Storylines

Je joue un rôle.
C’est quelque chose qui est à la fois évident pour une grande partie des gens qui pratiquent l’internet et à la fois compliqué à expliquer à quelqu’un d’extérieur.

Depuis les débuts (de ce blog, de twitter, du reste), j’ai une ligne assez fixe de ce que je dévoile et de ce que je ne dévoile pas. J’ai aussi fini par trouver quels traits je suis prêt à grossir, quels faits je suis prêt à tordre, pour un bon mot, une bonne vanne, une belle suite logique narrative. L’élégance fictionnelle est parfois plus importante que la réalité.

Car au final mon personnage virtuel est comme tout personnage : il avance le long d’une série d’intrigues. En tant que showrunner de LeReilly c’est à moi qu’il incombe de faire évoluer (IRL et en ligne) mon héros numérique. Avec comme avantage ce retour quasi constant des amis, des connaissances, des abonnés. Quand un running gag dure trop longtemps, on soupire, quand je n’ai pas mentionné un sujet depuis un moment, on me le réclame. C’est interactif, et une source infinie de choix à opérer.

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En ce moment, si vous me suivez ailleurs, vous pouvez suivre ma dernière storyline : le tricot. J’ai couiné à l’aide pour apprendre, j’ai documenté mes échecs, mes recherches de matériel, mes embûches. C’est drôle parce que c’est une nouvelle mine d’amusement, et un sujet qui touche des personnes jusqu’ici restées silencieuses. Alors j’insiste, dans la vie en continuant à tricoter, et sur le net en continuant à raconter. Cette storyline vient s’agencer au milieu des autres, des historiques (ma mythologie étant l’écriture, la poursuite de l’édition) jusqu’aux plus conjoncturelles (les cuiseurs à riz, la recherche du prochain job, les nouvelles piscines). Parfois la vie m’impose de garder le silence sur tel événement, tel projet, telle avancée, alors je redouble de posts sur les intrigues secondaires, le temps de pouvoir poser un épisode mythologique digne de ce nom.

Et je sais que des gens suivent ma petite série, chacun s’intéressant à un running gag, un sujet, une storyline, plusieurs, mais rarement toutes d’un coup. A une époque où pour percer sur internet il convient de se spécialiser j’aime maintenir un certain foutoir dans ce que je raconte. Lire un bouquin de branleur en anglais dans le texte tout en tricotant un châle entre deux fausses demandes de nudes le temps que charge le dernière jeu japonais de deep nerd qui occupe mes nuits. C’est comme un bouquet thématique foireux, on allume, on zappe, on éteint.

Le revers de la médaille, c’est quand quelqu’un vient zapper sur ma timeline. C’est comme débarquer au milieu d’un interminable soap. D’un coup les running gags ne passent pas, les sous-entendus ne sont plus clairs. Il manque une grosse partie d’historique. Cela provoque des réponses tantôt absurdes tantôt confrontationnelles, toujours un peu étranges. Après on s’accroche ou non, ça dépend. Mais des éléments d’historique me concernant qui me semblaient limpides ne le sont pas, et j’ai régulièrement de nouvelles connaissances qui m’interrogent alors que ceux d’avant savent déjà depuis un moment.

Je crois, à mesure que je théorise un peu tout ça, c’est que comme ça que j’aime mon petit coin d’internet, comme une multitude de séries auxquelles on s’abonne, pour lesquelles on se passionne, ou qu’on finit par détester. J’ai vu des gens odieux devenir adorables tout autant que l’inverse. Chacun showrunne à sa manière. C’est en tout cas pour tout le monde un work in progress permanent. Alors autant s’amuser en route.

En attendant le prochain épisode.