Yo salut tout le monde c’est le Doom Marine !

En ce moment je joue à Doom, le nouveau, celui qui est sorti au printemps.

Le jeu est vraiment bien, il est très beau, il tourne au poil, les commandes répondent bien et pew pew pew dans le crâne des vilains démons. On ne va pas se mentir je passe de bonnes soirées. Jouer à cet épisode de Doom c’est une expérience étrange pour une infinité de raisons parmi lesquelles plusieurs que je ne peux pas évoquer en public. Mais dans ce que je peux raconter, il y a ce souvenir étrange de stream pré-internet. Enfin, je veux dire par là que ça s’est passé il y a plus de vingt ans.

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Quand j’étais méga môme, donc, je n’avais ni téléviseur ni ordinateur de bureau correct. J’avais une gameboy pocket et une carte de bibliothèque, ce qui est déjà pas mal entendons-nous bien. Tout ça pour contextualiser que que je n’avais pas accès aux nouveaux jeux qui t’en mettaient plein les mirettes. De ce temps-là, je n’avais pas accès à Doom. Par contre j’avais accès au fils de la meilleure amie de ma mère. Rebelle, chevelu et métalleux, c’était un vrai ado des années 90. Et forcément il avait PC de compétition, et forcément il avait Doom, et forcément il ne me laissait pas jouer car bien entendu. Mais je pouvais regarder.

Je me souviens des graphistes incroyables, je me souviens des démons baveux, du bruit du fusil à pompe qui se décharge sur les hordes démoniaques. Surtout je me souviens de ce jeune homme qui hurlait des insanités face à son écran. Non pas que le jeu ne lui mette les nerfs à vif non, il le faisait avant tout pour mon amusement. Parce qu’il traitait un cacodémon de tous les noms pendant qu’il le trucidait à la tronçonneuse j’étais hilare. Il en faut pas beaucoup pour faire rire un gamin : un jeu vidéo, du sang et un garçon plus âgé qui dit des gros mots. Ça reste un bon souvenir, quelque chose d’encore un peu gravé, tout ce temps plus tard.

Si ce souvenir remonte, c’est parce que je rejoue à Doom, mais aussi parce que je me laisse parfois aller à zoner sur les chaînes Youtube de streamers de jeux vidéo. PewDiePie, Squeezie et ses potes, qui singent l’attitude du mec de mes souvenirs : crier sur son écran très vite pour faire marrer les gosses. Et oui, c’est rarement subtil, c’est souvent problématique dans les invectives, mais je comprends pourquoi ça marche. Parce que j’ai eu mon PewDiePie personnel, à une époque pré-internet. Je comprends.

Aujourd’hui je ne profère pas d’insultes face à ma TV LCD alors même que je trucide des cacodémons next-gen avec une tronçonneuse HD. Mais je me souviens du moment où j’étais un peu jeune, un peu impressionnable, et où j’avais l’espace de quelques heures mon streamer personnel.

Sa place est dans un musée

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Je crois que ça a vraiment commencé avec l’achat de Blankets, la bande dessinée de Craig Thompson. J’avais vingt ans et je risquais de passer le semestre à venir cloué dans un lit hospitalité. J’ai choisis Blankets parce que j’en avais entendu du bien, et que c’est un bouquin épais. Je le voyais plutôt bien me tenir compagnie un moment. Sauf que je ne suis pas allé à l’hôpital, finalement. On a trouvé autre chose, on a fait autrement. J’ai posé Blankets sur mon bureau et je me suis dit que si ça ne marche pas, si je dois bel et bien terminer cloué au lit, je le lirai à ce moment-là. C’était il y a dix ans, le livre est toujours sur mon bureau, je n’en ai jamais lu une ligne. Il attend.

Avec le temps j’ai accumulé pas mal de trucs dont je ne me suis jamais servi. Il y a des bandes dessinées, beaucoup. Comme le second tome de Songes de Terry Dodson, ou même le dernier Pedrosa commandé ce Noël. J’aime l’espace qu’ils occupent, la texture de la couverture la promesse de tout ce qu’il y a de trop bien à l’intérieur. Songes est rangé à Lyon, pour le lire dans le canapé familial. Chaque fois que je viens je ne prends pas le temps. Les Equinoxes est à paris, en équilibre précaire sur une pile de boîtes de jeux vidéo. Je me dis qu’un jour de vacances je le prendrai sous le bras et j’irai le lire en terrasse avec un Perrier citron. Ça fait six mois je ne l’ai pas touché.

Il y a les vêtements aussi, bien entendu, comme tout le monde. Mes nouvelles Converse que j’ai trop peur d’abimer, de déchirer, alors que je les ai voulues pendant plus d’un an avant qu’elles tombent à un tarif qui me convienne. J’ai même acheté un petit col V d’un vert assorti, pour quand je les mettrai. Mais ce n’est toujours pas pour maintenant. Après c’est toujours mieux que les chaussures que je ne mettrai jamais. Ces très belles derbies offertes par mon Ex. Elles avaient été dessinées par un de ses amis, mort trop tôt. Je ne sais pas comment appréhender ces chaussures, qui sont le souvenir d’une relation passée, d’un garçon qui n’est plus avec nous. J’ai peur de ce que je pourrais ressentir en les portant, de ce qui me traversera le jour où il faudra les jeter. Plus de deux ans qu’elles sont dans leur boîte, de temps en temps je les sors, je les regarde, je les touche, puis je les range à nouveau.

L’année dernière au Japon j’ai acheté deux jolies petites figurines du film des Enfants Loups. Elles sont toujours sous blister. Parce que je ne sais pas où les mettre pour leur rendre justice, surement pas entre deux bidules One Piece. J’ai peur qu’elles prennent la poussière aussi, ou qu’elles ne rendent pas bien, alors que le film est vraiment important à mes yeux. Du coup elles sont toujours emballées mais mises en évidence. Je suis content de les avoir mais je ne sais pas quoi en faire. J’imagine que c’est un rapport à l’objet, à tous ces objets, qui me convient, qui m’apaise d’une certaine façon.

Je suis sûr que si je creuse cette liste est infinie, qu’une terrible quantité d’espace de mon appartement est consacré à cette névrose. Même si j’ai envie de croire que, de temps à autre, je puisse rayer un élément de cette liste, lire un livre, porter un nouveau pantalon, déballer un cadeau. Il faut bien faire de la place.

Aquabiker

Cette note de blog raconte comment je me suis retrouvé à faire ce qui ressemblait malheureusement à un salut nazi pendant que j’étais en danseuse sur un vélo stationnaire lui-même immergé alors même qu’un homme en microslip me criait dessus.

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Tout a commencé quand j’ai complimenté une amie un moment perdue de vue sur la définition de ses avant-bras. Vraiment, t’as changé, respect. Ah ah j’ai un secret qu’elle m’a dit. Je travaille comme masseuse dans un club d’aquabike un peu luxe et du coup je m’inflige deux séances par semaine, ça marche bien hein ? C’est là où j’aurais mieux fait de m’arrêter en bord de route pour penser à mes choix de vie mais non, par l’objectif minceur alléché, j’ai accéléré et sauté direct dans le ravin.

AH OUAIS SÉRIEUX CA MARCHE A CE POINT ?

C’était trop tard, tout s’est joué là, quand j’ai posé le pied sur sa carte piège. Oui de ouf mec franchement tu devrais venir, okay c’est un peu chelou on a très peu de mecs mais si tu veux je te paie la séance on y va ensemble. Comme disait le poète si c’est gratuit c’est moi le produit, mais à possibilité suer en compagnie d’une copine en maillot une pièce on ne regarde pas les dents (cette phrase est confuse mais vous l’avez). J’ai dit oui.

Je me suis donc retrouvé une petite heure dans un établissement très chicos en compagnie d’une demi-douzaine de femmes plus ou moins jeunes, à pédaler au rythme des injonctions d’un coach tout en biceps. Les exercices étaient variés et globalement basés sur de l’entrainement par intervalles et autres sessions en pyramide. Le tout avec moult changements de position, dont ce bras tendu vers l’avant (ceci expliquant cela). C’était plus dense que prévu et le temps passe vite quand on souffle comme un vieux buffle en train de crever. Une douche plus tard je me disais ouais okay pas mal sans plus au moins j’ai passé un bon moment avec ma pote. Jusqu’à ce que trois heures plus tard je m’effondre totalement à mon bureau, transformé en amas de courbatures. Okay, donc oui, clairement, j’avais mis le doigt sur un truc.

Sur ces six derniers mois j’ai quasiment participé à une vingtaine de séances, assez pour voir les résultats, travailler des muscles que je ne sollicite jamais et finir par sentir de moins en moins d’effets sur mon corps qui aura fini par s’habituer. J’ai vu défiler une demi-douzaine de coachs, allant de la meuf pétillante ravie de pouvoir asticoter le seul mec du cours jusqu’au gros balourd ravi de pouvoir balancer quelques clichés sexistes de par ma seule présence. Dans tous les cas je n’ai jamais parlé aux autres sportives. Je me changeais dans un placard par manque de vestiaire homme et je me contentais d’échanger sourires et autres regards paniqué face à l’exercice à venir. Ce fut particulièrement étrange de naviguer dans un espace où je détonnais et où chaque écart pouvait être mal interprété. J’étais en observation participante, plutôt bien aidé par ma pote et la personne s’occupant de l’accueil.

Pendant six mois donc je me suis éclipsé entre midi et deux, j’ai posé mes affaires dans un casier et j’ai pédalé sur place sur fond de musique qui fait boom boom. Je me suis affiné par endroit mais je me suis surtout bien marré partout. Pas certain de pouvoir assumer la dépense sur le long terme, je ne regrette pas de m’être bougé. Pour le bien de mon boule mais également pour l’expérience, des ajustements liés à ma présence, des interactions non verbales et autres problématiques induites par tout ça. Les gentes étaient adorables, le staffe étaient adorables, et la grande majorité des coachs étaient adorable.

Also, mon boule.
Ce qui me fait me dire que j’aurais clairement pas dû attendre aussi longtemps pour vous raconter ça. Mais parfois les garçons c’est un peu bête.