-douzaine d’heures et je jetais l’éponge. Quel jeu de merde. Je bloquais sur un point de détail : le fait que mourir force à passer de longues minutes de stress à refaire des passages déjà réussis, tout ça pour avoir l’opportunité d’essayer à nouveau le passage non réussi. Biberonné aux jeux qui sauvegardent tout le temps, pour rien, je hurlais à qui voulais l’entendre que Dark Souls était injuste, une immense perte de temps. Pire, qu’il s’agissait entendons-nous bien là-dessus, d’un jeu de merde.

20fe05a42c730c3e5feb27ee813238de_large

Pendant des années j’ai rationnalisé ma défaite ainsi que ma haine du titre de toutes les façons possibles. M’accrochant à mes quelques arguments, je considérais tous les amateurs du titre comme une secte ayant décidé d’un commun accord d’adorer le jeu pour ne pas passer pour des cons. Le roi est nu, et Dark Souls c’est de la merde.

Au fond, je savais, qu’il y avait plus de chances que le jeu soit bon plutôt que j’aie raison. La dissonance cognitive, celle qui t’empêche de te remettre en question, faisait le job. Je ne démordais pas. Même si, dans le doute, je suis devenu peu à peu moins vindicatif. Faites ce que vous voulez, aimez ce que vous voulez, je sais que j’ai raison et pas vous.

Cette année je me suis lancé dans Bloodborne, qui est un Dark Souls avec des fusils et des roulades et une esthétique gothique. J’ai plongé, décidé à redonner une chance au genre, au développeur (le planning désespérément vide la PS4 a pas mal aidé, aussi). Après quelques heures d’enfer, j’ai adoré, au point de platiner le titre. Et plein de choses que je refusais de comprendre sur Dark Souls ont fini par cliquer, la logique interne, les systèmes de jeu, les timings. Parce que Bloodborne est mon jeu de l’année et comme j’ai littéralement fait tout ce qu’il y était possible de faire, j’ai racheté Dark Souls, quatre ans plus tard, et j’ai relancé une partie.

Les mêmes frustrations, les mêmes rages. Sauf que cette fois j’ai poussé, j’ai continué à avancer, à ne pas renoncer. Une grosse trentaine d’heures de jeu et autant à lire des guides plus tard, et je suis aux portes du boss de fin. Le jeu est toujours lent, l’esthétique toujours un peu à côté de ce que j’aime, et le temps passé à retourner se fritter contre un boss après un échec est toujours une lente et insupportable agonie, mais j’ai bien aimé.

Et c’est un sentiment d’une euphorie rare, que d’admettre que l’on a pu se tromper, de surmonter sa dissonance cognitive. Parce qu’au fond je savais, et que ça me grattait à l’intérieur du crâne, de savoir que je me voilais la face par égo mal placé. Une hate en moins, une névrose en moins, une chouette expérience de jeu en plus. Trois baffes pour le moi de 2011 qui rationnalisait son manque de persévérance.

Tout est bien qui finit mieux.
A conditions d’être prêt à mettre ses certitudes en danger