Retours

Le meilleur truc avec l’écriture en solitaire, c’est que tu es cent pour cent responsable du texte. Le projet n’avance qu’avec toi, que dans ta direction. Tu es seul dépositaire du rendu et de sa qualité. Si c’est bien, c’est grâce à toi. Si c’est pas bien, c’est de ta faute. Le soumettre à un éditeur est un processus violent. Tu n’es pas par-dessus son épaule, tu n’as pas d’entretien, pas d’argumentaire, aucun recours. Tu envoies et tu attends. C’est passer d’une situation où tu contrôles tout à une situation où tu ne contrôles rien.

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Depuis des mois je chine de mon côté. Une demi-douzaine de personnes en position de statuer sur mon devenir m’ont lu. J’ai eu de l’aide pour chacune de ces pistes. Pour chaque contact éditorial il y aura eu quelqu’un (proche, moins, proche, ami, quasi inconnu) pour dire de faire attention à ce texte, de faire attention à moi, qu’il y a peut-être quelque chose de spécial. Ma reconnaissance est infinie. C’est à la fois tout ce que je demande mais aussi le plus beau coup de pouce du monde : « lis attentivement ce texte ». C’est l’ultime pouvoir avant le grand saut, celui de faire en sorte que l’œil qui me lira sera au minimum attentif, au mieux bienveillant.

Et de la bienveillance, j’en ai eue, plein. J’ai été reçu physiquement par trois personnes, dont une qui m’a donné les armes et la motivation nécessaires pour réécrire le texte durant l’été. Tous les autres éditeurs contactés m’ont fait un retour détaillé. Un seul fut réellement négatif. Ce sont, avec un peu de recul, des statistiques extrêmement positives. Bien sûr les critiques font mal, et les conseils poussent vers la folie, encore plus quand chacun contredit son voisin, que ceux qui me lisent ne font pas les mêmes analyses de qualité et de faiblesse. Au moins la plupart s’accordent sur le fait que le compte y est presque, que ce ne sera pas avec eux sur celui-ci, mais que cela pourrait le faire avec quelqu’un d’autre, ou sur le prochain.

Presque.

Presque c’est bien mieux que toutes les fois d’avant, mais moins bien que ce qui compte vraiment. J’encaisse, je craque, je me morfonds, je me relève, je recommence. Encore on m’aide. Des portes se ferment, d’autres s’ouvrent et je garde en tête qu’il ne m’en suffit que d’une seule. L’heure n’est pas encore au rangement au fond du tiroir. Les retours ne me poussent pas jusqu’à la case départ, ils me tirent vers l’arrivée. Ce n’est pas terminé, et j’y suis presque.

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Petit aparté.

Je ne sais pas comment vous parler de ce projet en particulier, sur quel ton, sous quel angle. Parfois j’ai envie de faire une longue frise chronologique sur plusieurs années, de l’inception du projet jusqu’à aujourd’hui.

Souvent je me dis que tant que je ne réussis pas je n’ai pas à vous infliger les coulisses. Le revers de ma quête de légitimité. D’un autre côté je pense que cela peut être intéressant, que c’est une bonne matière à pathos, intéressante d’un point de vue factuel et assez cathartique pour moi.

Je n’ai pas trouvé la bonne solution, mais je continue à chercher parce que j’aimerais bien.