BiriGyaru

Je pense que je m’en souviendrai toute ma vie. J’étais de retour de Paris, après le concours de ma grande école. Entre deux amphis à Lyon II j’ai demandé au prof qui allait devenir le directeur du master Info Com s’il pouvait me donner son avis sur l’angle que j’avais adopté lors de l’examen. Il m’a envoyé bouler, sec. Vous étiez contre des prépas qui lisent deux livres par jour, contrairement à vous, c’est bien d’y être allé pour voir mais ne vous faites pas d’illusion. Je n’ai pas su quoi répondre.

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Il y a une scène comme ça dans BiriGyaru (Flying Colors), un film japonais que je m’étais gardé pour les vacances. On y suit une cancre qui décide de se reprendre en main et de travailler jusqu’à réussir un prestigieux concours d’entrée en université. A un moment du film, son prof de lycée lui rit au nez, jamais tu n’y arriveras, tu n’es qu’une pauvre idiote. C’est lors de cette scène que le film m’a pris au bide, pour ne pas me lâcher jusqu’à la fin, jusqu’à mes larmes de vieux fragile planqué derrière mon ordi au fond du train.

Sur le principe je n’étais pas supposé être tendre avec BiriGyaru, ne serait-ce que pour son étrange morale consistant à faire rentrer dans le rang une élève atypique, ne lui proposer que le dur labeur et la grande école comme seule et unique voie de sortie. Tout ceci est très japonais, et dans un autre contexte je l’aurais mal reçu. Sauf que je me suis retrouvé dans cette histoire, dans le rapport aux parents, dans le boulot que l’on abat pour obtenir ce à quoi on rêve. Certains passages étaient littéralement ma vie, l’attente face à l’ordi dans ma chambre en haut des escaliers, les maux de ventre le jour J, les larmes de joie.

Tout ça paraît débile, un peu. Avec le recul j’ai vu l’envers de mon école, les limites d’un diplôme et mon incapacité à me sentir totalement à l’aise dans le moule. C’était il y a bientôt dix ans, et pourtant le film a tapé extrêmement juste, là où ça pique, là où ça tord. J’y ai trouvé ma vérité et mon expérience. Et ça c’est plus fort que ma morale occidentale et ma distance critique de vieux con.

C’est un vrai film top qui donne foi en soi, qui m’a rappelé comment j’avais pu arpenter un chemin similaire. Ce n’est pas un chef d’œuvre pour autant, ça aurait pu aller mourir sur mon album Facebook « vu en 2016 », mais ça m’a assez touché pour que je me dise que, peut-être, ça parlera à quelqu’un d’autre. Pour ça, il faut que je disque ça existe. Donc ça existe, c’est pas mal, et si ça vous dit voyez-le, vraiment.