A la maison

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J’ai la chance de n’avoir qu’une seule maison familiale. Pas de parents coupés en quatre, pas de déménagements, juste un étage d’une petite maison de très très proche banlieue lyonnaise. La chambre dans laquelle je dors à quasi trente piges est la même chambre dans laquelle je dormais à à peine trois piges. Tous ces murs sont une continuité, ma machine à voyager dans le futur.

Chaque fois que je reviens, souvent donc, je vois mes affaires qui gerbent de partout, les piles de fiches de cours et de vieux magazines sous les escaliers de ma piaule, les placards plein à craquer, les montagnes de jeux vidéo, le bureau mal rangé. J’ai même plusieurs livres et BD non lus, consignés à part, en attente de je ne sais quelle opportunité qui n’arrive pas.

J’ai envie de me replonger là-dedans, de déterrer de vielles photos au fond d’un tiroir, de relire des vieux test Megadrive dans Player One, de me liquéfier devant ma petite pile de lettres d’amour reçues ou non envoyées. Surtout, j’aimerais bien prendre le temps de faire la part des choses, de ranger. Il y a tellement de choses à jeter, pour faire le tri de ce que je conserve, et de ce dont je n’ai pas besoin. C’est l’affaire de quelques jours, à temps plein, en comptant les distractions, les à côté, les digressions mémorielles.

Puis je zone sur mon PC, au ciné, à la piscine. Je zone avec ma famille, avec mes potes, avec des inconnus. Terrifié à l’idée de ne pas remplir mon présent, j’hypothèque le temps que je devrais accorder au passé. Comme à chaque fois, le moment du départ venu, j’ai fait trois fois le tour de la maison pour vérifier que je n’avais rien oublié dans ma valise retour. Comme à chaque fois j’ai été frappé par à quel point je n’avais rien fait du nécessaire. Tout est toujours en désordre, les mémoires restent enfouies. Trop tard pour cette fois, j’ai un train à prendre.

« Ce serait bien qu’un de ces quatre tu t’occupes de ranger tout ton bordel et que tu décides ce que tu gardes ou non, j’ai besoin de la place. »

Oui maman, tu as raison. Mais nous sommes en retard. J’ai la chance de n’avoir qu’une seule maison familiale. Elle ne bougera pas. Je le ferai la prochaine fois. Comme d’habitude. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.