M. Grand

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Tout est un peu de la faute de Monsieur Grand. C’est lui qui, il y a dix ans, m’a parlé de la grande école parisienne dans laquelle j’allais terminer ma scolarité. C’est aussi lui qui m’a prêté son canapé pendant une semaine à la rentrée 2008. C’’est surtout lui qui m’a filé mes premières piges au black et donc mes premiers chèques. Mais c’est surtout lui qui, quand je commençais à gratter du papier en BD, m’a ouvert les portes d’un forum et d’un crew dont c’était déjà le métier.

A l’époque lui aussi écrivait, avec un peu d’avance sur moi, forcément. Je me souviens de sa première BD, un bien bel album cartonné se déroulant à l’époque victorienne. Je n’ai pas été jaloux de sa publication, pas comme d’autres connaissances pouvaient me faire grincer les dents. Parce qu’en lisant son intrigue et ses dialogues j’ai compris que je n’aurais pas été capable de le faire. Je ne suis pas branché dans ce sens-là. Le respect c’est un top vaccin contre la jalousie.

Monsieur Grand est parti faire des trucs de grand genre changer de meuf déménager avoir un appart un job prendre ses premiers cheveux blancs. J’ai continué à faire des trucs de Reilly me plaindre un peu écrire redoubler à l’école écrire changer de job plein de fois me plaindre un peu écrire écrire écrire. On s’est retrouvé là où tous les gens comme nous finissent invariablement : à manger des petits fours Picard à l’inauguration du Salon du Livre, persuadés d’être les meilleures versions de nous-même car les plus à jour.

Grand et moi on collabore depuis plusieurs semaines, ce que je ne pensais pas trop possible. En vrai je ne sais pas si ça mène quelque part mais j’apprécie le fait de boire des verres en terrasse à se faire mutuellement marrer à échanger plot twists et autres répliques. J’injecte mes idées dans ses idées. Je vois les trucs qui sont vraiment complètement lui et qu’encore une fois je n’aurai pas été capable d’apporter. Mais je vois aussi les trucs que je mets et qui, une fois dans le produit fini, feraient dire à mes potes que ah oui ça clair c’est toi !

J’écris avec Monsieur Grand et tout ceci me paraît la conclusion la plus souhaitable d’une storyline en marche depuis dix ans. Et en vrai ça pourrait se finir comme ça que j’aurai l’impression que la boucle est bouclée et que le showrunner de ma vie a fait le boulot. Sauf que j’attends un mail avec la dernière version du doc, et qu’on doit se reprendre un aprem’ pour finaliser le traitement.

Peut-être qu’on est en début de saison deux et que je ne l’ai même pas vu venir.