La bagarre vol. 2

Je prends l’uppercut en plein dans les abdos. J’ai le souffle coupé. Je titube en arrière. Je lève un gant en signe de souffrance. Mec il me faut une seconde. Il se marre, désolé, ouais ça peut faire bloquer un moment. Je respire un coup. C’est la première fois que je suis arrêté net comme ça. Quelques secondes, on repart. Je suis hors de moi. Je veux arriver à en placer une, je veux lui faire mal, je veux le stopper à mon tour. Alors je lance une série, je me jette, j’appuie trop fort, je frappe trop fort. C’est à son tour, et je sais que j’ai fait une connerie. Je sais qu’il se retenait. Je sais que cette fois, c’est lui qui est en rogne. Et il n’a plus aucune raison de la jouer sympa. Je vais prendre.

Capture

Le cours avait plutôt pas si mal commencé. Je m’étais retrouvé face à François, vingt centimètres et vingt kilos de plus que moi. François envoie lourd mais lent, ce qui me permet de bosser mes esquives rotatives. De plus il a quelques faiblesses dans le haut de sa garde ce qui me permet de lui en placer une de temps en temps. Clairement il dépense moins pour frapper que ce dont j’ai besoin pour encaisser. Alors au fil de la séance je me fatigue un peu plus vite que lui, sans pour autant subir. On bosse plutôt bien. Au bout d’une grosse heure c’est les assauts libres, les rounds de sparing. Le coach a l’impression que je commence à morfler, alors il me colle contre un mec plus proche de mon gabarit. Ce mec, je le reconnais pour l’avoir déjà pratiqué. Je le hais.

Le gars est une plaie, le genre à bondir de partout avec une semi garde pour se la jouer Bruce Lee. Ses coups sont toujours un peu de côté, plus comme une gifle qu’un direct franc. Surtout, il privilégie l’esquive ce qui me le rend particulièrement énervant. Parce que je suis peu mobile, je suis plus un tank. Et quand je suis face à une puce, j’ai juste envie de l’encastrer contre un mur. Surtout, j’arrive contre cette saloperie déjà au bout du rouleau. Le premier round est un enfer, ses séries n’ont pas de fin, il frappe tant que je ne réplique pas. Surtout je n’ai plus aucune force, mes bras ne répondent plus. Je commence à frissonner, ce qui par trente degrés et après une heure de sport signifie que je suis plus très loin de l’évanouissement. C’est au second round que je prends l’uppercut qui me coupera le souffle. Et que je subirai le contrecoup de ma tentative de rébellion.

Il est de ces combats qu’on ne peut plus gagner. J’ai passé le dernier round à jouer la montre, à ne contrer qu’un coup à la fois autant pour qu’il cesse que pour m’économiser. J’ai essayé de défendre mon ventre autant que possible, vu qu’il y avait clairement trouvé un spot favori pour m’éclater. Mon corps veut lâcher prise mais il faut encore tenir. Sur la fin il faudra que je serre les dents pour ne pas pleurer de rage. J’ai vraiment vraiment envie de l’encastrer contre un mur. Mais la défense et l’économie sont des exercices en soit. Je tiens. La cloche sonne, il me remercie (lol), nous nous saluons. Je le déteste toujours autant.

Sur le banc de touche, après avoir bu autant que possible, et alors que les frissons commencent à se dissiper à mesure que je refroidis, je recroise François. Alors, ça va ? Je me suis fait défoncer. Ah ah moi aussi. Comme quoi. J’essuie les quelques gouttes de sang au bout du nez. Je vais avoir mal à pas mal d’endroits pendant quelques jours a priori. La différence entre un cours en pleine journée avec des gars sérieux à la place des sessions du dimanche auxquelles je m’étais habitué depuis quelques mois.

C’était vraiment une bonne séance.