Oyogimasu

La piscine du Tokyo Metropolitan Gymnasium dispose d’un grand bassin de 50 mètres, qui se divise en plusieurs lignes de nage. Les lignes sont découpées en trois catégories claires : « nage lente », « nage moyenne » et « nage rapide ». On se jauge avant de se lancer, puis on s’évalue à mesure face aux autres nageurs. Si le niveau est trop bon, ou trop faible, alors on change de ligne en fonction. Tout a lieu dans le calme et le respect, chacun finissant par trouver sa place.

tumblr_nusyn6TvmF1tsmbjio1_500

A Paris aussi on essaie d’organiser les nageurs. Plusieurs tactiques ont court, chacune essayant de palier à nos névroses culturelles et sociales. Le pragmatisme est de toujours à minima proposer une ligne nage rapide, pour éviter doublages et chocs. Une bonne ligne de nage est une ligne fluide. Mettons tous les bons nageurs au même endroit. Malheureusement bon nombre de nos contemporains se surestiment ou refusent de s’estimer convenablement, et viennent engorger la ligne de nage rapide. Echec de signalisation, il faut trouver autre chose.

La tactique la plus commune pour pallier ce manque d’humilité et de lucidité est de rebaptiser la ligne « nage rapide » en ligne « crawl ». D’un habile tour de passe-passe on s’attend à obtenir l’effet désiré. Le crawl est à priori la nage la plus rapide et limiter une ligne d’eau à cette technique c’est s’assurer un rythme soutenu et fluide. Problème, débarquent ceux qui nagent un crawl un peu bancal et hasardeux, persuadés d’être au bon endroit, ne comprenant pas l’implicite de la signalisation. A ces inconscients s’ajoutent les pinailleurs, ceux pour qui ligne crawl sous-entend que le dos crawlé est tout autant autorisé. Dos-crawlé, nage par essence relativement lente et qui limite dangereusement sa perception de l’environnement.

A ce contre-sens vient s’ajouter la problématique du matériel. Il est possible de s’entrainer de diverses façons à l’aide d’une panoplie d’outils, de la planche en mousse jusqu’aux palmes courtes en passant par le pullboy, les plaquettes ou encore les élastiques à chevilles. La plupart des personnes qui utilisent du matériel ne vont pas vite, car ils font du renforcement musculaire ou un travail de technique. On les parque donc dans la ligne « matériel », pour qu’ils puissent s’entrainer à leur rythme. Mais certains nageurs continuent à aller très vite, pull-boy entre les cuisses ou longues plaquettes au bout des mains. Pour ceux-là la ligne « matériel » est un enfer de slalom. Mais les occupants de la ligne crawl craignent de se prendre un coup de palme et leurs refusent l’entrée.

Ainsi l’on se retrouve parfois dans un enfer de signalétique. La piscine Georges Vallerey par exemple propose respectivement des lignes : 4 nages, crawl, matériel et cours. De l’autre côté de Paris, la piscine Pontoise ne propose pas d’indications, à l’exception d’une ligne « brasse et planche interdits », une périphrase complexe pour signifier nage rapide.

Quelle que soit l’organisation d’une piscine parisienne, elle est toujours bancale, toujours sujette à interprétation et carambolages. En cause, un manque de lucidité des usagers complété par une terrible place laissée à l’interprétation par une signalétique ambiguë. Peut-être que les japonais sont plus lucides, humbles et disciplinés que nous (je n’en sais rien je n’ai testé que peu de piscines durant mes vacances). Mais, toutes considérations culturelles mises à part, il est impossible de faire plus clair et précis que cette simple organisation : ligne lente, ligne moyenne, ligne rapide.

Pourquoi pas chez nous.