Aquabiker

Cette note de blog raconte comment je me suis retrouvé à faire ce qui ressemblait malheureusement à un salut nazi pendant que j’étais en danseuse sur un vélo stationnaire lui-même immergé alors même qu’un homme en microslip me criait dessus.

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Tout a commencé quand j’ai complimenté une amie un moment perdue de vue sur la définition de ses avant-bras. Vraiment, t’as changé, respect. Ah ah j’ai un secret qu’elle m’a dit. Je travaille comme masseuse dans un club d’aquabike un peu luxe et du coup je m’inflige deux séances par semaine, ça marche bien hein ? C’est là où j’aurais mieux fait de m’arrêter en bord de route pour penser à mes choix de vie mais non, par l’objectif minceur alléché, j’ai accéléré et sauté direct dans le ravin.

AH OUAIS SÉRIEUX CA MARCHE A CE POINT ?

C’était trop tard, tout s’est joué là, quand j’ai posé le pied sur sa carte piège. Oui de ouf mec franchement tu devrais venir, okay c’est un peu chelou on a très peu de mecs mais si tu veux je te paie la séance on y va ensemble. Comme disait le poète si c’est gratuit c’est moi le produit, mais à possibilité suer en compagnie d’une copine en maillot une pièce on ne regarde pas les dents (cette phrase est confuse mais vous l’avez). J’ai dit oui.

Je me suis donc retrouvé une petite heure dans un établissement très chicos en compagnie d’une demi-douzaine de femmes plus ou moins jeunes, à pédaler au rythme des injonctions d’un coach tout en biceps. Les exercices étaient variés et globalement basés sur de l’entrainement par intervalles et autres sessions en pyramide. Le tout avec moult changements de position, dont ce bras tendu vers l’avant (ceci expliquant cela). C’était plus dense que prévu et le temps passe vite quand on souffle comme un vieux buffle en train de crever. Une douche plus tard je me disais ouais okay pas mal sans plus au moins j’ai passé un bon moment avec ma pote. Jusqu’à ce que trois heures plus tard je m’effondre totalement à mon bureau, transformé en amas de courbatures. Okay, donc oui, clairement, j’avais mis le doigt sur un truc.

Sur ces six derniers mois j’ai quasiment participé à une vingtaine de séances, assez pour voir les résultats, travailler des muscles que je ne sollicite jamais et finir par sentir de moins en moins d’effets sur mon corps qui aura fini par s’habituer. J’ai vu défiler une demi-douzaine de coachs, allant de la meuf pétillante ravie de pouvoir asticoter le seul mec du cours jusqu’au gros balourd ravi de pouvoir balancer quelques clichés sexistes de par ma seule présence. Dans tous les cas je n’ai jamais parlé aux autres sportives. Je me changeais dans un placard par manque de vestiaire homme et je me contentais d’échanger sourires et autres regards paniqué face à l’exercice à venir. Ce fut particulièrement étrange de naviguer dans un espace où je détonnais et où chaque écart pouvait être mal interprété. J’étais en observation participante, plutôt bien aidé par ma pote et la personne s’occupant de l’accueil.

Pendant six mois donc je me suis éclipsé entre midi et deux, j’ai posé mes affaires dans un casier et j’ai pédalé sur place sur fond de musique qui fait boom boom. Je me suis affiné par endroit mais je me suis surtout bien marré partout. Pas certain de pouvoir assumer la dépense sur le long terme, je ne regrette pas de m’être bougé. Pour le bien de mon boule mais également pour l’expérience, des ajustements liés à ma présence, des interactions non verbales et autres problématiques induites par tout ça. Les gentes étaient adorables, le staffe étaient adorables, et la grande majorité des coachs étaient adorable.

Also, mon boule.
Ce qui me fait me dire que j’aurais clairement pas dû attendre aussi longtemps pour vous raconter ça. Mais parfois les garçons c’est un peu bête.